Voyage littéraire …

L’hiver, l’hiver, l’hiver, toujours l’hiver… Vive les échappées, les envolées, la vagabondages littéraires et les voyages.

Un voyage dans des contrées lointaines, un voyage dans le temps, à la rencontre d’êtres d’exception qui demeurent à jamais d’éternels présents à travers une forme de génie qui leur est propre et qui parle encore et toujours à nos contemporains.

Fermez les yeux, remémorez-vous vos lectures de jeunesse et partons en Russie, sur les traces de l’auteur de Guerre et Paix et d’Anna Karénine. Léon Tolstoï (1828-1910), pour ne pas le nommer, à qui Christiane Rancé a consacré un émouvant et puissant portrait en suivant les pas de cet ogre, aussi féroce dans ses rapports à la vie, que dans sa prise de conscience soudaine que celle-ci a une fin. Marié, père de treize enfants, comte en son domaine d’Iasnaïa Poliana, Tolstoï est un génie reconnu de son vivant, d’abord par ses récits autobiographiques et ses célèbres romans, véritables fresques d’une époque, puis, tourmenté et angoissé par l’horreur du néant, il s’attellera dans des nouvelles et des essais à comprendre le monde de façon existentielle et philosophique, jusqu’à s’enthousiasmer pour la doctrine du Christ qu’il décortiquera puis réécrira.

Lire la suite

C’est l’hiver et donc …

Qu’est ce qui distingue fondamentalement l’hiver des autres saisons ?

Voilà une question essentielle qui mérite de s’y attarder et le premier mot qui me vient à l’esprit en regardant mes congénères est bien la tristitude.

Comme dirait Victor Hugo,

« En hiver la terre pleure ;

Le soleil froid, pâle et doux,

Vient tard, et part de bonne heure,

Ennuyé du rendez-vous. »

Ou encore :

« L’hiver blanchit le dur chemin,

Tes jours aux méchants sont en proie.

 La bise mord ta douce main,

 La haine souffle sur ta joie »

Lire la suite

François, un pape parmi les hommes de Christiane Rancé

Voilà, l’année 2018 s’achève dans quelques heures.

Le moment de nouvelles agapes, de breuvages à bulles et hurlements de joie à minuit qui donnera le go pour se jeter avec hystérie sur nos petits ustensiles électroniques qui nous relient si facilement et aisément aux êtres qui sont loin plutôt qu’à ceux qui sont physiquement présents.

Le moment des rétrospectives, des bilans, du feuilletage de ses carnets intimes pour y relire tout ce qui a été consigné, noté, avec soin, ferveur, de nos lectures, réflexions quotidiennes, en espérant que toutes ces petites phrases finiront par se graver en nos cœurs pour devenir meilleurs, plus aimants, plus ouverts.

Le moment de regarder avec attention le chemin parcouru et se rendre compte qu’on se souvient si aisément de ce qui n’a pas fonctionné, de ce qui nous a peinés, blessés et qui alimente nos rancœurs, nos agacements, nos égoïsmes et faire fi de ces petits riens et plus grandes choses qui nous ont permis d’avancer et de rester debout, vivants.

Lire la suite

Dorothy Day d’E. Geffroy, B. de Guillebon et F. de Rivaz

« Dans un monde sans vérité, certains se sont battus pour entendre Sa voix et pour continuer à parler de la vérité – la vérité du Christ. Et parmi eux il y avait Dorothy : par son engagement pour la justice, pour la liberté et la paix, sa résistance aux royaumes de ce monde, et son indéfectible engagement en la croyance que l’amour rachètera le monde. Dorothy eut un rêve de cette vérité, et le rêve est devenu une vision, et la vision devint une lumière pour le monde. »

         Homélie du Père Gneuhs lors des funérailles de Dorothy Day le 2 décembre 1980

 Dorothy Day, très célèbre aux Etats Unis, méritait bien cette première biographie française, que l’on doit à trois jeunes auteurs, tous membres de l’association le Dorothy, qui a ouvert un café associatif dans le 20ème arrondissement de Paris.

Je n’ai pas de meilleur portait à dresser d’elle que celui qui figure en 4ème de couverture et que je reproduis pour partie ici : née en 1897, militante anarchiste et communiste, jeune journaliste engagée dans la défense pour les plus pauvres, le pacifisme et le combat contre le racisme, elle se convertit au catholicisme à l’âge de 30 ans, sans rien renier de ses convictions révolutionnaires et avant-gardistes en faveur de la justice et de la paix. Fondatrice en 1933 du mouvement des Catholic Workers, ainsi que du journal du même nom, elle crée pour les déshérités un réseau de maisons d’accueil et fait pour elle-même le choix de la pauvreté.

