Cora dans la spirale de Vincent Message

 « Dans mon entourage, parmi mes amis, ou au journal, les rares auxquels j’ai parlé du projet ont affiché des airs perplexes. (…) C’est vrai que c’est une toute petite histoire parmi toutes les histoires du monde. Mais seulement jusqu’à temps qu’on se dise qu’il n’y a pas de petite histoire. Car aux changements de noms près, c’est de nous qu’il s’agit. Le combat qui a cessé quelque part reprend ailleurs, et c’est le même combat. (…) Cela commence sans nous, toujours, la vie des gens comme celles des choses. Un jour nous arrivons : enfants dans une famille, adultes dans un nouveau pays ou un nouveau travail. Nous mettons souvent beaucoup de temps à comprendre ce qui s’est passé avant, pourquoi ceux qui nous entourent réagissent comme cela, quels conflits ou quels drames ont fait s’ouvrir les failles qu’on entrevoit en eux. C’est la masse du passé qui a décidé du présent. (…) Il existe un tas de gens que ça n’intéresse pas de sonder ces profondeurs d’histoire, et qui ne veulent en savoir que ce qui est nécessaire pour mener leur vie à eux. Il y en a d’autres que cela fascine. »

L’injonction au bien-être dans notre société tout en coupant à la racine ce qui peut procurer un bonheur profond et durable est l’un des plus grands paradoxes de notre société où tous les voyants sont au rouge pour qui prend le temps de regarder et d’analyser, mais sont vus verts et luminescents pour qui veut se convaincre que c’est comme ça qu’il faut faire au risque de tordre ou nier la réalité.

Ne pas l’accepter, c’est passer pour rétrograde, refuser le progrès, la marche inéluctable de la modernisation et il en faut peu pour qu’une bonhomie naturelle proche d’une naïveté joyeuse se prenne rapidement dans les dents le toboggan de la dégringolade qui vous place rapidement hors du système.

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L’éveil de Mademoiselle Prim de Natalia Sanmartin Fenollera

« Il y a des personnes qui un beau jour prennent conscience qu’il leur manque la pièce principale d’un puzzle qu’elles ne peuvent terminer. Elles sentent juste que quelque chose ne fonctionne pas ou qu’absolument rien ne fonctionne, jusqu’à ce qu’elles découvrent ou, plus exactement, jusqu’à ce qu’on leur permette de découvrir la pièce qui manque. »

Nous vivons au sein d’une époque où les ressorts de la pensée sont si malmenés par les injonctions sociétales qui agitent le goupillon de la culpabilité dès lors que nous avons l’heur de ne pas être en mode « ravi de la crèche », où même notre église semble bien souvent déroutante de conformisme et de tiédeur, où les mots sont galvaudés et perdent leur sens, qu’il est aisé de se sentir totalement désorientés.

Pour ma part, je le suis fréquemment, au point même de me demander parfois si je ne me suis pas fourvoyée sur l’ensemble de mes convictions, de mes valeurs, si ce qui peut me faire vibrer ou m’exalter ne serait pas suranné, si ce que j’aimerais défendre pour un monde que j’estime plus juste, plus humain, ne serait pas une vue de l’esprit, si l’amour de notre histoire, de notre pays ne serait pas une façon de fuir le réel. Anesthésie de la pensée, nuit de la raison, conscience atrophiée, autant de maux qui nous affligent parfois et laissent un vide abyssal.

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Le moine et la comtesse

Dom Guéranger – Madame Swetchine – Correspondance (1833-1854)

« Il faut avouer que c’est un grand bonheur que d’être chrétien !  Ainsi nous partons pour aller à Dieu et notre départ, tout en désolant nos vrais amis parce qu’ils seront longtemps sans nous voir, notre départ ne brise point leur cœur. C’est un adieu, mais un adieu jusqu’au revoir. (…) Je demande à notre Seigneur de me rendre meilleur afin d’être moins indigne d’être exaucé quand je prie pour vous. »

Dom Guéranger

« Que je vous dise combien j’aime vos lettres, leur naturel, leur abandon, leur mouvement qui vient de l’âme, et qui met si bien même l’esprit que vous avez à sa véritable place qui est la seconde, et cette douce chaleur si pleine de vie et dont la source est si évidente. Vos lettres me font un vrai, un sensible plaisir, celui d’être comprise, répondue avant d’avoir parlé, et de trouver dans leur accent, dans l’impression d’un autre, cet unisson que je préfère à toutes les merveilles composées de l’harmonie. »

Comtesse Swetchine

Au début de l’année 1833, l’abbé Guéranger, alors âgé de 28 ans, s’installe à Solesmes avec une poignée de candidats dans l’espoir de restaurer l’abbaye et rétablir l’ordre religieux des bénédictins en France. Très rapidement, les besoins pécuniaires se faisant ressentir, l’abbé Guéranger se rend à Paris pour tenter d’obtenir quelques dons et profite de cette occasion pour se faire introduire dans le salon de la Comtesse Swetchine réputé pour y recevoir l’élite intellectuelle et spirituelle de l’époque.

