Il n’y a qu’un seul droit de l’homme de Hannah Arendt

« Aucun paradoxe de la vie politique contemporaine n’est empreint d’une ironie plus amère que cette divergence entre les efforts d’idéalistes bien intentionnés, qui persistent à présenter les droits comme des droits de l’homme inaliénables dont ne jouissent pourtant que les citoyens des pays les plus prospères et les plus civilisés, et la situation réelle des personnes privées de leurs droits qui s’est, elle, continuellement détériorée, à tel point que le camp d’internement , qui ne constituait avant-guerre qu’une menace exceptionnelle pour les apatrides, devienne une solution routinière au problème du séjour des personnes déplacées. (…) L’apatridie dans des proportions massives a de fait placé les nations du monde face à la question aussi inévitable que troublante de savoir s’il y a vraiment « des droits de l’homme » inconditionnels, autrement dit des droits qui sont indépendants de tout statut politique particulier et qui découlent du simple fait d’être humain. »

Ce recueil, édité en 2021, regroupe un texte inédit d’Hannah Arendt dans sa version originale de 1949 « Il n’y a qu’un seul droit de l’homme », lui-même précédé d’un texte intitulé « Nous réfugiés » de 1943.  Longuement préfacés par Emmanuel Alloa, ces deux textes d’Hannah Arendt qui témoignent du sort politique des juifs devenus apatrides, nous mettent face à cette aporie issue de la notion de droits de l’homme et du citoyen, telle que déclarée et développée dans les diverses conventions nationales ou internationales.  

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Le chant du genévrier de Regina Scheer

« Voilà vingt-cinq ans que Marchandel, ce village isolé sur la langue glaciaire de la moraine terminale de Malchin, fait partie de ma vie. Avant cela, je n’y avais jamais mis les pieds. C’est pourtant là que mes parents se sont rencontrés et mon frère Ian, je l’ai toujours su, est né au château de Marchandel. Or Ian a quatorze ans de plus que moi et, à ma naissance en 1960, ma famille habitait déjà à Berlin depuis longtemps. Notre grand-mère, restée à Marchandel, mourut peu après, nous n’avions donc plus de raison de rester au village. C’est du moins ce que je croyais. (…) Dans nos séminaires de bas allemand, nous avions analysé et interprété le conte du genévrier, je n’avais pourtant jamais fait le rapprochement avec le village de mon frère et de cette grand-mère que je n’avais pas connue. »

Autant il est fréquent de trouver des livres sur la seconde guerre mondiale, autant il est plus rare d’en lire sur la RDA, à tout le moins à travers des romans couvrant la fin de la guerre jusqu’à la chute du mur de Berlin et des mois qui ont suivi. C’est donc sans surprise que ce livre ait remporté un vif succès à sa sortie, peut-être parce qu’il fait œuvre de mémoire pour tous ceux à qui cette période semble presque étrangère ou trop lointaine, peut-être aussi parce qu’il fait la lumière sur tout un pan de l’histoire d’un pays qui coupé en deux pendant des dizaines d’années, a quasiment ignoré le sort de ses compatriotes de l’autre côté du mur.

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Vivarium de Tanguy Viel

« C’est une expérience bien triste quand, se réjouissant de présenter un ami à un autre, il ne se passe entre eux qu’indifférence polie. La relation de Chasles, si utile en mathématiques, ne semble en rien valoir en amitié : AB+BC produit rarement AC. Persister à le croire provient de ce rêve d’élargir à tous crins une communauté sans bords dont l’axiome, ouvert sur l’humanité entière, ne serait autre que « les amis de mes amis sont mes amis ». Au lieu de cela, il nous faut bien constater que le mystère de l’amitié relève de l’étrange vibration qui nous tient sous la coupe d’une séduction mutuelle, hors de toute loi objective, hors surtout de trop d’élargissement. Et c’est là que le bât blesse : à placer ainsi l’amitié sous le joug opaque d’un mystère privé, à la mythifier de cette complicité magnétique qui abrite deux êtres, la voilà qui se sanctuarise, se plaçant à l’écart de toute fraternité générale. »

Ne plus écrire, se répéter à l’envi ou trouver des sources d’inspirations différentes, telles sont les questions auxquelles se confronte Tanguy Viel dans ce nouvel opus qui telle une césure dans la longue lignée de ses précédents romans, donne une nouvelle coloration à son œuvre.

