Car ils ne savent pas ce qu’ils font de Maxence Van Der Meersch

« Le beau roman, ce ne doit pas être l’histoire d’une exception. Ce doit être un morceau de la vie de tous les jours, où chacun se reconnaisse, et qui pourtant enseigne aux hommes quelque chose que tous ne voyaient pas. (…) Il n’y a rien de plus cruel, de plus mauvais, qu’un homme qui n’aime plus ou qui croit ne plus aimer. (…) Je comprends à présent que je me suis conduit comme un monstre. Vous ne vous imaginez pas la somme infinie de souffrances qu’un homme peut faire endurer à l’esprit de sacrifice de la femme qui l’aime (…) mais l’expérience d’autrui n’a jamais profité à personne.»

Relire Julien Green m’a donné envie de faire perdurer ce saut dans le passé où affalée sur mon lit, je lisais à plus soif ces romans d’une époque révolue, qui comportait certes ses vices et l’empreinte d’une certaine dureté dans les rapports sociaux, mais dont il m’était aisé de compatir en spectatrice extérieure à un âge où la vie vous est douce et sans souci, ou de m’enthousiasmer pour un art de vivre où le port d’une redingote et l’emploi d’un verbe châtié et du vouvoiement rendaient même un malotru civilisé.

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Moïra de Julien Green

« Et si Joseph pensait quelquefois à Moïra, c’était pour se dire qu’après tout elle ne ressemblait en aucune façon à la femme qu’il s’était figurée. Cela le rassurait. D’une certaine manière, on pouvait même dire que Moïra lui répugnait : il se rappela qu’elle portait une robe si étroitement ajustée que certaines parties de son corps se laissaient voir avec précision, et que la robe fût rouge aggravait cette impudeur. (…) Ces paroles qui sortaient malgré lui de sa bouche le surprenaient toujours parce qu’elles exprimaient clairement des choses qui, jusque-là, se cachaient au fond de lui-même. (…) Les pensées qu’on a dans l’obscurité ne sont pas les mêmes que celles qu’on a dans la lumière. Il savait qu’en éteignant, il redeviendrait la proie de Moïra. »

L’œuvre de Julien Green correspond tout à fait au genre de littérature que je pouvais dévorer plus jeune, entre 15 et 20 ans environ.

De mémoire, j’avais dû lire Mont-Cinère et la trilogie Dixie, mais comme je lisais beaucoup de livres de la même veine, je reconnais n’en garder que peu de souvenirs.

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Le Maître de la Terre de Robert-Hugh Benson

« Tout ce qui avait eu lieu jusqu’alors ne pouvait manquer d’amener ce qui venait d’avoir lieu, c’est-à-dire la réconciliation du monde entier sur des bases autres que celles de la vérité divine. (…) Voici que se formait une unité sans équivalent dans l’histoire (…) En fait, les vertus naturelles s’étaient soudain épanouies, tandis que les vertus surnaturelles avaient été méprisées. La philanthropie avait pris la place de la charité, le contentement celui de l’espérance, et la science s’était substituée à la foi. (…) Et Percy comprenait désormais que le chrétien ne pouvait plus que veiller et attendre, jusqu’au jour où le corps mystique sortirait décidément du tombeau. »

Sorti en 1906, ce livre est une véritable fresque de la fin des temps, œuvre pré-apocalyptique par excellence que l’auteur situe un siècle après son écriture, mais dans un cadre totalement futuriste (habitat sous terre, machines volantes, trottoirs roulants…).

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Paris sous la pluie

« Par les deux fenêtres qui sont en face de moi, les deux fenêtres qui sont à ma gauche, et les deux fenêtres qui sont à ma droite, je vois, j’entends d’une oreille et de l’autre tomber immensément la pluie. Je pense qu’il est un quart d’heure après midi : autour de moi, tout est lumière et eau. Je porte ma plume à l’encrier, et jouissant de la sécurité de mon emprisonnement, intérieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’air, j’écris ce poème. » Paul Claudel

Pour un mois d’août, le temps est particulièrement exécrable. Il pleut, le ciel est gris, et lorsque le soir tombe les températures chutent lourdement. Un temps à rester enfermée, ce qui n’est pas fait pour me déplaire à dire le vrai, mais un peu tristoune dans une période où une activité professionnelle quasiment en berne devrait permettre de flâner davantage dans les rues Paris sans parapluie.

Alors que fais-je à Paris sous la pluie quand elle s’est vidée non seulement de ses habitants mais également de quasiment presque tous mes amis ?

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Passer la soirée avec son amie Sucre d’orge

J’ai reçu il y a quelques jours au courrier une Wonderbox  de ma banque (oui oui de ma banque, je sais c’est un truc de dingue !) pour un restaurant et un cinéma de mon choix pour deux personnes.

Par mon choix, entendez parmi la liste que vous trouverez sur le site après inscription et validation du code barre, et réception d’un mail qui permettra de vous enregistrer et de sélectionner ensuite un resto et un ciné parmi les établissements adhérents à ce concept.