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Lettres à un jeune homme de Max Jacob

1941-1944

« Oui ! Le culte de la Beauté amène à Dieu quand celui qui cultive raisonne l’esthétique. L’idéal absolu est Dieu lui-même. Je crois que le culte du vrai et du Bien a le même résultat : le tout est de voir au-dessus de la vie quotidienne, et tu as raison là-dessus mais ne spécialise pas le Beau. Le Beau est aussi bien une bonne œuvre charitable, un mot sorti de l’âme même, quand cette âme est belle, un geste spontané généreux. La grande affaire est la charité, laquelle est un mélange de compréhension et d’amour. Dans ce sens tout est beauté qui vient de la charité. »

La Princesse Swetchine écrivait à l’Abbé Guéranger en 1833 cette phrase que je trouve magnifique : « Bien des gens aiment mon cœur, mais personne, personne plus n’aime mon âme, et que je fasse une chute ou un progrès, je n’ai plus une conscience qui s’identifie à ma conscience, qui fasse de mon repos son repos et une partie de sa félicité future, de celle qu’elle me prépare. »

En refermant ces livres de correspondances, la première chose qui me vient à l’esprit est de souhaiter à chacun de pouvoir nourrir et entretenir de tels échanges avec des êtres qui vous portent. Ces relations épistolaires, qui ont malheureusement moins cours aujourd’hui sauf peut-être entre amoureux des mots et du papier, portent en elles une universalité qui dépasse la relation qui les a fait naître.

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Tant pis pour l’amour de Sophie Lambda

Ou comment j’ai survécu à un manipulateur

Il était une fois,

Un homme et une femme qui se rencontrèrent, s’aimèrent, se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

Telle est la fin des contes de fée dont personne ne s’est jamais risqué à en écrire la suite, tant il est loisible de croire, avec un peu de recul, que la réalité rattrapant la fiction, elle pourrait laisser un goût un peu moins merveilleux dans le cœur des petites filles qui ont cette aptitude à laisser leur imagination vagabonder.

Ce serait cependant faire preuve de peu de maturité affective que de laisser penser que le conte de fée d’un couple ne serait possible qu’exempt de toutes épreuves et difficultés et je veux croire que le merveilleux réside justement dans cette capacité à tenir envers et contre tout, en se tenant solidement arrimés à la barre de cette frêle embarcation que deux pauvres êtres ont choisie pour mener leur route ensemble.

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Juliette de Patrick Tudoret

Victor Hugo, mon fol amour

« J’ai pleuré, j’ai ri. Tant ri … Avec lui, j’ai exulté de joie, de plaisir, mais j’ai souffert aussi. J’ai haï parfois, mais sans suite. J’ai envié, j’ai prié, mais surtout j’ai aimé. Je le jure devant tous, j’ai aimé !  Je l’aimé ce Victor comme une folle, malgré moi, malgré lui, malgré le monde entier, grâce à Dieu et malgré le diable qui parfois s’en mêla aussi … Cinquante années d’amour fou, total, absolu, telles que nous les avons vécues, lui et moi, ne valent-elles pas le plus beau des mariages ?

Songe-t-il parfois à tout le mal qu’il m’a fait, à tous ces coups portés à notre amour ? Mais allez, je ne veux plus savoir de lui que le miracle qu’il fut pour moi pendant cinquante ans, qu’il est encore chaque jour. »

De l’ombre, elle n’en revêt que les couleurs aux yeux du monde qui l’a au pire oubliée, au mieux l’estampille comme la simple « compagne » de Victor Hugo qui n’aurait d’autres substances que celle d’être accolée à cet homme ô combien illustre.

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La conversion de Don Juan de Fabrice Hadjadj

« Dona Elvire : Vous avez voulu lui jeter son passé à la figure. Vous l’avez forcé à regarder en arrière. Ne fallait-il pas laisser les morts ensevelir les morts ? Non, vous l’avez contraint, lui, le vivant, à exhumer son cadavre. Si l’on vous faisait voir, à vous, dans un éclair, tous vos péchés passés, ne seriez-vous pas comme lui foudroyé ? Si je venais à vous comme ça, collant contre vous un corps où sont encore les égratignures de vos ongles, approchant une bouche que le goût de votre vice n’a pas fini d’imprégner, ne reculeriez-vous pas d’effroi ? Ne commettriez-vous pas cet acte désespéré ? (…)Les exercices spirituels, rien à voir avec quelqu’un qui touche vraiment ses fautes, qui en mange la putréfaction, qui en éprouve l’horreur infinie, capable de le faire mourir. (…) Vous l’avez placé haut, plus haut qu’il ne le voulait, qu’il ne le pouvait, parce que cette élévation n’était pas la sienne mais la vôtre (…) et vous êtes à présent comme le père qui en veut à son enfant de n’avoir pas réalisé son idéal. »

Ecrite dix ans après sa propre conversion, cette pièce de Fabrice Hadjadj n’est cependant publiée qu’en 2019 aux éditions Ad Solem, à l’occasion de sa première au Théâtre Auguste le 4 octobre dernier.