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Je rentrerai avant la nuit de Sophie Barut

« Comme j’aimerais savoir répondre à toutes les questions que nous posent les enfants, savoir leur dire qu’il est parfois difficile de comprendre pourquoi le mal est permis par Dieu, de comprendre quelle est la valeur de la liberté humaine, combien il faut faire confiance en Dieu, toujours, quoiqu’il arrive, et que le bonheur ne réside pas dans l’absence des épreuves mais dans la façon dont les vivons. Comme j’aimerais aussi leur faire comprendre que ce n’est pas grave de pas avoir toutes les réponses : nous les aurons un jour, le jour où nous serons auprès de Celui qui a instauré cette règle du jeu. En attendant ce jour, nous avons tout en main pour vivre la partie avec entrain. Comme j’aimerais leur transmettre ma conviction intime, leur dire que pour tenir à travers tout, ils devront puiser à la Source, et que je n’ai rien d’autre à leur proposer comme « carburant » pour avancer dans la vie sinon la prière, les sacrements, les lectures spirituelles. Comme je voudrais leur dire : « Bien sûr quantité de moyens humains sont à prendre en compte dans une existence : il faut apprendre à se connaître soi-même, à connaître l’autre, à se faire des amis, à faire des efforts dans le travail, à pratiquer un sport, un art ou que sais-je encore ? Mais, les enfants je ne veux pas vous mentir : sans une relation vivante et personnelle avec notre Créateur, moi, votre maman, je ne serais arrivée à rien. »

Quelle bouffée d’oxygène, quel condensé d’Espérance, quel témoignage incroyable sur la force de l’amour et de l’Amour que ce livre qui tel un journal de bord retrace les étapes de vie de ce couple dans l’épreuve face au handicap.

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Ton absence n’est que ténèbres de Jon Kalman Stefansson

« Tiens-moi, serre-moi, ne me lâche jamais, et mon amour, quand tu me regardes, tu vois qui je suis en réalité. Le trajet avait duré sept heures. Il faut sept heures pour passer d’une vie à l’autre. Dieu a créé le monde en six jours, et il a béni le septième. Tout événement important doit par conséquent advenir sept fois. Dis je t’aime sept fois, sinon l’amour ne survit pas. Et il faut sept heure pour se fuir soi-même. (…) Ils ont connu le bonheur, puis ils l’ont sacrifié et Eirikur est né dans un trou noir dans l’âme. Parce qu’ils ont trahi, parce qu’il ne leur a pas été donné de vivre ensemble, parce qu’ils n’ont pas osé, pas eu le droit, parce que Svana n’a pas eu le courage de tout sacrifier pour l’amour. On doit toujours choisir de deux choses l’une, mais qu’importe celle que vous choisissez, cela créera toujours un trou noir quelque part. »

Cher Jon, je peux vous appeler Jon après avoir passé presque 600 pages en votre compagnie, des heures volées à la nuit, des heures reprises à l’aube. Il est possible je crois de dire qu’après tant d’instants si denses et si émouvants vécus à travers la magie des écritures qui nous parviennent de si loin, d’un pays où le froid et la lumière ne manqueraient pas ici de me faire sentir si fragile, des ponts s’élèvent entre les êtres qui vibrent d’un même unisson. Vos mots sont musique, sont poésie, sont passion et nous aimerions tous je crois être l’auteur ou l’acteur d’un tel récit, ou l’amie de l’auteur, ou l’amante de l’acteur. Que sais-je et peu importe au fond.

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Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre par Anna Klumpke

« Après avoir été une fervente admiratrice de Rosa Bonheur, les circonstances de ma vie, et quelque secret destin sans doute, m’ont rendue la compagne de ses derniers jours, et la confidente de ses suprêmes pensées. Par là j’ai contracté le pieux devoir de faire connaître, d’après ses propres récits, la vie de la femme illustre que je n’ai cessé de pleurer. Sa carrière fut longue et bien remplie; un rayon de gloire l’illumina, et le jour funeste qui en marqua le terme fut déploré dans sa patrie, aussi bien que par delà les frontières et les océans, par tous ceux qui ont eu le culte de la nature, de l’art et de la beauté. Du moins, son souvenir n’est il pas près de s’éteindre : les belles œuvres qu’elle a laissées et qu’une admiration unanime a répandues un peu sur tous les continents, lui sont un sûr garant de vivre dans la mémoire de la postérité. »

Si vos pas vous conduisent un jour vers Fontainebleau, que vous entrez dans le petit hameau de By-Thomery, vous tomberez sur le ravissant château de By qui fut la demeure acquise par Rosa Bonheur en 1859, à la suite de la vente du célèbre tableau Le marché aux chevaux. Elle y vivra les quarante dernières années de sa vie, lieu qu’elle léguera à sa « fille » de cœur, l’artiste portraitiste américaine, Anna Klumpke qui se consacrera à faire vivre la mémoire de Rosa Bonheur qui, de renommée internationale de son vivant, tombera peu ou prou dans l’oubli dans les années 50. Ce château, acquis en 2017 par des particuliers, est depuis ouvert au public et ses propriétaires œuvrent pour la protection de ses collections, dont beaucoup d’œuvres d’Anna Klumpke, et la réhabilitation de ce lieu de mémoire absolument charmant.

