C’est l’hiver et donc …

Qu’est ce qui distingue fondamentalement l’hiver des autres saisons ?

Voilà une question essentielle qui mérite de s’y attarder et le premier mot qui me vient à l’esprit en regardant mes congénères est bien la tristitude.

Comme dirait Victor Hugo,

« En hiver la terre pleure ;

Le soleil froid, pâle et doux,

Vient tard, et part de bonne heure,

Ennuyé du rendez-vous. »

Ou encore :

« L’hiver blanchit le dur chemin,

Tes jours aux méchants sont en proie.

 La bise mord ta douce main,

 La haine souffle sur ta joie »

Assurément, l’air du temps est à la morosité et ce ne sont pas nos trépidantes actualités politiques qui contribueraient à nous rendre l’esprit plus serein. Au dixième degré, j’aurais tendance à penser que lancer un grand débat national en plein hiver est météorologiquement peu judicieux, d’autant plus qu’il est scientifiquement prouvé qu’une faible exposition solaire est mauvaise pour la santé.  Si l’intensité de la réflexion est calée sur la luminosité, il y a tout lieu d’imaginer que déprime et mauvaise humeur continueront à être au rendez-vous des prochaines semaines.

D’ailleurs, au travail, la température est le premier sujet de conversation. Le matin, il y a la litanie des vêtements plus ou moins chauds qu’il a fallu prévoir dès le réveil pour affronter la fraicheur des transports. Puis à chaque réunion, il y en a toujours un pour aller vérifier que le radiateur est bien allumé et qu’il chauffe suffisamment, la main posée sur le dessus et le sourire plus ou moins satisfait de constater que l’appareil remplit bien son office. Au moindre courant d’air, un cri d’hystérie « la pooooorte » fuse systématiquement et c’est à qui aura la tisane, le thé, que sais-je moi, le plus adapté à la saison.

Mon amie V. , pour qui l’hiver est une saison merveilleuse car elle est celle de l’introspection, de la période de Noël, des galettes, des fourrures, des chocolats chauds, des sols qui craquèlent, des odeurs d’antan et de l’amour cocooning, me rappelle à juste titre qu’étant comme elle une fille du froid (comprendre, née en hiver) et prônant le temps présent, je devrais aimer cette saison pour tous les charmes et mystères qu’elle recèle en creux.

Certes.

Sauf qu’à titre tout à fait anecdotique et pragmatique, moi qui appréciais tellement mes déplacements professionnels à vélo depuis mon déménagement, il m’a fallu y renoncer. D’abord, parce que vélo et collants font mauvais ménage, ces derniers ayant une tendance fâcheuse à se filer au moindre coup de pédale dans le mollet. Et d’autre part, parce que les cadenas, les miens en tout cas, se crispent sous l’effet du froid, autrement dit, la clé se coince et je me retrouve comme une andouille avec un vélo que je ne peux plus détacher ou attacher d’ailleurs. Comme je suis extrêmement bien outillée, (parallèle à faire avec mon armoire à pharmacie vis-à-vis de laquelle il est vivement conseillé de ne pas se blesser chez moi), il m’a fallu jongler avec de l’huile d’olive pour essayer de tourner la clé, mais même bio, l’huile d’olive graisse parfaitement les doigts et fait joliment briller le barillet, mais n’a aucune vertu thérapeutique sur la mécanique. Résultat, le vélo est pour le moment en retraite et bibi n’a plus qu’à recourir aux bons vieux transports en commun.

Cette menue considération mise à part, suis-je ou non atteinte de tristitude hivernale ? J’avoue, sans fierté aucune, être affectée moi aussi par cette mélancolie et douce torpeur et il me faut recourir à toute mon imagination pour associer cette saison aux ravissants contes d’autrefois où les gravures nous illuminaient de ces enfants en patins sur de grands lacs gelés ou jouant près du feu dans une quiétude angélique à côté d’un livre illustré ouvert et d’un train en bois.

Mes frères diraient que l’hiver est la seule saison où ils peuvent dormir sans crever de chaud. C’est pourtant la seule où même avec du chauffage j’aurais tendance à vouloir dormir toute habillée avec trois édredons. On en revient toujours à ce fameux prisme et ressenti qui donnent aux choses des allures totalement différentes.

Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver nous dit la fameuse ritournelle.

Vivement le printemps, le renouveau, la nature qui s’éveille me crie mon for interne.

Patience. Les jours commencent déjà à rallonger.

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5 réponses
  1. Isabelle
    Isabelle dit :

    Je suis une fille de l’été et j’aime l’hiver! L’hiver, j’attends la sortie de l’école calée dans la banquette rouge du café, et je lis mon Elvire, je rêve aux mots plus beaux que les choses et aux ailleurs plus éblouissants que tous les ici… L’été, en terrasse, je fermerai les yeux, au soleil.

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  2. Anonyme
    Anonyme dit :

    Chère Elvire, cher antidote à la langueur, la mélancolie, ce billet plein d’humour et de lumière éclaire un jour pluvieux d’un peu votre rayonnement solaire. Merci

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