De la mélancolie de Romano Guardini

J’adore les romans mais j’aime la littérature de façon générale et il est intéressant d’alterner les genres.

Un peu de spiritualité de temps à autre me semble de bon ton, surtout quand les ouvrages y afférents sont recommandés par des amis de confiance. Je remercie au passage ce merveilleux outil qu’est facebook pour l’occasion qui est offerte de pouvoir rencontrer des gens extraordinaires que je n’aurais probablement jamais croisés dans des circonstances classiques. D’aucuns qui détestent les réseaux sociaux comprennent difficilement que l’on puisse parler de rencontres ou d’amitiés via un réseau social mais pourtant je maintiens qu’au même titre que les personnes sont infiniment complexes, les relations peuvent prendre des aspects très variés. Et les rencontres d’âme ou d’esprit qui peuvent se nouer via les réseaux et par extension via les écrits, peuvent être d’une grande intensité. Quand l’occasion est donnée de pouvoir se rencontrer physiquement, la rencontre n’en est que plus belle et émouvante.

Ceci étant dit, je me suis donc procurée un petit opuscule recommandé par une amie facebook, rencontrée depuis en vrai, et chaleureusement encouragé par les commentaires de ses amis sous son post.

« De la mélancolie » de Romano Guardini.

Tout un programme. J’avoue à a ce stade, et pour ma plus grande honte, que cet auteur m’était totalement inconnu. En terme de spiritualité, comme j’aime bien savoir où je mets les pieds, je me suis donc tournée naturellement vers mon papa via un bref texto du style « tu connais ? » auquel il m’a été répondu « un bon auteur trop méconnu dont l’œuvre constitue une source » puis vers ma maman en l’appelant qui m’a répondu « ah oui, on nous faisait lire cela dans ma jeunesse avec Monseigneur de Monléon, je dois en avoir quelque part dans ma chambre ». Double claque qui me laisse songeuse sur la notion de transmission mais bref, ce sera l’objet d’un autre post.

Ledit Guardini était donc adoubé, et Monseigneur de Monléon était moins un inconnu depuis qu’un de mes frères m’avait offert à mon dernier Noel « Les noces de Cana ». Sur le moment, je reconnais n’avoir pas su apprécier ce cadeau à sa juste valeur. Il était pourtant d’époque avec des annotations originales de l’auteur, mais en l’ouvrant au hasard je suis tombée sur un paragraphe qui parlait des liens sacrés du mariage, et alors que ma sœur recevait un rouge à lèvre Chanel de sa part, j’ai cru un quart de seconde qu’il y avait un message subliminal et que j’étais punie. Une angoisse instinctive m’a fait remettre le livre dans son emballage avant de réaliser dans la seconde qui a suivi que c’était idiot, et le ressortir aussi sec. On pense dans ces moments-là que nous sommes invisibles et que personne ne remarquera ni votre tête ni votre geste, mais c’était sans compter sur l’esprit d’à propos de mes frères qui n’ont pas manqué de se tordre de rire, et c’est devenu depuis une anecdote familiale « le cadeau ne te plait pas, remets le dans son emballage, il en sortira peut être un autre … ». Pardon mon frère adoré, sachant après que tu avais à cœur de me faire découvrir un auteur qui te plaisait et sur lequel échanger lors de nos futures soirées…

Mais je m’égare, et je n’ai toujours pas abordé le fameux Guardini et sa mélancolie. En quelques mots, Romano Guardini est un prêtre qui fait partie des grands théologiens catholiques du XXe siècle, et on lui doit en particulier une réflexion approfondie sur la liturgie dans ce qu’il est convenu d’appeler le Mouvement liturgique. Il a été aussi professeur du futur Benoit XVI.

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Sur le livre en lui-même, il est assez court, il vaut donc le coup de s’y plonger même si le thème, comme pour moi, ne vous émoustille pas immédiatement. Je me reconnais des humeurs fantasques et variées mais point particulièrement mélancoliques, si ce n’est de façon voulue. L’auteur commence son ouvrage en définissant la mélancolie par le biais de nombreuses citations de Kierkegaard qui souffrait d’une mélancolie profonde assumée dont il a fait le point de départ de son combat spirituel. « Dans chaque génération (je cite), il y a deux ou trois êtres qui sont sacrifiés aux autres pour découvrir dans de terribles souffrances ce qui leur profite. C’est ainsi que je me comprenais mélancoliquement moi-même : j’étais élu pour cette mission » Autant dire que ce n’était pas un joyeux ce Kierkegaard, en tout cas les tréfonds de son âme, car il se définissait lui-même comme ayant la capacité de rien en laisser transparaitre en public.

Ce qui rend cet ouvrage admirable à mes yeux, c’est que la mélancolie, que nous pourrions transposer me semble-t-il à toute forme de souffrance psychologique, et en particulier la désespérance de notre société qui nait de la vacuité spirituelle de nos vies, est ici perçue « comme un état d’âme où se révèle en somme le point critique de notre situation humaine ». Le mélancolique, saisi par ses oppositions intérieures, est particulièrement vulnérable au caractère impitoyable de l’existence et sa volonté de pureté et d’accomplissement peut dégénérer, en se heurtant au réel, en facteur de dépression voire de destruction. Romano Guardini dépasse l’analyse psychanalytique pour situer les véritables racines de ce phénomène dans le domaine spirituel. Le besoin viscéral de retraite, de silence du mélancolique traduit la gravitation intime de l’âme vers l’intériorité et la profondeur. « Dans sa substance la plus intime, elle est nostalgie de l’amour ».

La mélancolie en somme traduit la soif inextinguible de la rencontre avec l’absolu, l’aspiration à la plénitude de la valeur et de la vie, à la beauté infinie.

Une dissonance intérieure qui produit des Kierkegaard.

Pour qui voudrait connaitre davantage ce cher Kierkegaard, je recommande vivement, « Les Miettes Philosophiques »

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