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Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa

« Ces précautions verbales correspondaient très bien à ses sentiments personnels à l’égard de la passion raisonnée de Tancrède mais l’irritaient parce qu’elles le fatiguaient ; elles n’étaient d’ailleurs qu’un échantillon des cent détours de langage et de maintien qu’il était obligé d’inventer ; il repensait avec regret à la situation d’un an auparavant quand il disait tout ce qui lui passait par la tête, certain que n’importe quelle sottise serait acceptée comme parole d’évangile, et n’importe quel manque d’à-propos comme insouciance princière. Lorsqu’il prenait la voie du regret du passé, dans ses pires moments de mauvaise humeur il descendait très bas sur cette pente dangereuse. (…) Ce qu’avait prédit le Jésuite se confirmait (la vente des biens de l’Eglise) mais n’était-ce pas une bonne tactique que de s’insérer dans le nouveau mouvement et de le diriger, du moins en partie, en faveur de quelques individus de sa classe ? »

Paru en 1958 à titre posthume, Giuseppe Tomasi di Lampudesa s’est inspiré dans Le Guépard de son arrière-grand-père pour créer le personnage célèbre de Don Fabrizio Corbera, Prince de Salina.

Ce livre, véritable chef d’œuvre et grand classique de la littérature italienne, porté à l’écran en 1963 dans le célèbre film de Visconti avec Alain Delon et Claudia Cardinale, connut un grand succès à sa sortie et reçut le prix Strega, un des plus prestigieux prix littéraires en Italie.

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Suerte de Claude Lucas

L’exclusion volontaire

« La prison la première fois est une épreuve étrange, en vérité : c’est l’épreuve même de l’étrangeté. L’emprisonnement est une épreuve aride et solitaire qui fait brutalement découvrir qu’on n’est rien, c’est-à-dire, étant un être humain de qui est niée l’humanité, moins que rien, fondamentalement. La monstruosité de la prison ne tient pas, sauf cas extrêmes dans les pays de dictature ou du tiers-monde à ses conditions matérielles, fussent-elles scandaleuses comme elles l’étaient en France avant les révoltes de 1974 : elle tient au fait qu’on met le prisonnier face à son propre néant. Le supporter sans broncher requiert une certaine habitude. Le subir à quinze ans laisse des traces. (…) Ce monde est sans pitié, par bêtise, ignorance, préjugé, cuistrerie et manque d’indignation, voilà mon verdict. Mais plutôt que de m’en indigner et de dénoncer des responsabilités particulières, j’ai préféré subsumer les causes du scandale dans la catégorie métaphysique de l’absurde. Avoir père et mère n’est déjà pas en soi un antidote à l’absurdité de l’existence ; n’ayant ni l’un ni l’autre, trouver du sens au monde relevait de la gageure. »

Fiction autobiographique publiée en 1995, ce livre est exceptionnel à plus d’un titre. Exceptionnel par sa qualité littéraire, exceptionnel par sa force du témoignage, exceptionnel par son analyse du système carcéral, exceptionnel en raison de son auteur dont les propos non complaisants sont tout à la fois lucides, cyniques et d’une intelligence d’une rare acuité.

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Lilas noir de Reinhard Kaiser-Mühlecker

« Ferdinand s’agenouilla devant la sépulture. tout à coup, il fondit en larmes, et en même temps des rires le soulevèrent, il fut ébranlé par une force qui puisait à de telles profondeurs dans ses entrailles qu’elle en perdait toute dimension physique. Ce soudain afflux d’émotions le laissait désemparé. Et cependant il le comprenait, comme il l’avait déjà compris un peu plus tôt, quand il se tenait derrière la maison. Le bonheur d’avoir retrouvé son père, et la douleur de l’avoir à jamais perdu, cet enchaînement peu naturel, c’était cela qui le remuait. »

Il est de bon aloi dans certains milieux de ne trouver que peu d’intérêt à la littérature contemporaine, et en particulier au roman dont il est vrai que le fond ou la forme souffrent bien souvent d’un manque de tenue, de densité, d’universalité, de qualités somme toute qui ont permis l’émergence de ce qu’il est convenu d’appeler un classique.

