La miséricorde de Jean Raspail

« Mon digne ami, écoutez-moi. Je ne crois pas aux prêtres sans vocation. Ce n’est vraiment pas un métier. Au soir de l’ordination, il n’y a pas de mauvais prêtres. Même les plus chancelants rêvent de sainteté, pas de femmes. Et quand la faute se présente, imaginez le courage qu’il faut à un prêtre pour renier son état, son habit, son caractère sacré, ses engagements, le respect dont il est entouré, et pour oser se contredire chaque jour, à chaque minute de son ministère, dès qu’il a franchi le pas. Il faut un triste courage pour renier Dieu et se contenter d’une banale vie d’homme, jusqu’à y trouver une forme de médiocre petit bonheur. (…) Le dessein de Dieu, tout est là. Dans le double crime du curé de Bief, je découvre la terrible présence de Dieu…  »

La miséricorde est un roman inachevé de Jean Raspail, initié en 1966, plusieurs fois repris et complété, inséré une première fois en tant qu’essai en 2015 au sein d’un recueil contenant six romans de l’auteur (Là-bas, au loin, si loin) et publié de façon autonome, mais sans retouche, pour la première fois en mars 2019 par les Editions Equateurs.

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Parce que c’était la fête des mères

Ode à la Maternité

Ce qui est amusant dans la fête des mères, c’est de réaliser qu’inexorablement le temps passe, autrement dit, qu’on vieillit.

Chaque fête des mères est l’occasion de relire sous la plume des mamans à quel point elles sont « enchantées » des colliers de nouilles, poèmes ou autres bricolages confectionnés par leur chère progéniture. Mais il faut reconnaître que vient un moment où nous finirions presque par regretter le temps des pots de yaourts transformés en pots à crayons lorsque le fameux présent, bien que plus ravissant ou voué à être conservé plus longtemps, est acquis en magasin avec leur argent de poche.

Car qui dit aller dans les boutiques où dépenser ses piécettes amoureusement accumulées, signifie aussi que nos enfants grandissent et que par voie de conséquence, nous prenons de la bouteille. Espérons un grand cru, un vin qui s’est peaufiné avec le temps ou un millésime d’exception, mais l’année de notre naissance devient vite un collector, surtout à travers leurs yeux.

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Né d’aucune femme de Franck Bouysse

 « Inspirer la pitié, c’est faire naître une souffrance pas vécue dans un cœur pas préparé à la recevoir, mais qui voudrait pourtant bien en prendre une part, sans en être vraiment capable. La pitié, c’est le pire des sentiments qu’on peut inspirer aux autres. La pitié c’est la défaite du cœur (Rose).

Les souffrances placées sur notre chemin sont faites pour être endurées, une manière d’éprouver les âmes éraflées. J’en ai toujours été conscient. Les âmes. Les Pères m’ont enseigné qu’elles ne se vernissent pas, qu’elles se traitent en profondeur, qu’il est bien plus charitable de pardonner l’homme balloté par le malheur que de courtiser celui qui par naissance et fortune en est préservé. La vertu sans mérite n’est rien d’autre qu’un déguisement de carnaval. (Père Gabriel) »

 Derrière la maison de mes parents, il y avait un grand terrain, un parc disaient-ils, qui descendait en pente douce jusqu’à rejoindre des haies qui délimitaient le champ du voisin pour partie et la forêt pour une autre, dans laquelle on s’enfonçait par un chemin qui démarrait de bien plus-haut, juste après la maison d’un autre de nos voisins, et qui desservait dans un renfoncement une source, un ancien lavoir je crois. Je précise « je crois », car je n’ai jamais été une fille de la forêt, n’y trouvant que peu d’intérêt, mais bien davantage une fille des livres, que nous avions d’ailleurs en grande profusion et sans qu’aucune règle d’aucune sorte ne nous soit imposée quant à leur choix, ni ordre de lecture. Lire la suite

En deux mois et demi …

Deux mois et demi que je n’ai pas écrit sur ce blog, mon dernier billet datant du 12 février dernier.

