Zita, Impératrice courage de Jean Sévilla

Un fait est apparu dans presque tous les mouvements contre-révolutionnaires et dans beaucoup de tentatives de restauration : l’incapacité de certaines têtes à comprendre que le passé ne revient pas. L’histoire ne se refait pas. C’est ce que je dois enseigner à Otto. Toute révolution crée une situation qu’on ne peut ignorer. On ne doit pas oublier que même la monarchie aurait évolué dans le laps de temps où s’est déroulée une telle révolution. S’ils sont moralement fondés, on ne peut écarter les droits acquis lors d’une révolution, si on ne veut pas créer une nouvelle classe de dépossédés de leurs droits. Zita

Dans la série des couples inspirants pour nos contemporains, il est difficile de ne pas parler de Charles et Zita de Hasbourg.

Mariés respectivement à 24 et 19 ans, ils se firent cette promesse de s’aider l’un l’autre à aller au ciel, et ces mots ne restèrent pas vains puisque Charles fut béatifié par Jean-Paul II en 2004 et le procès en canonisation de Zita est en cours depuis 2009.

Destin singulier s’il en est, ils n’étaient pas appelés à régner (Charles était le 5ème dans l’ordre des successions) mais l’histoire en décida autrement avec notamment l’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo en 1914 qui propulsa Charles comme le successeur de l’empereur François-Joseph (mari de Sissi) qui mourut en 1916 à 86 ans. Charles, avec sa femme Zita, est couronné à 29 ans, Empereur d’Autriche et Roi de Hongrie.

C’est ce destin particulier que nous raconte Jean Sévilla dans cet ouvrage par lequel il nous dévoile toute l’admiration qu’il porte à ce couple, et cette femme en particulier qui parcourut tout un siècle avec une force et un courage qui ne peuvent laisser indifférents.

Zita est née en 1892, princesse de Bourbon-Parme. Elle dira avoir vécu une enfance extraordinairement heureuse et joyeuse, entourée de 23 frères et sœurs. Robert de Bourbon, duc de Parme, son père, eut douze enfants d’un premier mariage puis douze autres d’un second. Zita est la 17ème et vit avec toute sa famille six mois de l’année en Italie, six mois de l’année en Autriche. De part leur lien de parenté avec de nombreuses lignées royales de différents empires, Zita parle plusieurs langues dont le français.

Elle rencontre Charles Ier de Hasbourg, petit neveu de l’empereur François-Joseph, à 17 ans : c’est le coup de foudre et se marie à 19 ans. Ils eurent 8 enfants.

Devenus couple impérial en 1916, profondément catholiques, ils furent tous deux un exemple de dévouement et d’abnégation pour leur peuple. Très vite, Charles eut comme projet de mettre en œuvre une législation conforme à la doctrine sociale de l’Eglise. Energique, volontaire, en totale harmonie avec son époux, et en pleine guerre, Zita mit en en place des œuvres sociales, visitait les malades, les blessés de guerre et secourait les pauvres. Ils ne cessèrent d’œuvrer pour la paix, plaçant toujours la dignité de l’homme au cœur de leur préoccupation et de leurs décisions.

Malheureusement la fin de la guerre et le remaniement des cartes politiques firent que Charles dut renoncer à exercer son pouvoir. Commença alors pour eux le long périple de l’exil forcé, de la perte de tous leurs biens, de tentatives avortées de restauration et Charles mourut à 34 ans. Zita dira de son mari : l’empereur donnera à ma vie son sens et sa plénitude.

A 30 ans, Zita est donc veuve, enceinte de son 8ème enfant. Tout l’avenir des Habsbourg repose sur elle, étant tout à la fois veuve de l’empereur d’Autrice, elle-même impératrice d’Autriche et Reine de Hongrie, et mère de l’empereur d’Autriche.

Elle ne se remariera jamais, et fidèle à son époux, elle portera le deuil jusqu’à sa mort.

Tous les jours elle l’invoque dans ses prières, et prendra immédiatement conscience qu’elle a un grand devoir politique : élever ses enfants selon l’esprit de l’empereur, en faire des chrétiens, et préparer Otto, son fils ainé, à son avenir. Sur ce terrain, elle ne faillit pas à sa tâche, et en dépit des nombreux exils, des déménagements forcés, le manque cruel d’argent, tous ses enfants firent de brillantes études. Ne croyant pas par ailleurs que l’Histoire ait un sens inéluctable, elle éleva ses enfants et Otto en particulier dans la possible restauration de la monarchie.

Profondément catholique, elle allait à la messe tous les jours et éleva tous ses enfants dans la même ferveur. 

Ce qui soulève notre admiration lorsqu’on lit sa biographie, c’est sa dignité et sa cohérence.

Après une jeunesse très heureuse et d’un mariage d’amour, Zita n’aura connu que des épreuves : la première guerre mondiale, l’accession prématurée au trône (1916), l’échec des plans de paix, une campagne de dénigrement dans son propre pays, la dislocation de l’empire, l’effondrement de la monarchie, l’exil, l’échec de la restauration, le veuvage à 30 ans avec huit enfants, puis la seconde guerre mondiale, de nouveau l’exil, puis le renoncement au trône de son fils Otto élevé pourtant dans cette optique, la pauvreté et le dénuement.

Et pourtant, Zita n’a jamais fléchi, n’a jamais douté : ni de son pays, ni de son rang, ni de sa famille et de sa mission. Elle vécut modestement et discrètement, mais toujours fidèle aux principes qu’elle incarnait et nourrissant une correspondance abondante.

Impératrice d’Autriche et Reine de Hongrie, elle est morte à 97 ans en impératrice d’Autriche et Reine de Hongrie, et bien qu’elle fût exilée d’Autriche pendant 63 ans, ses obsèques furent célébrées à Vienne dans la liesse populaire avec tous les honneurs réservés à la maison des Hasbourg.

La foi chevillée au corps, elle ne laissa paraitre ni amertume ni individualisme : hériter donne des devoirs avant de conférer des droits et à ce titre, elle sut être exemplaire.

Chrétienne, souveraine, épouse, mère, grand-mère et même arrière-grand-mère, elle plaçait son devoir d’état avant elle-même, tout en restant pétillante et très vive intellectuellement. Elle pensait et incarnait la puissance des idées et la force de la volonté, ainsi que la saine connaissance des lois de société qui finissent toujours par vaincre la fatalité et les déterminismes, et de se garder ainsi de tous les abandons voire même de la désespérance.

Pour citer Jean Sévilla, je dirais « qu’à ceux qui ne se résignent pas au goût de notre époque pour le superficiel et l’éphémère, à ceux qui se fondent sur les permanences de l’homme et de l’histoire, l’impératrice Zita trace un modèle. »

4 réponses
  1. Anonyme
    Anonyme dit :

    Zita, française par ses ancêtres, donne l’exemple sublime de la confiance malgré tout. Impératrice, elle fut aussi et d’abord une chrétienne humble et donnée, gardant dans son coeur le souvenir aimant de Charles.
    DA

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  2. ht
    ht dit :

    Comment fait elle pour trouver de tels sujets passionnants?
    . Et un billet qui donne nécessairement envie d’explorer la vie de Zita!
    Admirable

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