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La vie, la guerre et puis rien d’Oriana Fallaci

« Depuis que je suis au monde on me rebat les oreilles avec le drapeau, la patrie ; au nom de ces sublimes sottises, on m’impose le culte de tuer, d’être tuée, et personne ne m’a encore dit pourquoi tuer pour voler est un péché, tandis que tuer avec un uniforme sur le dos est glorieux. (…)

Ces monstres qui ne savent pas qu’ils sont des monstres, et qui portent peut-être au cou une petite croix, des médailles de la Vierge, et qui ont dans leur poche la photographie de leurs vieux parents, et si on leur parle entre quatre yeux, ils vous tirent des larmes, ils vous prônent la pureté de leur idéal, et puis un matin de mars, un matin ensoleillé, ils sautent dans leurs hélicoptères avec leurs petites croix, leurs médailles, leur idéal, leur présomption de civilisation, et ils tuent presque six cents personnes, sans épargner les femmes enceintes, les vieillards et les enfants, « parce que c’était les ordres. »

Un homme, Inchallah, La vie, la guerre et puis rien …  Chacun de ces trois livres est une claque.

Mais que dire de ces romans sans parler de la femme, Oriana Fallaci (1929 – 2006), qui est toute entière dans chacune de ces pages.

Très controversée à la fin de sa vie en raison de propos contre l’islam tenus après les attentats du 11 septembre qui n’eurent pas l’heur de plaire à certains pans médiatiques et intellectuels, elle n’en demeure pas moins une femme largement reconnue et prisée tout au long de sa vie pour ses talents exceptionnels de reporter de guerre et d’écrivain, et pour la qualité de ses interviews auprès de célébrités et d’hommes d’Etat du monde entier.

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Tout le reste est silence de Jean Montaurier

« Là où ma foi chancelle, ce n’est pas sur la réalité de votre existence, mais (mettez vous à ma place) sur votre volonté de nous laisser souffrir. Et c’est bien là que Satan m’attendait… Il est là, vivant et attendant, dans le détail des pensées de ma vie. Lui non plus ne me fait pas de signes. Mais je le sens. Vous, je ne Vous sens pas. Ou bien est-ce vous sentir assez que résister au mal et de faire semblant, de tout son cœur, de croire. Comme je fais …

Oui, mon vieil homme est mort, la première âme que Dieu confiée à mes soins. Or un jour je compris tout d’un coup que ce vieil n’était pas un saint. Il lui manquait la Joie … (…) Ils ne furent pas des saints parce qu’ils avaient souffert mais que pendant leurs nuits épouvantées, ils attendaient l’aurore et qu’ils étaient un peu le Christ ».

Quelle merveilleuse découverte que ce livre tout à la fois, roman, témoignage et cri du cœur d’un prêtre.

Edité en 1969, vous ne pourrez trouver cet ouvrage malheureusement que d’occasion, mais si vous arrivez à vous le procurer, c’est vraiment une pépite. Chaque mot est comme une déflagration de la foi qui loin d’être une chose rationnelle, évidente, facile à définir et à vivre, est pourtant une chose toute simple, limpide, qui ne demande qu’à unifier toute une vie pour ne laisser que l’essentiel : la Joie. La Joie d’être aimé infiniment, la Joie de se savoir sauvé, la Joie de comprendre que rien n’est vain, et que même dans la nuit, au bout, il y a l’aurore.

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Le droit hiérosolymitain dans l’Orient latin du XIè au XVIè siècle de Louis-Marie Audrerie

Les Assises de Jérusalem

« La venue des Francs en Orient fait suite à cinq siècles de pression hégémonique de l’islam naissant mais surtout à l’appel des papes à la délivrance des Lieux Saints. L’unique désir, alors exprimé, était de porter secours aux chrétiens d’Orient, population encore très largement majoritaire, et de délivrer le Saint Sépulcre menacé. (…) Les territoires délivrés étaient la récompense de tous les pèlerins armés, un véritable bien commun, et celui des chrétiens d’Orient et des Syriens. Ainsi, en parallèle de l’organisation féodale, assurant la première barrière militaire, s’est adjointe une organisation des cités, indépendantes de la féodalité, où se sont installés les hommes libres. pour établir cet état de fait, il semble en tout état de cause, que le droit opposable à une si grande diversité de personnes fut bien mis par écrit dans des chartes et approuvés par tous. Ce droit des premiers temps était alors (…) les Assises. « 

Il est heureux que de jeunes étudiants en histoire du droit, dotés de cet esprit de curiosité et de rigueur qui leur permet d’endurer pendant des années une vie quasi monacale d’archiviste et d’analyste, prennent encore un immense plaisir à emprunter les chemins de traverse qui les conduisent vers des voies encore inexplorées ou si peu, pour en faire l’objet de leur thèse. Et il est encore plus heureux que des éditeurs acceptent de les publier afin de porter à la connaissance du grand public tant de richesses à la fois juridiques et historiques.

