La nuit des béguines d’Aline Kiner

« En comptable attentive des causalités et des contingences, Ysabel sait cela : quelle que soit la petitesse de chacune de nos vies, elles relèvent toutes d’un vaste ensemble, les mouvements et les troubles de l’âme dépendent de ceux du monde, la violence ne s’arrête pas à ceux qu’elle vise, elle rebondit comme un caillou sur l’eau, dure et frappe, frappe encore, les peurs collectives s’amplifient des bassesses individuelles, les grandes ambitions se conjuguent aux plus médiocres. »

 Les béguines sont apparues à Liège à la fin du XIIème siècle avant de s’étendre rapidement en Europe. Elles ont constitué une des premières formes de vie religieuse non cloitrée, vivant dans de petites maisons individuelles regroupées autour d’une chapelle, d’un réfectoire, de salles communes, voire même d’un hôpital, formant un ensemble appelé béguinage. En 1264, le roi Saint Louis installa un béguinage dans le Marais, entre les actuelles rue Charlemagne, rue du Fauconnier et rue de l’Ave-Maria et adossé à l’enceinte de Philippe-Auguste, emplacement sur lequel se trouve aujourd’hui le lycée Charlemagne.

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La voix contagieuse de François Cassingena-Trévedy

« Au vrai, prêcher sur l’Evangile est un acte redoutable. (…) Avec le temps, un irrépressible mouvement de réticence finit par prendre le dessus, et la conscience aigüe que le silence seul, alors, serait de mise, inspire l’horreur de maints bavardages dont on pourrait se rendre coupable devant les hommes et devant Dieu. (…) Nous parlerons, malgré tout, parce que nous sommes naturellement des hommes-de- parole, (…), parce que la Parole elle-même nous y invite, jusqu’à nous laisser cette recommandation en testament pascal : Prêchez à toute la création, (…) avec un seul office : celui d’éveiller à l’évènement de la Parole. (…) Il ne peut le faire, bien sûr, que s’il en est le témoin et, s’il se peut dire, le locataire. »

Homélies

Mon cher Papa,

J’ai reçu ce livre dont j’ai lu plusieurs extraits, épars et à des moments variés de la journée. J’ai l’impression d’y être hermétique, ce qui me chagrine profondément, ayant le sentiment d’avoir entre les mains un trésor et ne pas savoir comment le découvrir et l’apprécier à sa juste valeur. « C’est assez de joie, pour la voix qui l’explore et la balbutie, que de se savoir contagieuse » écrit le Père François à la fin de son prologue.

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Un prince d’Emmanuel Godo

« (…) comment définir cette place que vous avez crue, vous l’auriez juré, vacante, dans ce théâtre qu’est la vie, dans cet espace à mi-chemin de votre vie intérieure et du monde tel qu’il est, de ce qu’on nomme le réel, comme si l’autre côté ne l’était pas, cette place que des inconnus viennent occuper et qui désormais auront leur visage, quelle que soit la relation qui s’instaurera avec eux, qu’on leur parle ou non, qu’ils deviennent, de façon effective, je veux dire effective au regard des lois du monde, au regard des relations qu’on est sommé d’y entretenir pour qu’on puisse dire de celui-ci qu’on le connaît, que l’on est un de ses proches (…)  »

Cher Monsieur,

Votre livre démarre par une lettre de Jean-Pierre Lemaire dans laquelle il vous fait part de sa gratitude pour ce texte qui, bien que l’ayant surpris de prime abord par l’unique phrase qui le compose, l’a enchanté, n’hésitant pas à comparer votre Prince à celui de Dostoïevski, la fiction laissant la place à la poésie de charité, et souhaite qu’il rencontre le public qu’il mérite, j’ai trouvé le procédé délicieux, imaginant la joie que doit ressentir un écrivain à recevoir un tel courrier, et modestement je m’essaie au même exercice, car c’est ainsi que je souhaite parler de votre livre, porté à ma connaissance par un Lire la suite

La partition intérieure de Réginald Gaillard

« Pourquoi nous faut-il endurer la trivialité et l’ennui du quotidien alors que, je le sais, je le sais parce que je le sens, vous suivre ne saurait être se conformer à ce banal enchaînement d’habitudes du corps, autant que de la parole, vite usées par le temps des hommes. Faire chair avec le temps du Christ, qui n’a ni passé ni futur, qui n’est que présent ou infini, ce qui est peut-être la même chose, n’advient que le temps d’une fulgurance poétique ou mystique, brefs instants de lucidité où tout semble simple et possible. (…) Ils ne mesuraient pas la légèreté ou l’insouciance qui les plaçaient, à leur insu, dans un esprit mortifère. Peut-être est-ce cela la vraie mort : lorsque l’esprit n’est plus vigilant. »

Les critiques sur ce livre, avant même sa sortie, ont été si dithyrambiques, qu’il me semble difficile aujourd’hui de pouvoir rajouter ma pierre à l’édifice.

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L’art de perdre d’Alice Zeniter

« Si on pouvait le regarder au travers de ses paroles, on distinguerait deux silences, qui correspondent aux deux guerres qu’il a traversées. La première, celle de 39-45, il en est ressorti en héros et alors son silence n’a fait que souligner sa bravoure et l’ampleur de ce qu’il avait eu à supporter. On pouvait parler de son silence avec respect, comme d’une pudeur de guerrier. Mais la seconde, celle d’Algérie, il en est ressorti traître et du coup son silence n’a fait que souligner sa bassesse et on a eu l’impression que la honte l’avait privé de mots. »

 Ma chère Elvire,

Nos longues discussions, qu’elles soient orales ou épistolaires, ont durablement transformé ma façon de voir le monde qui m’entoure, et il n’est pas rare que ce qui m’indifférait auparavant suscite désormais mon intérêt.

