Zéro avant Jésus-Christ de Jean Chavot

« Ma cacophonie intérieure s’ordonnait selon une partition devenue audible. Pourquoi refuser plus longtemps d’appeler Dieu cette présence de l’infini que je ressentais au cœur de toute chose et au-delà de la réalité perçue (…) ? Au lieu de la nostalgie, c’est maintenant la joie d’être vivant qui me soulève. J’ouvre les yeux sur la rue transfigurée ; dans la simple beauté d’être des choses et des gens, je perçois le bonheur d’une existence infiniment plus large que celle dans laquelle se déroule ma vie singulière. Il n’y a pas d’ici et d’ailleurs, pas de passé ni d’avenir, tout est contenu dans l’instant éternel. (…) Le présent est entièrement habité par ce sentiment unique, et la vie n’est vécue dans son intensité que si on s’ouvre jusqu’au fond de soi à la mélancolie au lieu de la chasser comme une ombre. (…) Toute nostalgie est balayée par le sentiment de la vie éternelle qui comble mes failles, recolle mes fractures et réunifie tous les morceaux de moi en cet être solide, ancré et bien portant qui se retourne et pousse la porte de son destin. »

D’amie en éditeur, d’éditeur en livres, je découvre en cette fin du mois d’août cette petite merveille de récit qui me donne des ailes pour reprendre la plume sur ce blog et partager toute l’émotion qui me traversa à sa lecture.

Jean Chavot prête sa voix à Nicolas Ollier pour dresser le portrait d’une vie, sa vie, celle d’une naissance et d’une renaissance, et tel un peintre qui ajouterait progressivement des touches successives pour obtenir son chef d’œuvre à l’aune de toute une vie vécue, Jean Chavot nous dévoile des fragments de vie qui, assemblés dans un récit, convergent vers le point d’orgue final qui laisse sans voix et pantelant.

Zéro avant Jésus-Christ est la prise de conscience du monde, l’intuition viscérale d’un Dieu qui emplit tout son être dès lors qu’on s’y abandonne avec sérénité et liberté, de cette foi qui ne peut se circonscrire dans des définitions toutes faites, qui vient en creuset irradier tout l’être en acceptant de renoncer à soi-même pour mieux se trouver, de s’oublier pour mieux aimer.

Pour qui est tombé dans la marmite depuis tout petit, ces récits de conversion sont autant de pépites à même de venir dépoussiérer nos convictions, redorer d’un feu ardent notre foi parfois si peu vivace, interroger nos incohérences, nos acquis destructeurs, nos attitudes figées, et renouer avec cette quête essentielle d’harmoniser nos vies intérieures avec la réalité du monde au sein duquel nous devons nous incarner et prendre place.

« Il faut une grande discipline pour réussir à s’ancrer et à s’enraciner ». Apprendre à dire « oui » à la vie afin de se définir dans le monde en creux, en apprenant à l’habiter de l’intérieur, tel est le grand récit de Jean Chavot auquel nous sommes tous conviés.

Des pages saisissantes de beauté et de force sur l’amour, la place du père, l’enfance, les rêves et ses idéaux, le rapport aux femmes, l’amitié, l’Italie, la littérature, la foi, la recherche de Dieu, la Croix, l’intuition, la maladie, l’art, la création, viennent vous happer et vous gonfler le cœur comme une voile au grand large, pour vous déposer délicatement sur la jetée.  

Le vrai, le beau n’empêcheront jamais l’éclosion des vulgaires mais favoriseront toujours l’émergence du divin au cœur des êtres et cette boussole, loin d’être toujours facile à discerner et à suivre, nous montre inlassablement le chemin qu’il convient d’emprunter.

« Le sacrifice de soi signifie se rendre sacré, se débarrasser de soi, c’est s’accorder la plus grande des libertés. Se charger de sa croix, c’est se laisser se traverser par la transcendance comme par l’amour du prochain. »

Zéro avant Jésus-Christ, c’est l’itinéraire d’une âme et d’un corps, pour reprendre les mots de Christophe Carraud, son éditeur, une invitation à se sentir digne de prendre sa place, toute sa place dans le monde, une ode à mener le combat de la vie avec courage et vaillance en acceptant de se laisser guider par Celui qui la source de toute chose.

Jean Chavot, né à Paris en 1955, est passionné de littérature, de cinéma, et de musique, et a travaillé longtemps dans le monde du spectacle et de la chanson. Il fut aussi dialoguiste adaptateur puis scénariste. Auteur également de nouvelles, Zéro avant Jésus-Christ est son premier roman (Editions Conférence 2020).

2 réponses
  1. DA
    DA dit :

    Un itinéraire simplement humain; certains diraient un besoin normal. A un moment ou un autre tout homme se pose la question de dieu, appelé ainsi ou transcendance ou au-delà.
    Dans ce qu’il est au plus profond de lui-même, dans chaque homme l’idée de dieu est bien présente, même -et c’est essentiel – s’il n’en a pas conscience. L’âme a besoin de dieu (Dieu …) pour respirer, sinon elle s’étiole et s’éteint.
    La vie, la vraie, celle qui s’épanouit dans le bien du présent, est seule à pouvoir donner la joie; cette joie qui, au-delà des croix quotidiennes, s’épanouit dans l’espérance.

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  2. ht
    ht dit :

    Si seulement c’était vrai et possible… que donnerais je pour ressentir sa présence ( Dieu) qui embellit tout.
    Je commencerai par ce billet qui illumine mon dimanche. Un bon début

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