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Vie d’Hildegarde d’Aurore-Marie Guillaume

« Prêchant et regénérant les âmes fatiguées sur son passage, elle s’enfonce loin vers le nord. elle y découvre un autre monde où la nuit dure plus longtemps que le jour, où le givre couvre encore les branches en plein midi. Peu à peu, son corps s’habitue au froid, son regard s’ouvre à la beauté des paysages et s’émerveille de la manière dont les hommes y vivent. Dans cet univers cristallin, ses visions cessent, car elle ne fait désormais plus qu’un avec la volonté divine. (…) Elle possède un savoir encyclopédique des connaissances de son temps aussi bien en sciences naturelles qu’en médecine. Beaucoup proviennent de ses propres observations qui sont de nos jours encore source d’inspiration, fondées sur une recherche d’équilibre sans séparation entre âme et corps. »

Contemporaine de Bernard de Clairvaux qui fut son protecteur, d’Aliénor d’Aquitaine avec qui elle entretint une abondante correspondance, d’Abélard avec qui elle s’opposa sur une vision purement rationnelle de la foi, Hildegarde de Bingen, religieuse bénédictine, ne cesse de nous interroger par sa nature d’une richesse incomparable.

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Histoire d’une enfant de Vienne de Ferdinand von Saar

« Elsa était en vérité d’une beauté surprenante et l’on se rendait compte, une fois de plus, du rôle que joue l’art de bien s’habiller à l’automne de la vie d’une femme. Une robe fourreau bordée de dentelle, ornée de roses pâles près de l’épaule gauche, dégageait harmonieusement sa taille élancée et svelte; ses cheveux lisses et coiffés avec la simplicité qui était au goût du jour, noués sur la nuque en chignon à l’anglaise, la rajeunissaient d’autant plus que l’expression de son visage, en cet instant, n’avait plus rien de maladif. »

Les éditions Bartillat poursuivent, pour notre plus grand plaisir, l’ambition d’offrir au grand public l’accès aux œuvres de Ferdinand von Saar (1833-1906) et, dans la continuité du chef-d’œuvre, Le Lieutenant Burda, publié en 2022 et déjà présenté dans ces pages, c’est à travers le portrait d’une femme que nous entrons cette fois-ci dans la Vienne de la fin du XIXème siècle.

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L’enragé de Sorj Chalandon

« Mon père buvait, ma mère s’était enfuie pour mieux que nous. Je vivais chez des vieux dans une ferme au milieux des champs. A l’école, j’apprenais des chiffres qui ne me servaient à rien. Le nom de pays où je n’irais jamais. L’instituteur nous parlait de morale. C’était quoi la morale? Laisser le bouillon à un enfant et garder la viande pour soi ? Que faisait-elle pour moi, la morale ? Et l’instruction civique? Et le « tu aimeras ton prochain comme toi-même », psalmodié par notre curé, j’en faisais quoi ? Il me déteste mon prochain. »

Ouvrir un livre de Sorj Chalandon n’est jamais un geste anodin ou qui laisse indifférent. Il est de ces écrivains qui ne sont pas seulement des conteurs ou de simples romanciers, mais qui soulèvent des lames de fond émotionnelles, vous retournent les tripes, vous tiraillent l’esprit, vous transpercent, vous transportent. Sorj Chalandon ne se caractérise pas par une densité des pages, ses livres n’étant pas spécialement des pavés, mais par une densité des mots qui d’emblée vous immergent dans un lieu, une époque, une famille. Lire ses romans, c’est accepter d’entrer dans la réalité et la dureté d’une vie, se laisser imprégner par une musicalité qui lui est propre, sans concession.

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Psychopathologie du totalitarisme d’Ariane Bilheran

Sommes-nous dans une dérive totalitaire ?

« Cette perspective psychologique permet d’éclairer d’une autre façon les dérives totalitaires qui frappent par épisodes l’histoire de l’humanité. Le phénomène totalitaire est quasi organique dans la mise en œuvre des pulsions de destruction des individus et de la société civile. Il convoque la participation des masses et réveille le petit fasciste qui sommeille en chacun de nous, en attisant des instincts de survie qui paralysent toute faculté de raisonnement et entrainent des collages pathologiques au sein du groupe. »

De nombreux livres ont été consacrés au totalitarisme, que ce soit au travers d’essais, de romans, de critiques historiques ou sociologiques, de témoignages, de biographies. Mais peu ont été abordés sous l’angle des processus psychiques conduisant à l’idéologie totalitaire et au fanatisme de masse qui soutient cette dérive.