Dans une mise en scène épurée, que l’on doit à son épouse Siffreine Michel, portée par une interprétation habitée et talentueuse de ses (anciens ?) élèves de Philanthropos, cette pièce en trois actes de plus de deux heures interpelle finement le spectateur sur les thèmes de la miséricorde, de la vertu, de la foi et de la rédemption.  

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Seul ce qui brûle de Christiane Singer

« La longue gestation de tout changement reste invisible à l’œil nu. (…) Il ne faut jamais faire semblant de croire que les choses telles qu’elles se produisent dans nos vies soient évitables. Ce serait la source d’une inutile souffrance. (…) J’eus la chance insensée d’être remise chaque jour au monde par son regard. (…) Au lieu de subir ce à quoi on n’échappe pas, on peut aussi le choisir : on peut oser le choisir !

Les femmes, quand nous les croyons encore soumises et offertes, elles sont depuis longtemps déjà fenêtres ouvertes sur l’infini. (…) Aucune femme n’est belle. Mais il arrive que la beauté fasse irruption en l’une d’elle de manière irrépressible, et la voilà débordée, envahie, inondée.»

Le souvenir du trouble ressenti l’année de ses 15 ans à la lecture d’une courte nouvelle de Marguerite de Navarre, (sœur de François 1er pour qui aurait besoin de se rafraichir la mémoire historique), suscita chez Christiane Singer, quelques années plus tard, le désir de revenir à la source de cette émotion en réécrivant cette histoire du XVème siècle.

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L’arbre d’obéissance de Joël Baqué

 « Certains de ces ascètes sont des fous ou des demi-fous, soit, mais ceux qui gardent suffisamment de mots pour commenter leur folie, ceux dont la constance dans l’oraison est suffisamment éloquente, ces demi-fous, comment nommer l’autre moitié de cela qui les constitue, quel mot mettre sur cela qui échappe à la raison et à l’expérience communes ? Que poser sur l’autre plateau de la balance ? L’homme n’est pas sécable comme une galette de blé, en lui se mêlent toutes les saisons, une part de lui verdoie quand une autre est prise dans les glaces, sa bouche dit une chose et ses yeux le contraire. (…) Dieu est infiniment plus grand que l’imagination la plus féconde, c’est pourquoi nous ne savons rien ou presque rien. »

Il est fêté le 1er septembre par les Eglises d’Orient.

Il vécut toute sa vie dans l’ascèse et l’austérité au nord de la Syrie entre 388 et 459 après Jésus-Christ, dont plus de quarante années au sommet d’une colonne. Ne pouvant ni s’allonger ni ne voulant y descendre, il était nourri par quelques victuailles placées dans un panier qu’il hissait jusqu’à lui.

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Risquer l’infini de Clotilde Noël

« Certains jours, quand je suis seule avec Marie-Garance, qui ne bouge pas vraiment, qui ne parle pas mais qui émet régulièrement des gazouillis, je sens à quel point elle habite l’espace, à quel point cette vie prend place dans notre nid et porte une saveur autre qui nous emplit d’une paix et d’une joie infinies. Nos vies sont moins imprégnées d’une course effrénée : elle nous oblige au calme, à la paix, à faire les choses doucement les unes après les autres. (…) A cette question qui nous est posée régulièrement, nous répondons : « Non, nous ne nous arrêterons pas ! » Ou plutôt : « Oui nous allons continuer, tant que le destin nous prête vie, sur ce chemin qui nous est offert, et qui nous rend si heureux. »

En mai 2017, je découvrais la famille Noël.

Non pas dans un salon littéraire, ni à une soirée, ni même à un dîner. Sur facebook.

S’il est vrai, comme je le dis souvent, que ce drôle d’outil peut souvent m’exaspérer, il est vrai aussi qu’il a permis de belles rencontres, certaines qui se sont concrétisées dans une rencontre « réelle » d’amitié, d’autres qui sont restées épistolaires mais avec qui il est plaisant de converser, échanger sur des sujets qui nous lient et quelques-unes que je suis sans se connaître mutuellement mais dont le motif essentiel est qu’elles nous portent,  tout simplement.

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