Tout le reste est silence de Jean Montaurier

« Là où ma foi chancelle, ce n’est pas sur la réalité de votre existence, mais (mettez vous à ma place) sur votre volonté de nous laisser souffrir. Et c’est bien là que Satan m’attendait… Il est là, vivant et attendant, dans le détail des pensées de ma vie. Lui non plus ne me fait pas de signes. Mais je le sens. Vous, je ne Vous sens pas. Ou bien est-ce vous sentir assez que résister au mal et de faire semblant, de tout son cœur, de croire. Comme je fais …

Oui, mon vieil homme est mort, la première âme que Dieu confiée à mes soins. Or un jour je compris tout d’un coup que ce vieil n’était pas un saint. Il lui manquait la Joie … (…) Ils ne furent pas des saints parce qu’ils avaient souffert mais que pendant leurs nuits épouvantées, ils attendaient l’aurore et qu’ils étaient un peu le Christ ».

Quelle merveilleuse découverte que ce livre tout à la fois, roman, témoignage et cri du cœur d’un prêtre.

Edité en 1969, vous ne pourrez trouver cet ouvrage malheureusement que d’occasion, mais si vous arrivez à vous le procurer, c’est vraiment une pépite. Chaque mot est comme une déflagration de la foi qui loin d’être une chose rationnelle, évidente, facile à définir et à vivre, est pourtant une chose toute simple, limpide, qui ne demande qu’à unifier toute une vie pour ne laisser que l’essentiel : la Joie. La Joie d’être aimé infiniment, la Joie de se savoir sauvé, la Joie de comprendre que rien n’est vain, et que même dans la nuit, au bout, il y a l’aurore.

Ce livre confession qui semble écrit d’un seul jet, fut pourtant le fruit de toute une vie, celle d’un jeune homme devenu prêtre, marqué par sa rencontre avec un vieil homme que tout le monde considère comme un saint anachorète, et qui l’est, à sa manière de chercher Dieu sans cesse. Son âme torturée habite la moitié de ce roman, et elle hurle dans le silence de Dieu qui lui semble absence. Elle n’est pas sans faire écho à tous ceux qui vivant des nuits de la foi, ou ne voyant Dieu que de tellement loin qu’Il semble inaccessible, en oublie cette évidence : Dieu nous aime, avec nos misères, nos pleurs, nos désespoirs et nous sommes tous fils et filles de Dieu.

« C’est ça qui nous manque. Il y a trop de confessions secrètes et de justes fraudeurs. Trop de juges coupables et pas assez d’accusés repentants. » Se sentir sauvé, telle fut l’expérience extraordinaire de ce prêtre qui en un instant, comme une grâce donnée, compris ce qu’était cette Joie, qu’il était cette Joie, une perception ressentie avec une telle évidence que même déjà prêtre, il se dit : c’est donc ça la foi.

« Je l’accepte l’enfer mais je sentis brusquement, si près de ce vieil homme, qu’aucun artiste au monde, et fut-ce le plus grand, n’aura jamais le droit d’y enfoncer personne ! Et que c’est un crime que de jouer ainsi, à pile ou face, même par le goût du bien fait, l’éternité d’un homme qui ne peut plus mourir dès lors qu’il a vécu et qui, malgré tous ses péchés, conservera toujours le droit de regarder la Croix. »

Le livre d’une âme magnifique, qui nous rappelle que sommes tous des clochards aimés de Dieu.

1 réponse
  1. Ht
    Ht dit :

    Sublime billet
    Thème qui m’est cher….
    Chronique habitée, à l’image d’Elvire qui par sa joie est un témoignage de l’existence du Grand Silencieux…

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