C’est à cette tâche qu’Ariane Bilheran s’attelle, à l’aune des phénomènes de mondialisation que nous vivons actuellement dont certains processus ne doivent pas manquer de nous inquiéter, tant certaines formes ne sont pas étrangères aux mécanismes des totalitarismes étudiés. Si, comme le définit Hannah Arendt, le totalitarisme est l’ambition de la domination totale, le postulat de base suppose ainsi une idéologie et des masses pour y adhérer, car sans adhésion consciente ou inconsciente, l’idéologie perd le terreau sur lequel s’enraciner et se propager.

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Triste tigre de Neige Sinno

« Il disait qu’il m’aimait. Il disait que c’est pour pouvoir exprimer cet amour qu’il me faisait ce qu’il me faisait, il disait que son souhait le plus cher était que je l’aime en retour. Il disait que s’il avait commencé à s’approcher de moi de cette manière, à me toucher, me caresser c’est parce qu’il avait besoin d’un contact plus étroit avec moi, parce que je refusais de me montrer douce, parce que je ne lui disais pas que je l’aimais. Ensuite, il me punissait de mon indifférence à son égard par des actes sexuels. »

Encore un livre sur l’inceste me direz-vous. Certes ! ce sujet nous inonde, dégouline des pages littéraires, et font bien souvent les prix et les succès d’hier et d’aujourd’hui. Et pourtant, il serait dommage de passer à côté de cet ouvrage qui vous saisit par le côté ciselé et extrêmement distancié, quoique personnel, avec lequel Neige Sinno saisit le lecteur. Nous ne sommes pas voyeurs, mais plutôt un juré de cour d’assises convié à saisir dans un temps très court, celui de la lecture, un pan de vie, où divers protagonistes sont victimes, bourreaux, parfois eux-mêmes victimes, le tout dans un cadre fermé où pourtant ni les proches, ni même la mère, n’ont réussi à déceler le moindre indice d’alerte.

Il faut du recul pour écrire un tel livre où la victime est aussi écrivain, où la plume n’a aucune vertu thérapeutique mais bien celle de dire, d’interroger, de nous saisir sur la notion de déni, d’aveuglement, de silence, sur la vie d’avant, pendant, et celle d’après.

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Créé pour la grandeur d’Alexandre Dianine-Havard

Le leadership comme idéal de vie

« Je pense à tous ces gens qui ont énormément reçu dans l’existence – parce qu’ils ont connu la chaleur d’un foyer, parce qu’ils ont eu un père et une mère qui les ont aimés et qui les ont éduqués ensemble dans la vérité, la liberté et la vertu – et qui pourtant, pour une raison ou une autre, n’ont pas encore saisi l’ampleur de leurs responsabilités devant Dieu et devant les hommes. C’est à ces hommes et à ces femmes, jeunes ou moins jeunes, que je dédie cet ouvrage.« 

Sorti en 2022, ce petit opuscule est tombé entre mes mains tout récemment et mérite amplement de trouver sa place dans ce blog. Devenu la figure incontournable du leadership vertueux, Alexandre Dianine-Havard nous rappelle que chacun d’entre nous sommes créés pour la grandeur, une vie authentique placée sous le signe de l’épanouissement de la personnalité humaine et basée sur les vertus.

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Le discernement de François Bert

A l’usage de ceux qui croient qu’être intelligent suffit pour décider.

« Il ne nous sera pas reproché au seuil de notre mort de n’avoir pas permis que le monde soit parfait mais de n’avoir pas pris notre part pour qu’il soit juste et habitable sur la parcelle qui nous revient. Plus on avance dans la vie, plus on découvre à quel point, avec tout le talent et la bonne volonté du monde, on est vraiment efficace quand on agit au bon endroit et au bon moment. Il se fait une sorte de démultiplication de notre action parce qu’elle vient dans un axe d’opportunité, dans un alignement à des facteurs qui la dépassent. Ce positionnement juste procède de l’écoute. »

Dans un monde où la communication et l’analyse des experts sont devenues le baromètre de la justesse de toute décision politique ou entrepreneuriale, alors même que le réel se meurt du décalage de plus en plus marqué d’avec le discours et que l’émotion et l’instantané dissolvent toute vision constructive, il est nécessaire, voire indispensable de retrouver les clés de l’exercice du discernement et de faire advenir de vrais chefs.

