Le bonheur et autres broutilles de Patrick Tudoret

En voilà un beau titre de Saint Valentin qui fleure bon la joie de vivre.

Le sous-titre est plus concret « Chroniques du Journal La Montagne », mais au moins il permet de savoir de quoi on parle.

Enfin… encore faut-il connaitre La Montagne. Que la peste soit de mon inculture, et Dieu sait si je m’attèle vigoureusement à remplir les trous, mais La Montagne (je donne des précisions pour les ignares de mon espère afin de vous éviter de vous jeter sur Wikipedia) est un quotidien régional sis à Clermont-Ferrand diffusé en Auvergne et dans une partie du Limousin. Il eut pour particularité (notamment) de diffuser de célèbres chroniques rédigées par des écrivains de renom (Tillinac, Vialatte, Sepulveda, Taillandier ….) dont Patrick Tudoret.

Je sens jaillir la question : pourquoi lire des chroniques d’un journal qu’elle ne connait même pas ? est-ce en raison du titre ? Cela aurait pu en effet, quoique cet élément en lui-même s’avèrerait fort insuffisant.

Il faut savoir (si tant est que cette information fut essentielle) que je choisis rarement mes lectures par hasard. Certains vous diront qu’ils passent des heures dans les librairies à lire les 4ème de couverture avant de repartir avec leurs trouvailles.  Moi pas du tout. Non pas que je n’apprécie pas flâner dans les rayonnages mais devant l’immensité des ouvrages proposés, j’ai tendance de plus en plus à privilégier le choix orienté ou ciblé.

Flâner c’est m’informer, lire c’est choisir.

Je mets parfois quelques coups de canif au contrat quand je connais certaines maisons d’éditions : Zulma édite de si jolis livres avec ses couvertures à rabats qu’ils donnent envie d’être lus rien que pour le plaisir charnel de les tenir entre les mains. Actes Sud, en revanche, édite bien souvent des romans de qualité mais le format de leurs livres, étroit et tout en hauteur, ne m’est malheureusement pas du tout agréable.

Ils font partie de mon quotidien ces livres ensuite, ils ne peuvent donc entrer que revêtus de « l’imprimatur ». Ils passent généralement quelques jours en piles sur mon bureau avant que je n’ose les ouvrir, histoire qu’ils s’imprègnent bien des odeurs de mon appartement. Ils font ensuite un saut de puce sur mon lit quelques jours encore parmi d’autres, et c’est celui qui saura se montrer le plus digne de confiance qui deviendra l’heureux élu des heures suivantes.  Il sera alors humé, trituré, retourné, analysé, prologue et petites notes d’éditeur seront lus attentivement, puis viendra le moment de le feuilleter. Un petit arrêt généralement sur la page de la dédicace, mystère irrésistible soulevé par des petites phrases du genre : je dédie ce livre à …, pour toi …, avec tous mes remerciements à …  une femme, une maitresse imaginaire, un ami, un enfant ?

« A toi Elvire, sans qui ce livre n’aurait pas vu le jour … » cela a un charme fou tout de même cette phrase mystère qui ne peut être comprise que des proches. Cette dédicace n’est pas dans le livre de Patrick Tudoret, je le précise. Ici point de mystère, sont vivement remerciés celles et ceux qui, au sein de La Montagne, lui ont permis de rédiger ses chroniques.

Mais refermons la parenthèse pour en revenir à notre cher Patrick Tudoret que j’ai découvert en lisant « L’homme qui fuyait le Nobel », livre qui fut d’ailleurs l’objet du tout premier billet de mon blog. Il était loin d’être son premier livre comme j’ai pu le remarquer en parcourant sa bibliographie, mais ce fut le premier que je lus (sur les recommandations d’un ami), et le premier qui m’inspira suffisamment pour me jeter à l’eau de ces billets qui, de quelques lignes, finissent par recouvrir aujourd’hui plusieurs pages.

Patrick Tudoret me fit l’immense plaisir et honneur de m’en remercier tout récemment et m’invita à cette occasion à une soirée littéraire où il présentait son dernier livre. Je ne pus tristement m’y rendre, et  j’allai donc, à défaut, me procurer cet ouvrage en librairie.

Après plusieurs jours d’errance sur mon bureau, dégageant enfin quelques effluves discrets de bougie parfumée,  il fut ensuite dévoré quasiment d’une traite.

Difficile de résumer ici les 44 chroniques qui se succèdent. Je peux dire en revanche qu’elles se savourent sans modération. Une pure délectation qui mêle un humour subtil à vous décrocher une activation incontrôlée des zygomatiques dans le métro et des tableaux qui croquent avec finesse le monde dans ses excès et ses absurdités, ses joies comme ses drames.

Des chroniques truculentes, parfois cyniques ou désappointées, dont les titres à eux seuls sont déjà désopilants.

Un recueil qui révèle au fil des pages une profondeur qui ne se prend pas au sérieux, véritable appel à la vie, la vraie, l’authentique.

« La liberté est bonne conseillère. Même un modeste destin vaudra toujours bien que la plus belle carrière du monde »

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