Dans les yeux de son père

Il m’est apparu pendant longtemps que je ne serais jamais à la hauteur des attentes intellectuelles de mon père quand pendant des années il m’a semblé entendre dans nos échanges « ma fillote, ce que tu dis n’est pas dénué d’intérêt mais la question est mal posée » ou « ma fillote ce que tu dis est intéressant si ce n’est que le postulat de base est erroné ».

Je m’en suis posée des questions et cherché des postulats de base qui donneraient du fondement à mes propos. Je m’en suis farcie des bouquins qui me permettraient de comprendre la quintessence du raisonnement thomiste, le génie d’un Thibon, la beauté de la langue latine, la « vraie » vie de Louis XVI… j’avoue que par découragement j’ai lâché prise sur l’importance de la symbolique, les encycliques et que sais-je encore, tout autre sujet dont je ne nie pas ni l’attrait ni l’intérêt mais ne deviennent passionnants que lorsqu’ils sont accessibles ou partagés.

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Fils de Jean ou Fils de Joseph?

J’aurais pu parler de ces deux films séparément car ils méritent largement qu’on s’y attarde pour des qualités qui leur sont propres mais le hasard m’ayant conduite à les regarder à des intervalles très proches, il m’a semblé évident, pour les raisons énumérées ci-après, d’en faire un unique billet plus court et laisser à chacun le soin de s’en faire sa propre appréciation.

Ils ont en commun d’être sortis au cinéma cette année, d’avoir des titres qui s’interpellent simultanément, une trame de fond identique autour du fils (adulte dans l’un, encore adolescent dans l’autre) qui, élevé seul par sa mère, va chercher le père qui n’a pas voulu le reconnaitre, et des acteurs remarquables.

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De l’indigence de Charité

Je ne sais pas si on doit voir des signes dans chaque mots, rencontres, ou évènements qui surviennent dans nos vies, (j’aurais pour ma part tendance à dire oui en utilisant le terme qui me semble plus approprié de Providence),  mais il s’avère qu’en un laps de temps relativement court deux personnes ont été amenées à parler devant moi du sens du mot Charité, l’une en employant un terme que j’ai trouvé criant de vérité « l’indigence de Charité » et l’autre en nous rappelant l’impérative nécessité de pratiquer « le tact de charité » en famille, au nom de la vertu de Vérité.

Le contexte de ces échanges me fait dire qu’en l’espèce je n’étais pas personnellement visée (ouf) mais il serait fort prétentieux de croire que dans l’absolu je n’avais pas à réfléchir à ce qui avait été dit et exprimé en ces occasions particulières.

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Éducation et jardinerie

En pensant aux enfants qui nous sont confiés, et aux miens en particulier, j’ai toujours eu à l’esprit l’image d’un jardinier qui serait face à un jardin potager et qui devrait faire pousser ses légumes.

J’entends déjà les cris d’orfraie que certains vont pousser, « mais quoi comparer des enfants à des légumes, c’est inadmissible, et leurs âmes, ils ont des sentiments et Dolto … »

Que personne ne se méprenne et se rassure. Loin de moi l’idée de comparer ces petits êtres à des légumes, l’allégorie, si je puis oser parler ainsi, ne fait sens qu’à travers le regard que l’on peut porter sur l’essence même du mot éducation.

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Chanson douce de Leila Slimani

Sur les conseils de nos amis de la Procure qui nous comblent avec leurs petites vidéos journalières nous présentant leurs coups de cœur en 1 minute, je me suis précipitée en librairie acheter ce livre il y a quelques jours en raison du thème abordée : une famille, une nounou, un drame.

La 4ème de couv est alléchante : « à travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. »

Moi qui vis avec des nounous depuis que mes jumeaux d’aujourd’hui 9 ans, grands prématurés, n’ont pu aller à la crèche une fois sortis de l’hôpital, autant dire de suite que j’ai lu ce livre d’une traite.

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Catholiques, engageons-nous de l’Abbé Grosjean.

Je voulais parler ce soir d’un peu de spiritualité et en particulier d’un livre que j’ai lu cet été sur la plage et qui m’a profondément marquée, à tout le moins a suscité chez moi de nombreuses réflexions et volontés de m’engager davantage.