François Bert, dont le métier et la plume sont consacrés depuis de nombreuses années à ce sujet, ne s’y trompe pas : si nous continuons à privilégier des analystes plutôt que des décideurs et à biaiser la réalité par des idéologies hors sol, toute décision est vouée à plus ou moins court terme à l’échec, avec comme corollaire de ne jamais remettre en cause la décision mais les hommes qui ont pour mission de la mettre en œuvre.

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L’arrière-petit-fils et autres nouvelles de Jonathan Sturel

« La politique est un jeu excitant lorsqu’il se joue dans les alcôves, les salons et les Chambres et tous ici prenaient volontiers part à ce jeu, mais qu’une flaque de sang macule le sol, qu’un enfant soit étouffé par une foule ou qu’une femme périsse sous l’assaut d’une canne à pommeau dur, et subitement les cœurs s’émeuvent. (…) Personne ne prit la peine de remarquer que Maximilien, qui venait de conter la situation tragique de cette femme, ne lui avait manifestement pas davantage porté assistance que ceux dont il venait de critiquer le comportement pour cette même raison. Malgré son jeune âge, il s’était déjà laissé complètement conquérir par l’esprit salonnard : pour lui, la rue et ceux qui s’y trouvent, peu importe la cause qu’ils défendent et le parti qu’ils prennent, ne sont qu’un engrenage d’une mécanique que l’on commande depuis les coulisses. »

Les amoureux, de la génération actuelle, des livres, des grands auteurs, de l’Histoire et des idées, qui se prêtent à l’exercice de coucher leurs propres mots dans des romans ou nouvelles ont en commun le goût et le désir de nous éveiller à la grandeur de la France telle qu’elle a pu les faire vibrer. Hommage et admiration affleurent dans leurs écrits, mais les meilleurs d’entre eux, sur le plan littéraire, dépassent cette nostalgie palpable pour en faire l’écrin de destinées humaines qui s’inscrivent sans effort dans le monde moderne pour en comprendre les rouages éternels.

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La chasse au cerf de Romain Debluë

« C’est une grave erreur de croire que la foi chrétienne est tout entière un réconfort. Le chrétien est au monde celui qui souffre de la façon la plus aiguë, parce qu’il connait l’enfer qu’est la condition des hommes sans Dieu. Le chrétien souffre par et pour tous ces frères qui s’ignorent souffrants, et se badigeonnent de mensonges destinés à dissimuler leur détresse. Sais-tu ce qu’est la joie ? Je définis la joie comme cette lumière dans laquelle soudain je vois avec certitude que cet objet, cet instant, cette vie, cette femme, m’était destinée. Paul comprenait à présent cette détresse qui l’enserrait. Son amour ne s’était pas heurté à la simple médiocrité d’une écervelée vaine, non. Il aimait une âme, haute, noble, intelligente et douce, mais sabotée du dedans par elle-même, décidant et désirant d’errer en dessous d’elle-même, par crainte d’être un jour contrainte par sa propre dignité d’admettre la possibilité d’un autre monde qu’absurde, et désespéré. »

En 1952, François Mauriac recevait le prix Nobel en raison de « la profonde imprégnation spirituelle et l’intensité artistique avec laquelle ses romans ont pénétré le drame de la vie humaine. »

Je ne peux résister au désir de paraphraser cet hommage en vue de partager aux futurs lecteurs, que j’espère nombreux, l’impression ressentie à la lecture du livre de Romain Debluë, qui m’a émerveillée par « la profonde imprégnation spirituelle et l’intensité de la pensée avec laquelle ce roman pénètre le cœur et la conscience des hommes d’un monde sans Dieu ».

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Un vent les pousse de Frédéric Bécourt

« Assigné par son âge, son sexe et ses origines à une communauté dont on attendait désormais le silence, ou tout au moins la retenue, Gilles persistait à penser à voix haute. Son point de vue universaliste, devenu minoritaire et ringard, n’intéressait personne. Pour autant, il se considérait encore comme un Français tout à fait habituel, indissociable du nombre. Absorbé par ses livres et son rôle de père, il s’était peu à peu coupé du monde, c’était évident, mais surtout il ne l’avait pas vu changer. »

Dans la série des romans d’anticipation qui ne seraient pas si terrifiants s’ils n’annonçaient pas une réalité déjà en germe, il convient de rendre hommage au livre de Frédéric Bécourt qui décrit avec talent la pulsation idéologique de notre temps qui nous conduit inexorablement vers un monde bicéphale où le tempo de certains, parfaitement accordés sur ce rythme digne du boléro de Ravel, radicalise et marginalise de fait ceux qui tentent de s’en extirper.

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En marchant de Patrick Tudoret

Petite rhétorique itinérante.