Un record de silence.

J’ai effectué mon « carême » social en quelque sorte, lassée du flux et reflux des réseaux sociaux et autres sources d’informations diverses et variées qui ont fini par tarir mon enthousiasme, tant est il est facile de se laisser happer par le côté parfois mortifère, souvent anxiogène, de ce qui est écrit, exposé, commenté, relaté, dans un tumulte qui conduit à user les racines et nous laisser en surface souvent exsangues.

Alors j’ai coupé pour quelques temps, finissant par douter moi-même de l’intérêt de remplir un blog et de la légitimité de mes propres écrits, tant il est vrai que j’étais souvent heurtée de ce que je pouvais lire ou entendre chez autrui.

A trop s’exposer, il me semble que nous en devenons tout à la fois trop vulnérables ou orgueilleux, et qu’à défaut de nourrir son intériorité, nous devenons très vite des coquilles vides.  Mon carême ne fut donc pas tant alimentaire que de lutter contre la tentation de m’éparpiller sur tout et rien, voire d’intervenir sporadiquement dans des débats sous le coup d’une impulsion immédiate. Lire la suite

Mais quel visage a ta joie ? d’Emmanuel Godo

 « Choisis la victoire. La victoire sans triomphe. La victoire sans hubris. La victoire de l’homme qui s’accorde à l’éternelle vérité. Car n’en déplaisent aux fabricants d’éphémère, il existe une vérité éternelle. Cette vérité peut prendre n’importe quelle bouche pour venir jusqu’à nous et nous rouvrir le cœur. Cette vérité nous dit qu’un homme, pour rester un homme, ça n’insulte pas une femme qui tombe, ça ne profite pas de son pouvoir pour humilier un faible, ça laisse les morts dans la paix du tombeau, ça ne trouve pas de raison à l’ignominie, ça n’enferme pas l’autre entre les quatre murs d’un préjugé. Cette victoire-là est un honneur : elle exulte en secret de raccorder ta vie, comme un sang qui irrigue ton être. (…) Choisis la joie devant laquelle s’inclinent toutes les puissances qui ne sont pas fondées sur elle. »

 Je découvris Emmanuel Godo en octobre 2017 avec ce petit chef-d’œuvre Un prince  dont je tombais littéralement sous le charme, puis sortirent successivement pas moins de quatre livres dont trois sont en ma possession, et bien que savourés, je ne les avais pas chroniqués en son temps.

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Antonia de Gabriella Zalapi

Journal de 1965-1966

« Il parait qu’un jour on se réveille affamé de ne pas avoir été ce que l’on souhaite (…) Mon mariage n’est pas celui que j’espérais. (…) J’ai été d’une naïveté grotesque en l’épousant. Je suis simplement supposée obéir, entretenir la maison et superviser l’éducation de notre fils. Rien de plus. Je suis sa subordonnée, son obligée. (…) Je me suis demandée jusqu’à quand l’intimité dure. J’ai compris que les lettres de Franco que je prenais pour de l’amour n’étaient que des mots sur des lignes droites, enfermées entre deux marges. De l’air. Fuir. M’évaporer. Me protéger. Crever. Pleurer. Je veux disparaitre dans l’anonymat. »

 Artiste plasticienne formée à la Haute école d’art et de design à Genève, Gabriella Zalapì puise son inspiration dans sa propre histoire familiale dont elle reprend photographies, archives et souvenirs pour créer des œuvres qui oscillent entre histoire personnelle et fiction. Cette réappropriation du passé, qui s’incarnait jusqu’ici dans des dessins et des peintures, se transpose cette fois à l’écrit dans un premier roman, Antonia, sorti en janvier.

