Les nouveaux enfants du siècle d’Alexandre Devecchio

Les livres ou les films qui nous ont le plus marqués sont bien souvent ceux de notre enfance. Telle la fameuse madeleine, ils ont la saveur de la nouveauté et de la rareté aussi, de la découverte, des premières grandes émotions, et force est de constater que si nos goûts évoluent, murissent, s’approfondissent, il n’en demeure pas moins que même adultes nous vibrons encore pour les mêmes sujets.

Je passe sur les romans de ma prime jeunesse dont je pourrais certes parler pendant des heures, mais qui dans ce billet auraient peu d’intérêt, pour aller directement à la période de mes 18-20 ans qui marque le début de ma construction intellectuelle.

L’auteur qui fut pour moi une vraie rencontre, un éblouissement et a transformé profondément et durablement ma pensée, est Jean Daujat.

Je me souviens à l’époque m’être ouverte à mon paternel de l’inconfort intellectuel et de l’instabilité que je ressentais face au relativisme de la pensée des cours de philosophie en particulier et des débats d’idées en général, et il me sortit de sa bibliothèque : « Y a-t-il une vérité ? »

Cet ouvrage fut pour moi une véritable révolution intellectuelle, une révélation.

Je ne vais pas m’étendre dessus ici non plus,  d’autant que c’est un véritable pavé, mais il me permet en revanche d’expliquer pourquoi je me suis mise à lire un autre livre de Jean Daujat dans la foulée « La face interne de l’Histoire ».

Philosophe et théologien, Jean Daujat s’attache dans ce livre, qui fut également un énorme coup de foudre, à expliquer l’Histoire, non pas uniquement à travers un enchainement de faits et de dates (face externe), mais comme le fruit de l’intelligence et de la volonté des hommes (face interne).

Autrement dit, l’Histoire, c’est aussi et avant tout  l’Histoire intellectuelle et spirituelle de l’humanité.

A l’aune de la lecture de ces deux livres, il m’a été impossible depuis de commenter ou d’analyser un évènement (l’effet) sans nourrir préalablement un besoin viscéral de comprendre ce qui a pu conduire à le produire (la cause). L’histoire intellectuelle ou spirituelle d’un évènement ne m’est pas acquise d’emblée mais c’est une quête réelle et profonde, et qui reste vivace tant que mes petites antennes intérieures me signalent que je suis encore en zone d’inconfort intellectuel.

Un certain nombre de débats en ce moment agitent les réseaux sociaux, et les ont même largement dépassés puisque quelques journaux nationaux ont titré sur le sujet et certaines radios ou chaines de télévision en font des émissions entières.

Nous connaissions déjà la force sismique que pouvaient susciter les termes de réac, culture chrétienne, valeurs, civilisation, royauté, patrie. Bigre ! que des termes épouvantables qui vous envoient directement dans la case facho au mieux, nazi au pire.

Est venu depuis se rajouter celui d’identitaire.

Ma candeur ne m’avait pas conduite une seule fois à utiliser ce mot, ne l’ayant jamais lu ou appréhendé sous son acception actuelle jusqu’à présent, mais force est de constater qu’il est devenu le nouveau brûlot dans les milieux catholiques dont les querelles et divisions réjouissent, surtout en ce moment, les médias qui assistent impuissants à un phénomène de mode tout à fait jouissif de nos candidats politiques : s’afficher chrétien et classe ultime, proche de François (le pape évidemment, pas Hollande).

Je lis, j’entends ce qui se dit notamment sur les réseaux sociaux dont je suis assez friande, mais rien ne me satisfait réellement car hormis quelques Jean Daujat des temps modernes qui mériteraient une place d’honneur sur la toile, peu s’attachent à expliquer pourquoi nous en sommes arrivés là, et moi, ce qui m’intéresse profondément, ce n’est pas tant distribuer des bons ou des mauvais points de catholicisme aux uns et autres, qui est un jeu auquel nous avons vite fait de se brûler les ailes, mais bien de comprendre pourquoi une génération se radicalise sur certains sujets.

Je ne me rendrais pas justice en laissant penser que je n’ai pas déjà quelques idées sur le sujet, et notamment ce cocktail inédit de néant spirituel et d’enfouissement stratifié de nos racines, le tout à coups de battage de coulpe et de terrorisme intellectuel conduisant à ne plus parler qu’en termes de communautarisme au détriment a minima de bien commun, mais il me semble plus intéressant de laisser la parole à ceux qui ont pris le temps d’en écrire quelques mots et d’en structurer le propos.

Une fois n’est pas coutume, je me suis donc attelée à la lecture du livre d’Alexandre Devecchio, (journaliste au Figaro, 29 ans, cofondateur et animateur de FigaroVox) « Les nouveaux enfants du siècle », avec pour sous-titre « Djihadistes, identitaires, réacs, Enquête sur une génération fracturée ».

Alexandre Devecchio distingue parmi cette génération fracturée trois grands groupes qui influent fortement sur la sphère à la fois spirituelle et politique de notre société, et qui, bien que tout semble les opposer, ont en commun de vouloir faire bouger les lignes et de se faire entendre.