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L’héritage de Benoit XVI de Christophe Dickès

« Aucun personnage public dans l’ère moderne n’a souffert d’une disjonction plus dramatique entre son image publique et la réalité de sa personnalité. (…) Tant humainement qu’intellectuellement, il avait cette double capacité à rafraichir la raison et à réchauffer le cœur de son interlocuteur. (…) Benoit XVI a joué la partition de l’intelligence de la foi, (…) en nous expliquant la foi, l’espérance et la charité dans la tradition des grands docteurs de l’Eglise. (…) Mais son premier héritage, est celui de la renonciation et surtout de la « création » au sens propre d’une nouvelle charge dans l’Eglise, celle de pape émérite. »

 Le passage presque éclair de Benoit XVI au ministère pétrinien (2005-2013) m’a laissé peu de traces car il est intervenu à une période de ma vie que je pourrais qualifier de désert spirituel, à tout le moins à une époque où certains évènements personnels m’ont rendue imperméable à toute question théologique. Je le suivais et écoutais à distance, mais ne m’en imprégnais pas, et ce que je savais de Benoit XVI relevait davantage de discussions familiales que d’une prise de possession intérieure de ses écrits.

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L’appel des oliviers de Françoise Evenou

« Non Francisco n’était pas un fou ; c’était un cœur pur, vouant sa vie à Dieu, et son âme le réfléchissait comme un miroir. Il veillait et priait sans cesse. Et l’homme qui chemine avec Dieu s’abandonne totalement et avec confiance entre les mains du Père, se sent libre, et n’a rien à craindre, n’est dominé par rien. Alvaro, qui avait mis toutes ses forces et sa confiance en lui seul, refusé toute autre loi que la sienne, découvrait que l’homme qui ose s’abandonner à un Autre que soi puise sa force à la source de la Vie. (…) Comme la bonté et la joie, la paix est contagieuse.

Françoise Evenou est venue à moi il y a environ deux semaines et m’a demandé si elle pouvait m’envoyer son livre. Trois petits clics sur internet rapides, son sourire lumineux qui s’affiche, Salvator en éditeur, et j’ai dit oui évidemment, touchée par cette marque de confiance.

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Une histoire des loups d’Emily Fridlund

« Aujourd’hui, il m’est difficile d’évaluer quelle part de ce que j’ai fait et désiré à l’époque résultait directement d’une version de cette pensée-là. Quelle est la différence entre ce qu’on veut croire et ce qu’on fait ? (…) Et quelle est la différence entre ce qu’on pense et ce qu’on finit par faire ? (…) Parfois, quand je m’assois derrière la cabane rénovée avec ma mère sur ce qui nous reste de terrain, j’essaie de me remémorer les bois de mon enfance. Je ne me laisse pas aller à la nostalgie. Les bois n’ont jamais été magiques à mes yeux ; je n’ai jamais été jeune ou possessive au point de les voir ainsi. »

 Depuis 2006, les éditions Gallmeister se consacrent à la littérature américaine, choisissant avec soin des auteurs dont la plume et le regard se veulent observateurs du monde américain, devenant ainsi l’unique éditeur français à se spécialiser uniquement en ce domaine.

La littérature américaine est en effet foisonnante et recèle d’écrivains de très grande qualité contribuant à la découverte de ce continent fascinant et complexe de par ses extrêmes et sa diversité.

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Pour la liberté de François Sureau

« Le 31 janvier, 28 mars et 30 mai 2017, j’eus à plaider devant le Conseil Constitutionnel contre trois dispositions sur des lois relatives au terrorisme et à l’état d’urgence. (…) Les trois plaidoiries que vous allez lire s’inspirent d’une idée que je crois juste (…). Le système des droits n’a pas été fait seulement pour les temps calmes, mais pour tous les temps. Rien ne justifie de suspendre de manière permanente les droits du citoyen. Cela n’apporte rien à la lutte contre le terrorisme. Cela lui procure au contraire une victoire sans combat, en montrant à quel point nos principes étaient fragiles. »

 « Pour la liberté », rassemble trois plaidoiries que François Sureau a prononcées devant le Conseil constitutionnel dans le cadre de ce qu’on appelle en droit des questions prioritaires de constitutionnalité permettant, à l’occasion d’un litige, de contester la conformité de lois en vigueur à la Constitution, et à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 à laquelle la Constitution se réfère dans son préambule.

Un véritable contrôle a posteriori, alors même que les lois sont votées, publiées et mises en application.

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Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer

« Ma fille, je n’en peux plus de me cacher, de dire que j’ai une fille qui ne veut plus de moi. Des années sans un mot. (…) Je suis devenue pauvre de toi, de tout l’amour d’un père. (…) J’ai tenu ma place de père je crois. (…) J’espère que tu redeviendras ma fille un jour. Laisse-moi une petite place. Accorde moi l’image d’un père même à échelle réduite. (…) Tes fondations sont les heures que nous avons passées ensemble à interroger la vie, à balayer la mystique, à gratter les mots, les idées, les grands auteurs. A marcher sans rien dire pour écouter le silence. Je mérite bien d’être ton père, même à échelle réduite… »

Je le dis d’emblée : ce livre est un immense coup de cœur.

Attirée comme un aimant par le titre et la photo, puis son format et son papier, j’ai eu tout de suite envie de le prendre et de le feuilleter. Je le souligne car cela me permet de remercier au passage l’auteur et sa maison d’éditions, un livre réussi étant d’abord, à mon sens, un livre qui donne envie d’être touché, senti, exposé, un peu comme un bel objet ramené chez soi.

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