Lire la suite

Rimbaud de Stéphane Barsacq

Celui-là qui créera Dieu

« On s’étonne parfois qu’un homme si jeune que Rimbaud soit allé si loin, alors que c’est sans doute le plus faible de ses paradoxes : la jeunesse est un génie. Il est plus difficile de survivre à l’âge mûr, que de mourir adolescent par suite des excès de son âge. Rimbaud s’échappe dans la légèreté, l’insolence et la liberté, grâce à son sens de la gravité. C’est que, pour lui, la poésie n’est pas un amusement : elle est une action violente dirigée contre la violence du monde, et d’abord une expérience de tout l’être. Rimbaud est sans doute le premier en France qui ait rendu à la Poésie son culte véritable. Pour Rimbaud, l’aventure a-t-elle été de tenter de rêver au-delà du paradis perdu, et d’en créer un nouveau qui intègre toute la création, qui rejette la morale, au nom de la morale suprême : la poésie. »

Mon cher H.,

Tu t’interroges voire t’inquiètes régulièrement sur mes inclinations non dissimulées envers des êtres dont la vocation est rarement dénuée d’exigence et de radicalité, toujours en quête de vérité, de liberté, de foi, de Dieu. Il est vrai que mon blog laisse une large place aux prêtres, saints, chartreux, philosophes, essayistes ou femmes dont la pensée et la vie ont pu me saisir. Il est plus rare d’y voir figurer des poètes. Peut-être et fort probablement parce que je les connais peu, et que les radicalités orientées me parlent davantage que la soif d’absolu désorientée dont Rimbaud ne fut pas dépourvu, fusse son verbe porté au plus haut. Il fallait que son nom s’inscrive sur un livre de Stéphane Barsacq pour que je me penche sur ce génie de la poésie, car dès les premières lignes, il est difficile de ne pas tomber sous le charme de cette « rumination orientée par l’amour qui ne se substitue pas à l’être aimé », de ne pas être touché par cette envie de « rendre à ce rebelle la part la plus radicale de son être, cette volonté de dire non, pour dire oui, même si autrement : par charité. »

Lire la suite

Le journal de la peste de Michael D. O’Brien

« Je me suis activé avec frénésie pour avoir une vie accomplie et, ce faisant, j’ai oublié de vivre. (…) J’ai été si inquiet pour mes enfants que je ne les ai pas vraiment regardés. (…) C’est de la foi dont nous avons le plus besoin. Quand nos autres forces nous font défaut, là, à la base de nos âmes vides, se trouve une richesse mystérieuse de silence. Là, au fond du tonneau, réside la véritable force, ni puissance ou ressources, ni sagesse mondaine ou système de défense solide, mais plutôt la volonté de continuer à aimer et vivre par la vérité. (…) Je ne le savais pas alors, mais le prix d’une famille heureuse est la mort de l’égoïsme. (…) Un père, la nuit, peut avoir peur de toutes sortes de choses, et de façon plus pertinente, son impuissance face à la réalité. (…) Je peux réfléchir, spéculer sur la nature de l’avenir mais je le vois maintenant cette terreur engendrait en moi la violence.»

J’avais eu l’occasion d’échanger, même furtivement, avec Michael D. O’Brien, au travers d’un premier billet que je lui avais consacré l’année précédente. De mémoire, il me semble lui avoir écrit qu’il faisait partie de ces auteurs contemporains que je lis systématiquement avec avidité, sans trop me poser de question quant au fait de savoir si ses livres successifs pourraient me plaire ou non, tant il est vrai que le lire n’est pas uniquement entrer dans une « œuvre littéraire » mais plutôt s’insérer dans une « œuvre de présence au monde ».

Lire la suite

Simone Weil de Christiane Rancé

Le courage de l’impossible

« Quand on est comme ça, que l’on conçoit toute sa vie devant soi et que l’on prend la résolution ferme et constante d’en faire quelque chose, (…) ce qu’un être humain peut vous faire de pire au monde c’est de vous infliger des souffrances qui brisent la vitalité et par conséquent la capacité de travail.  (…) Il importe d’être prêt à aimer le bien partout où il se manifeste, inconditionnellement et sans restriction, car partout où il y a du bien, il y a contact surnaturel avec Dieu. Je crois que cette pensée est la vérité. (…) La vérité, c’est que l’esclavage avilit l’homme jusqu’à s’en faire aimer ; que la liberté n’est précieuse qu’aux yeux de ceux qui la possèdent effectivement. Désirer la vérité, c’est désirer un contact avec la réalité ».

