Comprendre l’islam d’Adrien Candiard

Ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien

« Dans la situation dramatique qui est la nôtre, où les défis qui nous sont posés sont considérables, rien n’est plus urgent sans doute que de prendre le temps de comprendre en profondeur ».

Oyé, oyé, chers amis, me revoilà.

Point de désespérance ou d’âme égarée me conduisant à fuir le clavier, mais des journées sans fin où évènements personnels et professionnels se sont conjugués pour me laisser très peu de disponibilité d’esprit.

Ma baby-sitter régulière déjà qui nous a « lâchés » du jour au lendemain, m’obligeant à puiser dans les réseaux de mamans du quartier à la recherche de leurs « grands » en quête de petits boulots, et une semaine de travail particulièrement chargée ponctuée de « tu pars déjà » ou « bon après-midi » alors que j’étais en rade de nounou, m’ont légèrement crispée.

Mais alléluia (non pas d’alléluia en période de carême), eurêka, les choses se sont remises dans l’ordre, j’ai trouvé deux perles en alternance pour s’occuper de mes trésors, j’ai terminé mes missions professionnelles en bossant le soir de chez moi, j’ai passé un très bon week-end où j’ai notamment admiré ma fille sur scène en tutu (tellement mignon à cet âge), j’ai éreinté (je me suis éreintée pour être exacte) mon fils sur les conjugaisons où nous frôlons presque la perfection sauf le passé composé (« il ne sert à rien ce temps puisqu’il existe l’imparfait ») et j’ai enfin fini mon livre, sujet des présentes.

En fait, pour être exacte, j’en avais lu un avant mais que j’ai trouvé insipide (Repose toi sur moi de Joncour, prix Interallié 2016 – titre alléchant, très bonnes critiques mais pour ma part ce livre m’a laissée de marbre).

J’ai donc puisé dans ma pile de livres en attente, préparée et enrichie avec soin pour aborder, enfin, cet ouvrage traitant de l’islam dont le sous-titre « pourquoi on n’y comprend rien » m’a plu car entre le « pas d’amalgame des médias » et la teneur fortement épidermique de ce sujet dès lors qu’il est mis sur la table, chacun allant puiser dans  ses collègues, ses amis, ses voisins, pour mettre en avant des exemples « humains » permettant d’étayer des propos généralement contradictoires, je me suis dit qu’il était peut-être temps d’aller un peu plus puiser aux sources.

N’étant pas musulmane pour ma part, et reconnaissant que j’ai par ailleurs une culture assez limitée de cette culture / religion de l’intérieur, il ne m’est pas possible de donner un avis sur le fond de l’analyse mais beaucoup la trouvant pertinente, je vais m’y rallier.

En revanche, ce livre d’une centaine de pages est un excellent outil pour décrypter dans les grandes lignes le monde musulman : les grands courants de pensée, le conflit qui oppose chiites et sunnites, les différences entre un islam politique (stricto sensu « l’islamisme » représenté notamment par les Frères Musulmans) et un islam classique et impérial.

Il y aurait une hérésie de la pensée à nier d’une part la diversité des manières de vivre l’islam, en ce compris sous ses formes les plus radicales, et d’autre part à lui retirer, en dépit de ses formes variées, une volonté d’unicité.

Il est intéressant de lire également sous sa plume que, selon lui, quand il est demandé à l’islam de procéder à son aggiornamento, notamment face au modernisme, l’islam y a déjà répondu à travers le salafisme qui, en retournant à la radicalité supposée de leurs ancêtres de l’époque du Prophète, a manifesté ouvertement son opposition au monde occidental. L’urgence n’est donc pas, dit-il, que l’islam rompt avec sa tradition mais au contraire retrouve un rapport apaisé et constructif avec sa tradition millénaire.

Il est vain par ailleurs de vouloir imposer une démocratie à l’occidentale dans les pays musulmans ou d’attendre leur siècle des Lumières. La culture islamique a vécu une histoire différente et qu’on le veuille ou non, même si un islam dit classique peut parfaitement fonctionner avec un dirigeant élu démocratiquement, il n’en demeure pas moins que culturellement et cultuellement parlant, le pouvoir sera certes entre les mains d’un tiers mais la société restera régie par le droit religieux.

« La théologie est donc en ce domaine un lieu important. C’est par elle que le donné proprement religieux, et non ses seules manifestations sociales et politiques qui ont aussi leur importance, peut être atteint de façon raisonnée. L’analphabétisme en matière théologique est dangereux : dans le meilleur des cas, il nous laisse sans outil pour comprendre ce qui se produit ; dans le pire, il laisse des esprits influençables sans défense face à des idéologies religieuses destructrices. »

Adrien Candiard est un frère dominicain, chercheur à l’Institut dominicain d’études orientales, centre de recherche dédié à l’islam, auteur également de livres remarqués et dit-on remarquables, En finir avec la tolérance ?, Veilleur, où en est la nuit et le dernier en date, Quand tu étais sous le figuier.

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1 réponse
  1. Gustave
    Gustave dit :

    Toujours cette finesse et cette délicatesse pour aborder sans gravité des sujets graves et sérieux. Avec modestie grâce et un talent qui se vérifie billet après billet

    Répondre

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