  • La génération « Dieudonné » : il s’agit de la génération des « territoires perdus de la République », produit de l’échec de l’anti-racisme, nourri par une culture victimaire, terreau idéal des Frères Musulmans et des Salafistes qui s’engouffrent dans le rejet de l’Occident pour insuffler un islam idéalisé et radicalisé, au nom de l’Oumma, la « nation » des musulmans, et dont la forme ultime conduit au djihadisme et le terrorisme.
  • La génération « Zemmour » : il s’agit de la génération des « petits blancs » de la France profonde et des périphéries, celle qui souffre des effets de la désindustrialisation et d’un sentiment d’insécurité physique et culturelle liée notamment à l’immigration, confrontée à un sentiment minoritaire dans certains quartiers, où le racisme anti-blanc et l’antisémitisme existent mais sont officiellement gommés au profit d’une exaltation du multiculturalisme et d’une complaisance coupable vis-à-vis d’un islam radical sous les haros de « pas d’amalgame » et de culpabilisation de la France colonisatrice.  En quête de la préservation de l’identité nationale face à la mondialisation, la génération « Zemmour », c’est aussi la génération de ceux qui traditionnellement à gauche, et notamment dans des institutions telles que Sciences-Po, s’est droitisée, celle qui se sentant muselée dans les débats n’hésite plus à se faire entendre et s’affiche pour partie de façon totalement décomplexée sous la houlette d’une Marion Maréchal-Le Pen ou d’associations telles que Génération Identitaire.
  • La génération « Michéa » : il s’agit de la génération issue de la Manif pour Tous, fustigeant tout à la fois les dérives sociétales de la gauche libertaire et la soumission au marché de la droite libérale. Traditionnaliste sur le plan des valeurs et fervente partisane de l’écologie intégrale, elle est généralement catholique de confession ou d’inspiration, héritière de la bourgeoisie enracinée, la France des invisibles taiseux qui s’est réveillée au nom de la défense notamment de la famille, de l’école et de la nation. Se situant bien souvent au-delà du clivage gauche-droite, à la recherche d’un projet commun pour tous, elle s’incarne alternativement ou cumulativement dans la doctrine sociale de l’Eglise,  des intellectuels inclassables tels que Georges Orwell ou Jean-Claude Michéa, les Veilleurs, Sens Commun ou des figures considérées comme réactionnaires telles qu’Eugénie Bastié, François-Xavier Bellamy ou l’auteur de ce livre.

Anti mai 68, cette génération partage en commun d’être à la fois « antimoderne et postmoderne », et de dominer les réseaux sociaux, multipliant blogs, sites, comptes twitter et followers. Menant front commun contre le système politique en place et la société ultra-libérale, cette génération n’en demeure pas moins « disloquée et morcelée comme jamais, les enfants du siècles se pressentant hostiles entre eux ».

Fort de ce constat, revenons à cette notion d’identitaire qui crée le débat.

Sur le plan spirituel, il me semble légitime et sain de s’interroger sur la compatibilité entre ses convictions intellectuelles ou politiques avec le message évangélique, d’autant plus quand les frontières semblent brouillées et que la Foi devient un étendard de certains combats politiques.

Sur le plan temporel, en revanche, il me semble peu convaincant d’écarter ou de pointer du doigt, via des considérations religieuses, des engagements politiques ou des aspirations dont, si la fin ne justifie pas les moyens, n’en demeurent pas moins l’expression d’une génération qui a une soif légitime d’identité, de culture, de racines, de valeurs. Dans le même ordre d’idée, mêmes si certaines prises de position du pape dérangent ou bousculent, il me semble tout aussi étonnant de les confronter de façon abrupte à nos intérêts politiques.

Laissons à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César.

Nous nous trouvons là me semble-t-il à la frontière de l’exercice de ces débats, dont je conçois qu’elle soit délicate à tracer, mais qui ne pourront que continuer à exacerber la génération de ceux qui face au multiculturalisme et à la mondialisation, à la paupérisation et au libéralisme, souhaitent retrouver leur identité, qu’ils soient ou non catholiques et/ou identitaires.

La déconstruction a débouché sur la démolition et la France a perdu son âme.

Les lignes de faille sont complexes, peu comprises et appréhendées par les élites en place, ce qui explique en partie le basculement vers de nouvelles formes de radicalité et ne peut que plaider pour l’émergence de nouveaux chefs naturels (Le temps des chefs est venu de François Bert) qui sauront redéfinir le bien commun, puisant sa source dans le creuset de nos racines historiques et culturelles, pour réconcilier Nation et République, seul remède à la fracture générationnelle à laquelle nous assistons.

« L’histoire n’est jamais écrite d’avance : le propre de la liberté humaine, c’est de rendre possible ce qui en apparence ne l’était pas ». François-Xavier Bellamy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 réponses
  1. xxx
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      Elvire Debord dit :

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      je n’ai pas eu de retour de lecteur concernant une lenteur de chargement de ce site mais il est vrai que lorsque la connexion est mauvaise, il ralentit plus que d’autres sites sûrement en raison des photos
      je vais poser la question au webmaster …
      merci à vous de vouloir me lire en tout cas. Belle journée

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