« Catholiques, engageons-nous » de l’Abbé Grosjean.

Un livre concis, efficace, clair, concret, débordant de Foi et d’Espérance. Point n’est besoin de présenter l’Abbé Grosjean dont la faconde virile sur les plateaux télés et la plume alerte sur son blog Padreblog sont bien connues de la cathosphère.

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Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine De Vigan

J’ai eu l’occasion de découvrir Delphine de Vigan il y a quelques années au travers de son livre « No et moi » dont j’avoue ne pas avoir conservé un souvenir impérissable au point qu’elle ne faisait pas partie de ces auteurs actuels que je peux être amenée à suivre. Et puis sur les conseils insistants d’amis qui connaissent mon appétence prononcée pour les histoires intérieures et méandres familiaux, j’ai acheté ce livre en version poche (je déteste généralement les versions poches car je trouve que ce ne sont pas des formats agréables à lire et à conserver en bibliothèque …) en raison de la magnifique photo qui figure en première de couv, dont on découvre en lisant le livre qu’il s’agit de la mère de l’auteur. Autant dire que j’ai dévoré ce livre en deux jours, le terminant ce matin à l’aube avec un café avant d’affronter la canicule parisienne. Comment ne pas rendre hommage à ce magnifique récit qui essaie de comprendre avec sincérité, authenticité, réalisme tout en marchant sur des œufs, les blessures, les souffrances, la vie de famille de sa mère … Lire la suite

Concevoir l’humain

Quand on regarde ces deux films-documentaires simultanément, on passe de la nausée à l’espoir.

L’un est un documentaire canadien réalisé en 2014 par Harold Crooks qui nous décrit comment fonctionne l’évasion fiscale et ce qu’elle implique en termes de retombées économiques sur les pays avec des multinationales toujours plus riches et des citoyens en face de plus en plus en plus pauvres.

La phrase choc : l’évasion fiscale n’est pas forcément illégale mais elle est toujours immorale.

Et puis, dans ce document de 2015 réalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion,, il y a ces alternatives en face, où des modes de vie ont été repensés et mis en œuvre à l’échelle d’une communauté, d’une ville, où l’humain et son environnement reprennent leur place, où l’équilibre et le bon sens reprennent leurs droits.

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Illégitime d’Adrian Sitaru

Ca parle d’avortement, d’inceste, de dissensions familiales, de blessures, des non-dits, des incompréhensions, des écarts de génération, de la paternité, du lien parents-enfants, c’est un film roumain-polonais, il est tourné avec peu de moyens, cela pourrait être presque du théâtre, on ne rigole pas. On voudrait partir en courant …
Et pourtant, Situra signe là un petit bijou, poignant de justesse, où l’amour transperce les mots qui fusent, les gestes violents, où le temps qui se fige redémarre sur un autre tempo, où la grâce succède à la tension. C’est diffusé en ce moment, dans une seule salle à Paris, l’Entrepôt, et c’est bien dommage car rares sont les films aujourd’hui qui font vibrer aussi fortement corps, coeur, esprit.

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Le Dit de Tianyi de François Cheng

Qui n’a pas lu François Cheng passe à côté d’un immense auteur. Je m’en veux moi-même d’avoir conservé si longtemps dans ma pile de livres à lire une telle merveille et le découvrir si tardivement. Mais enfin, c’est chose faite et je referme éblouie ce petit-chef d’oeuvre. Quête spirituelle? livre d’histoire sur la Chine communiste et ses camps? pont entre l’Orient et l’Occident? poésie? amitié? amour? art? histoire d’une vie? il n’est pas nécessaire de choisir, c’est tout à la fois et plus encore.

« il nous invite à entrer dans son silence où l’on communie indéfiniment, avec une émotion sans partage » (…) « représenter son visage et son corps de façon si dépouillée, si laconique, juste l’essentiel mais essentiellement juste, qu’ils restent vivants en leur devenir, laissant affleurer tout ce qui a été vécu et rêvé, s’ouvrant aux souffles qui les portent. »

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