Chère Simone,

Vous lire et vous comprendre, c’est assurément passer quelques nuits, que dis-je, des jours à s’extirper de ses zones de confort pour atteindre et faire vibrer un degré supérieur de son intellect, tant les écarts apparents de pensées avec lesquelles vous semblez jongler avec tant d’aisance peuvent nous sembler incohérence.

Et pourtant, s’il y a bien un mot qui ne peut servir à vous décrire, c’est bien celui-ci. Rares sont les êtres dont on peut dire qu’ils ont su lier, avec une telle radicalité et dans un souci de cohérence parfaite, idées et vie, au point de s’astreindre à des extrémités ou des privations presque incompréhensibles au commun des mortels.

Lire la suite

En vrac…

Il y a en ce moment dans le monde,
au fond de quelque église perdue,
ou même dans une maison quelconque…
tel pauvre homme qui joint les mains et, du fond de sa misère,
sans bien savoir ce qu’il dit, ou sans rien dire,
remercie le bon Dieu de l’avoir fait « libre », de l’avoir fait « capable d’aimer ».

Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où,
une maman qui cache pour la dernière fois son visage
au creux d’une petite poitrine qui ne battra plus,
une mère près de son enfant mort,
qui offre à Dieu le gémissement d’une résignation exténuée,
Comme si la voix qui a jeté les soleils dans l’étendue…
venait de lui murmurer doucement à l’oreille :
« Pardonne-moi. Un jour tu sauras, tu comprendras, tu me rendras grâce.
Mais maintenant, ce que j’attends de toi, c’est ton pardon, pardonne ».

Ceux-là, cette femme harassée, ce pauvre homme
se trouvent au creux du mystère, au cœur de la création universelle,
et dans le secret même de Dieu.

Georges Bernanos : Liberté pourquoi faire ?

Lire la suite

Mystica de Stéphane Barsacq

« Approcher de l’ineffable nécessite de celui qui écrit, non qu’il force la langue à n’importe quel prix, mais, au contraire, qu’il préserve le caractère silencieux de l’émotion, qu’il cherche à transmettre, pour que ses mots, gorgés de silence, disent cette émotion au plus profond.

Nous ne sommes pas les survivants d’un âge d’or. Nous sommes placés à l’avant-garde de l’éternité.

Ne jamais se limiter quand on vise l’illimité. La vérité, c’est qu’il n’y a pas de limites.

Pire que l’absence d’amour, ce qui fait souffrir, qu’est-ce sinon de voir qu’on aura aimé qui vous aura en fait le plus détesté.

Un cœur brûlant pour se lancer au-dehors. Un cœur profond pour se lancer en-dedans. »

Lire la suite

Un moine en otage du Père Jacques Mourad

« Aimer comme Jésus c’est prier. Cette guerre qui déchire le monde est un combat spirituel. Cela implique que nous fassions le choix radical du pardon, de la vérité et de la charité. (…) N’ayons pas peur des gens qui prient d’un cœur sincère, même s’ils prient différemment, même si notre perception de Dieu n’est pas la même. (…) Comment Dieu ne serait-il pas sensible à ces millions d’hommes et de femmes qui dans le monde entier, s’arrêtent cinq fois par jour pour prier ? (…) si leur esprit est pur, s’ils prient avec sincérité, comment ne pas croire qu’ils renonceront à la violence ? ( …) Sachons voir au contraire ce qu’il y a de beau dans nos frères. Je suis encore bouleversé quand je pense à ces amis musulmans qui nous ont sauvé la vie ! Grâce à la profondeur de notre amitié, ils sont allés jusqu’à risquer leur vie pour nous, et certains en sont mêmes morts.  Il s’agit sûrement du chemin de toute ma vie. Sans la prière, jamais je n’aurais accepté l’idée d’aimer les musulmans, moi le chrétien d’Orient qui n’avais entendu parler de l’islam qu’en mal depuis mon enfance. Croyons fermement que notre souffrance offerte, nos petites morts anodines du quotidien, sont l’annonce d’une résurrection à venir, pour nous, mais aussi pour le monde. »

Comme l’indique Monseigneur Lebrun dans la préface, ce livre brûle de la foi d’un homme et d’une communauté. Moine, prêtre syro-catholique, le Père Jacques Mourad est enlevé par Daesh en 2015 et sera maintenu en captivité et torturé pendant cinq mois.

Miraculeusement relâché, il sort de cette horreur le cœur empli de compassion et d’amour pour son prochain. Paradoxe presque inintelligible à vue d’homme, si ce n’est oublier que cette compassion ne peut être que christique. Elle ne retire ni colère, ni souffrance, ni lucidité, ni peur, elle remet l’homme au cœur du monde, et chacun d’entre eux comme un frère en Jésus-Christ.

Lire la suite