Une histoire des loups d’Emily Fridlund

« Aujourd’hui, il m’est difficile d’évaluer quelle part de ce que j’ai fait et désiré à l’époque résultait directement d’une version de cette pensée-là. Quelle est la différence entre ce qu’on veut croire et ce qu’on fait ? (…) Et quelle est la différence entre ce qu’on pense et ce qu’on finit par faire ? (…) Parfois, quand je m’assois derrière la cabane rénovée avec ma mère sur ce qui nous reste de terrain, j’essaie de me remémorer les bois de mon enfance. Je ne me laisse pas aller à la nostalgie. Les bois n’ont jamais été magiques à mes yeux ; je n’ai jamais été jeune ou possessive au point de les voir ainsi. »

 Depuis 2006, les éditions Gallmeister se consacrent à la littérature américaine, choisissant avec soin des auteurs dont la plume et le regard se veulent observateurs du monde américain, devenant ainsi l’unique éditeur français à se spécialiser uniquement en ce domaine.

La littérature américaine est en effet foisonnante et recèle d’écrivains de très grande qualité contribuant à la découverte de ce continent fascinant et complexe de par ses extrêmes et sa diversité.

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Pour la liberté de François Sureau

« Le 31 janvier, 28 mars et 30 mai 2017, j’eus à plaider devant le Conseil Constitutionnel contre trois dispositions sur des lois relatives au terrorisme et à l’état d’urgence. (…) Les trois plaidoiries que vous allez lire s’inspirent d’une idée que je crois juste (…). Le système des droits n’a pas été fait seulement pour les temps calmes, mais pour tous les temps. Rien ne justifie de suspendre de manière permanente les droits du citoyen. Cela n’apporte rien à la lutte contre le terrorisme. Cela lui procure au contraire une victoire sans combat, en montrant à quel point nos principes étaient fragiles. »

 « Pour la liberté », rassemble trois plaidoiries que François Sureau a prononcées devant le Conseil constitutionnel dans le cadre de ce qu’on appelle en droit des questions prioritaires de constitutionnalité permettant, à l’occasion d’un litige, de contester la conformité de lois en vigueur à la Constitution, et à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 à laquelle la Constitution se réfère dans son préambule.

Un véritable contrôle a posteriori, alors même que les lois sont votées, publiées et mises en application.

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Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer

« Ma fille, je n’en peux plus de me cacher, de dire que j’ai une fille qui ne veut plus de moi. Des années sans un mot. (…) Je suis devenue pauvre de toi, de tout l’amour d’un père. (…) J’ai tenu ma place de père je crois. (…) J’espère que tu redeviendras ma fille un jour. Laisse-moi une petite place. Accorde moi l’image d’un père même à échelle réduite. (…) Tes fondations sont les heures que nous avons passées ensemble à interroger la vie, à balayer la mystique, à gratter les mots, les idées, les grands auteurs. A marcher sans rien dire pour écouter le silence. Je mérite bien d’être ton père, même à échelle réduite… »

Je le dis d’emblée : ce livre est un immense coup de cœur.

Attirée comme un aimant par le titre et la photo, puis son format et son papier, j’ai eu tout de suite envie de le prendre et de le feuilleter. Je le souligne car cela me permet de remercier au passage l’auteur et sa maison d’éditions, un livre réussi étant d’abord, à mon sens, un livre qui donne envie d’être touché, senti, exposé, un peu comme un bel objet ramené chez soi.

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Le Perlimpinpin

Tout récemment, mes enfants m’ont remis en mémoire ces mots savoureux prononcés par Emmanuel Macron lors du débat présidentiel qui l’opposait à Marine Le Pen où, docte et imperturbable, le pouce rejoignant l’index et les trois autres doigts pointés vers l’avant, ce dernier la regarda dans la yeux en lui disant : Madame le Pen, votre programme c’est de la poudre de perlimpinpin !

Cette phrase a tourné en boucle dans des clips remixés, découverts cet été par mes enfants, et comme ils sont encore à un âge où ils se lassent malheureusement difficilement de ce genre de plaisir, j’ai du perlimpinpin plein les oreilles.

A bien y réfléchir cependant, cette expression, à la sonorité rigolote et désuète, est juste incroyable surtout quand elle émane de notre président.

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Les huit montagnes de Paolo Cognetti

« Mon père avait une façon bien à lui d’aller en montagne. Peu versé dans la méditation, tout en acharnement et en bravade. Il montait sans économiser ses forces, toujours dans une course contre quelqu’un ou quelque chose, et quand le sentier tirait en longueur, il coupait par la ligne la plus verticale. Avec lui, il était interdit de s’arrêter, interdit de se plaindre de la faim, de la fatigue ou du froid, mais on pouvait chanter une belle chanson, surtout sous l’orage ou en plein brouillard. »

Dans la suite des billets consacrés aux sorties littéraires de la rentrée dans la section « livres profanes » (j’adore cette expression en vigueur à la Procure), place aujourd’hui au roman du jeune Italien Paolo Cognetti, « Les huit montagnes ».

Déjà publié pour un Carnet de montagne intitulé Le Garçon sauvage et quelques nouvelles, Paolo Cognetti est aujourd’hui encensé par la critique italienne.