J’ai hésité à l’offrir après quelques agacements d’incompréhension du mode de fonctionnement, et puis quand ô miracle, je reçois le précieux sésame « vous êtes bien inscrite à notre programme », je considère finalement qu’il est bien dommage de ne pas en profiter en cette période estivale.

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Lettre à un jeune chrétien de Christiane Rancé

« Quel que soit ton âge, c’est ton tour de vivre et d’aimer, et alors d’initier la renaissance secrète de l’âme du monde, dont chacun a la charge (…) renouer avec notre vocation à la vie, à la beauté et à l’amour ; anéantir notre complicité avec tout ce qui réduit, étouffe, catalyse notre élan à la joie et à notre espérance. (…) C’est pour cela que je t’écris aujourd’hui, pour que tu veilles à maintenir cette inquiétude alerte (…) pour ne jamais démériter de tes enthousiasmes, ni de ton héritage et ce à quoi il t’oblige. »

En rentrant de vacances, j’ai découvert dans ma boite aux lettres le dernier livre de Christiane Rancé, magnifiquement dédicacé, à la plume, signe d’un raffinement qui me ravit.

Je profite donc de ce billet pour remercier les éditions Tallandier et l’auteur pour ce geste qui me touche infiniment

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Romans de vacances

Mes pas m’ayant conduite cet été à poser mes valises auprès d’une abbaye de chanoines du sud de la France, j’avais rempli ma valise de livres spi et denses, de ceux qui se savourent et s’apprécient dans un mode proche du recueillement ou de la méditation.

Je les ai quasiment tous commencés, j’en ai racheté d’autres, un de mes frères les a tous lus, ce qui a suscité de nombreux échanges profonds le soir, mais la présence de mes enfants et d’une ravissante crique au pied de l’abbaye où ils ont passé de longues heures à se baigner et à peindre sur les galets, ont changé mes plans pour privilégier le roman, plus compatible avec ce type d’activité.

Je vous proposerai donc ultérieurement des billets sur ces livres quand ils seront achevés, mais en attendant, et pour les vacanciers du mois d’août, voici tout de même quelques ouvrages qui devraient vous ravir.

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Le resto des vacances

Chercher un havre de paix dans un coin reculé privé de toute connexion et de vie citadine était un pari osé. Je l’ai tenté, il a été brillamment relevé, mais qui dit coin reculé dit adieu petits bars et restos au bord de l’eau, adieu sorties nocturnes et adieu les plaisirs alimentaires.

Si ce n’était l’inénarrable épicerie du coin où trois tranches de jambon se battent en duel avec 4 pauvres saucisses, et encore quand elle n’a pas été dévalisée, vous en viendriez presque à regretter votre Monoprix Gourmet.

Tels les aventuriers de Koh-Lanta craignant la disette, nous avons initié un rationnement draconien de nos réserves, et nous fûmes si brillants en ce domaine que nous avons même réussi à sauver une boite de raviolis et un reste de riz. A 38 ans, j’ose l’avouer, je n’ai jamais été aussi heureuse que de retrouver le plaisir de savourer religieusement et parcimonie nos madeleines aux œufs frais Saint Michel – nos madeleines de luxe- en guise de dessert, le sachet d’un kilo ayant tenu la semaine.

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Nunc

 

« Nous ne nous interdirons pas à l’avenir d’être plus attentifs et vigilants. (…) Toujours, il convient de préparer sa mort, c’est la condition nécessaire afin de ne pas avoir à la redouter chaque jour et ainsi être contraint, réduit, limité, dans l’ampleur de son action. NUNC : agir, penser, écrire, créer : en somme composer quelques bouquets pour que la cité s’apaise et se réinvente. Vœu pieu autant que prétentieux ? Naïveté ? Nullement : vœu sage et responsable, contre le fiel de ceux qui, ne choisissant pas, font forcément et malgré eux, le choix du pire, le risque d’un bouquet délétère … » Réginald Gaillard (Responsable de publication de la revue NUNC, liminaire du n°42)

Si une année fut intense à plus d’un titre, c’est certainement celle qui vient de s’écouler tant elle fut l’occasion de rencontres aussi variées les unes que les autres, de questionnements, de quête personnelle, de recherche de point d’équilibre, d’aspirations sans cesse renouvelées, et rares furent les années où j’ai autant souhaité en ce début juillet me mettre au vert, en mode ermite.

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En vrac…

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de changer quelques habitudes pour consacrer un billet unique à plusieurs sujets en même temps.

La grande question qui surgit immédiatement est : pourquoi ?

Un judicieux pourquoi mais dont la réponse risque fort de vous décevoir.

Outre le fait que j’aime beaucoup changer le ron-ron quotidien (l’intensité jaillit dans le renouveau), la raison principale est que j’ai lu ou vu de jolies choses ces dernières semaines, mais aucune qui, à mes yeux, a été de nature à susciter des billets à part entière.

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