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L’or du chemin de Pauline de Préval

« Sais-tu qu’il existe un démon plus pernicieux que celui du mal : le démon du bien, qui s’en prend particulièrement aux êtres généreux et talentueux comme toi et les fait pêcher par orgueil ? On peut vouloir rendre les hommes meilleurs, mais le résultat ne nous appartient pas. Et on ne peut pas prétendre transfigurer le monde si on ne s’est pas laissé soi-même transfigurer. (…) Alors, pars, souffre, tu reviendras, car tu es un peintre-né. Mais il faut d’abord que tu laisses faire la main du Maître. (…) Tu auras compris ce que je pense de cet espace soumis aux lois de la perspective que tu vantes comme l’invention suprême : il ne vaut que dans la mesure où on est capable de le faire éclater. De même que le monde est plus que ce qu’on perçoit de notre œil, et notre vie ne vaut que par ce qui la dépasse. L’essentiel, qui est la présence réelle cachée en toutes choses, est infigurable géométriquement.»

 Pauline, ce fut d’abord une main apposée sur un manuscrit en relecture dont certains n’ont pas manqué de souligner à juste titre qu’elle aurait pu inspirer Rodin, puis une chevelure or flamboyante sur un visage de profil au moment des dédicaces des exemplaires envoyés en service presse.

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Le Dormant d’Ephèse de Xavier Accart

« … Renaud, de grâce, ne te mure pas dans ta douleur. Malques est venu mourir à tes pieds, comme une vague d’amour qui te cherchait depuis longtemps. Que ce ne soit pas en vain ! C’est un don qui vous a été fait, à toi et à lui. Ne le refuse pas, s’il te plaît. Ne refuse pas la vie. Continue à marcher, pense à tout ce chemin qu’a fait Malques, seul, à ses dernières paroles … Tu te souviens, nous nous étions promis d’aller à Ephese, jusqu’à la caverne des sept saints. Ne voudrais-tu pas réaliser ce rêve ? ».

Entre 250 et 253, sept jeunes hommes d’Éphèse (Turquie), refusant de sacrifier au culte de l’Empereur Dèce et ses idoles, se seraient secrètement cachés et endormis dans une caverne qui fut alors murée sur ordre de l’Empereur. La tradition chrétienne raconte qu’ils se seraient réveillés deux cents ans plus tard puis rendormis pour l’éternité.

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Voyage littéraire …

L’hiver, l’hiver, l’hiver, toujours l’hiver… Vive les échappées, les envolées, la vagabondages littéraires et les voyages.

Un voyage dans des contrées lointaines, un voyage dans le temps, à la rencontre d’êtres d’exception qui demeurent à jamais d’éternels présents à travers une forme de génie qui leur est propre et qui parle encore et toujours à nos contemporains.

Fermez les yeux, remémorez-vous vos lectures de jeunesse et partons en Russie, sur les traces de l’auteur de Guerre et Paix et d’Anna Karénine. Léon Tolstoï (1828-1910), pour ne pas le nommer, à qui Christiane Rancé a consacré un émouvant et puissant portrait en suivant les pas de cet ogre, aussi féroce dans ses rapports à la vie, que dans sa prise de conscience soudaine que celle-ci a une fin. Marié, père de treize enfants, comte en son domaine d’Iasnaïa Poliana, Tolstoï est un génie reconnu de son vivant, d’abord par ses récits autobiographiques et ses célèbres romans, véritables fresques d’une époque, puis, tourmenté et angoissé par l’horreur du néant, il s’attellera dans des nouvelles et des essais à comprendre le monde de façon existentielle et philosophique, jusqu’à s’enthousiasmer pour la doctrine du Christ qu’il décortiquera puis réécrira.

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C’est l’hiver et donc …

Qu’est ce qui distingue fondamentalement l’hiver des autres saisons ?

Voilà une question essentielle qui mérite de s’y attarder et le premier mot qui me vient à l’esprit en regardant mes congénères est bien la tristitude.

Comme dirait Victor Hugo,

« En hiver la terre pleure ;

Le soleil froid, pâle et doux,

Vient tard, et part de bonne heure,

Ennuyé du rendez-vous. »

Ou encore :

« L’hiver blanchit le dur chemin,

Tes jours aux méchants sont en proie.

 La bise mord ta douce main,

 La haine souffle sur ta joie »

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