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Les Jumeaux Vénitiens de Carlos Goldoni

Totalement enthousiaste est le terme qui me vient spontanément à l’esprit pour décrire mon état à la sortie de la première des Jumeaux Vénitiens, pièce écrite en 1745 par Goldoni et actuellement jouée au Théâtre Herbertot.

Des frères jumeaux, Tonino et Zanetto, séparés à la naissance, se retrouvent fortuitement dans la ville de Vérone à l’âge adulte pour y épouser leurs promises. Autant Tonino, élevé à Venise, est un jeune homme spirituel et raffiné, autant son frère Zanetto, qui a grandi dans une ferme, est un garçon rustre et naïf. De cette ressemblance physique dont tous les personnages sont dupes, vont naitre des imbroglios  et quiproquos en cascade sur fond de mariage arrangé, de bijoux volés, d’argent, de duels à l’épée.

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Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls de Eivind Hofstad Evjemo

« Le deuil est comme un bateau lourd à manœuvrer. Il faut ramer et écoper en même temps. Le plus important, c’est de cultiver la solidarité. (…) Le bonheur qu’elle éprouve a un rapport avec le temps, elle le sait. Il vient d’une concordance entre autrefois et aujourd’hui, d’un sentiment d’éternité, d’immuabilité : ce qui vit englobe ce qui a disparu. C’est le sentiment qui, pour elle, se rapproche le plus d’une foi religieuse »

Dans la série des livres de la rentrée, je viens de terminer cet ouvrage du norvégien Evjemo, traduit pour la première fois en France.

Le titre à lui seul est rempli de promesses, et a justifié en grande partie son acquisition.

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Quand tu étais sous le figuier… d’Adrien Candiard

Propos intempestifs sur la vie chrétienne

« La vie chrétienne, c’est d’avoir le courage de ne pas renoncer à la joie (…) parce que le bonheur est notre vocation (…) qui n’est que l’autre nom de la vie spirituelle que Dieu veut nous proposer. (…) Discerner notre vocation, réaliser notre vocation, vivre une vie chrétienne, c’est apprendre à nous libérer du poids de nos fantaisies, de nos envies du moment, de nos tocades, pour nous concentrer sur notre désir le plus vrai, celui qui nous constitue et nous fait avancer, celui qui nous appelle vers le bien. (…) Jésus nous invite à choisir la vie éternelle maintenant, et à la vivre sans attendre. »

Bien que sorti en 2016, voici un livre qui fait joliment écho à celui de Christiane Rancé, « Lettre à un jeune chrétien », et qui vivifie par la sobriété avec laquelle Adrien Candiard nous fait entrer dans notre vie spirituelle.

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Bakhita de Véronique Olmi

« Elle ne sait pas comment elle s’appelle. Elle ne sait pas en quelle langue sont ses rêves. Elle se souvient de mots en arabe, en turc, en italien, et elle parle plusieurs dialectes. Plusieurs viennent du Soudan et un autre, de Vénétie. (…) Elle connaît trois prières en latin. (…) On lui a demandé souvent de raconter sa vie, et elle l’a racontée encore et encore, depuis le début. (…) Pour ce récit, sa mémoire est revenue. Mais son nom, elle ne l’a jamais retrouvé. (..) Mais le plus important n’est pas là. (…) Elle garde en elle, comme un hommage à l’enfance, la petite qu’elle fut. Cet enfant qui aurait dû mourir en esclavage a survécu, cette enfant était et reste ce que personne n’a jamais réussi à lui prendre. »

Parmi les sorties littéraires de la rentrée, soulignons ce magnifique livre de Véronique Olmi consacré à Bakhita, sanctifiée en 2000 par le pape Jean-Paul II sous le nom de Sainte Joséphine Bakhita, après avoir été déclarée patronne du Soudan en 1995.

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Car ils ne savent pas ce qu’ils font de Maxence Van Der Meersch

« Le beau roman, ce ne doit pas être l’histoire d’une exception. Ce doit être un morceau de la vie de tous les jours, où chacun se reconnaisse, et qui pourtant enseigne aux hommes quelque chose que tous ne voyaient pas. (…) Il n’y a rien de plus cruel, de plus mauvais, qu’un homme qui n’aime plus ou qui croit ne plus aimer. (…) Je comprends à présent que je me suis conduit comme un monstre. Vous ne vous imaginez pas la somme infinie de souffrances qu’un homme peut faire endurer à l’esprit de sacrifice de la femme qui l’aime (…) mais l’expérience d’autrui n’a jamais profité à personne.»

Relire Julien Green m’a donné envie de faire perdurer ce saut dans le passé où affalée sur mon lit, je lisais à plus soif ces romans d’une époque révolue, qui comportait certes ses vices et l’empreinte d’une certaine dureté dans les rapports sociaux, mais dont il m’était aisé de compatir en spectatrice extérieure à un âge où la vie vous est douce et sans souci, ou de m’enthousiasmer pour un art de vivre où le port d’une redingote et l’emploi d’un verbe châtié et du vouvoiement rendaient même un malotru civilisé.

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