Simone Weil de Christiane Rancé

Le courage de l’impossible

« Quand on est comme ça, que l’on conçoit toute sa vie devant soi et que l’on prend la résolution ferme et constante d’en faire quelque chose, (…) ce qu’un être humain peut vous faire de pire au monde c’est de vous infliger des souffrances qui brisent la vitalité et par conséquent la capacité de travail.  (…) Il importe d’être prêt à aimer le bien partout où il se manifeste, inconditionnellement et sans restriction, car partout où il y a du bien, il y a contact surnaturel avec Dieu. Je crois que cette pensée est la vérité. (…) La vérité, c’est que l’esclavage avilit l’homme jusqu’à s’en faire aimer ; que la liberté n’est précieuse qu’aux yeux de ceux qui la possèdent effectivement. Désirer la vérité, c’est désirer un contact avec la réalité ».

Chère Simone,

Vous lire et vous comprendre, c’est assurément passer quelques nuits, que dis-je, des jours à s’extirper de ses zones de confort pour atteindre et faire vibrer un degré supérieur de son intellect, tant les écarts apparents de pensées avec lesquelles vous semblez jongler avec tant d’aisance peuvent nous sembler incohérence.

Et pourtant, s’il y a bien un mot qui ne peut servir à vous décrire, c’est bien celui-ci. Rares sont les êtres dont on peut dire qu’ils ont su lier, avec une telle radicalité et dans un souci de cohérence parfaite, idées et vie, au point de s’astreindre à des extrémités ou des privations presque incompréhensibles au commun des mortels.

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En vrac…

Il y a en ce moment dans le monde,
au fond de quelque église perdue,
ou même dans une maison quelconque…
tel pauvre homme qui joint les mains et, du fond de sa misère,
sans bien savoir ce qu’il dit, ou sans rien dire,
remercie le bon Dieu de l’avoir fait « libre », de l’avoir fait « capable d’aimer ».

Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où,
une maman qui cache pour la dernière fois son visage
au creux d’une petite poitrine qui ne battra plus,
une mère près de son enfant mort,
qui offre à Dieu le gémissement d’une résignation exténuée,
Comme si la voix qui a jeté les soleils dans l’étendue…
venait de lui murmurer doucement à l’oreille :
« Pardonne-moi. Un jour tu sauras, tu comprendras, tu me rendras grâce.
Mais maintenant, ce que j’attends de toi, c’est ton pardon, pardonne ».

Ceux-là, cette femme harassée, ce pauvre homme
se trouvent au creux du mystère, au cœur de la création universelle,
et dans le secret même de Dieu.

Georges Bernanos : Liberté pourquoi faire ?

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