« J’ai toujours été d’accord avec Gracq pour penser que le rêve, la rêverie, sont « un état de tension accrue plus qu’un laisser-aller ». C’est même pour moi, une exacte définition de la marche. Une mise en tension dans l’acception la plus forte, la plus noble du mot. (…) Il est vrai qu’il y a dans la marche en solitaire quelque chose en plus : une ascèse, un élan qui tend vers soi et la puissance de soi, mais renvoyant à la plus stricte humilité. Marcher fait de nous un être fort, tendu vers un but, mais aussi un être seul, et faible à ce titre. (…) Et si la marche était cette stabilité en mouvement qui permettait de concilier à la fois l’immobilité, disons la profondeur de la pensée, et le mouvement lui-même. La rêverie qu’elle permet est puissamment créatrice. »

Patrick Tudoret, ce fut d’abord L’homme qui fuyait le Nobel en 2016 (ici ), puis Fromentin en 2018 (ici), et Juliette Drouet en 2020 (ici).

Aristocrate des mots, tel était le qualificatif qui m’était venu alors en le lisant, et ce n’est pas pour rien si c’est probablement l’auteur que j’ai le plus chroniqué sur mon blog.

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La chambre de l’âme de Paule Amblard

« Cette histoire ne prend pas fin. La lecture d’un manuscrit s’arrête et les jours d’hôpital sont clos. Et pourtant, la maladie nous a laissé sa marque d’amour, intensément. Pendant cette période, je n’ai pensé à rien, à part demeurer auprès de ma « sœur amazone ». J’ai été témoin. Impuissante et présente. J’ai vu la solitude ressentie par celle dont le corps est faible et douloureux et son sentiment d’être abandonnée. Sans pouvoir y remédier. Dans ce dur creuset de la maladie, nous naissons. La maladie peut faire naître l’amour. Je sais, comme ma sœur, qu’il est plus fort que la mort. (…) Cette interruption de nos trajectoires fut le lieu de notre rencontre. Ce qui saigne peut être blessure divine et donner un supplément de vie »

Un coup de fil du paternel un soir de semaine m’enjoignit de regarder en replay la dernière émission de l’Esprit des Lettres avec cette indication (que je prends comme une magnifique marque d’amour, car elle signifie en creux qu’il me connait bien et y contribue) : « deux invités devraient te plaire et te toucher ».

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Le rond de serviette est-il de droite ? de Richard de Seze

« Notre époque est devenue si habile à déceler le politique qu’il n’est plus nécessaire de discuter et que chacun sait à quoi s’en tenir en quatre phrases et trois références : tel est de gauche, telle est de droite, nous sommes frères ou nous sommes ennemis selon que vous aurez cité Althusser ou Saint-Exupéry, apprécié La première gorgée de bière ou vanté Voyage au bout de la nuit. (…) Evidemment, des termes comme « nation », « patrie », « honneur » et « gaullisme » sont de droite et suffisent à marquer celui qui les utilise, alors que « dignité », « progrès », « éthique » et « républicain » sont de gauche, surtout quand il s’agit de parler de la GPA éthique et de tenue républicaine. »

Le clivage de nos sociétés est aujourd’hui si ancré dans nos rapports à l’autre, qu’il rend politiques les objets les plus insignifiants en apparence. Insignifiants, certes en apparence, quant à leur portée philosophique, métaphysique ou même économique mais extrêmement signifiants en ce qu’ils disent au fond quelque chose de notre rapport au monde.

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Parabole de Notre-Dame de Luc de Goustine

« Qu’a fait l’incendie d’en-haut, ce Lundi saint, par son irruption dans cette anatomie monumentale ? Il a fait s’écrouler la flèche à base octogonale qui prenait appui sur les piliers du transept. Celle-ci s’est tordue, détachée de la charpente en feu, a transpercé la voûte par son arc nord : pas à gauche, emplacement du Cœur Sacré laissé intact, mais « au côté », précisément au poumon droit dans lequel le soldat romain, pour vérifier que l’homme était bien mort, a fiché sa pointe de fer. »

Le 15 avril 2019, quelques mots se propagent comme une trainée de poudre : Notre-Dame brûle. Cet évènement a saisi le monde entier, des riverains jusque de l’autre côté de l’océan, témoignant ainsi de l’attachement que ce monument, exceptionnel à plus d’un titre, suscite dans le cœur de tout un chacun.

Pour les chrétiens, ce cataclysme qui intervient dans un lieu si chargé de sens, n’est pas sans revêtir une charge emblématique, voire allégorique, très forte.  Nous sommes le lundi Saint, le premier jour de la semaine qui conduit à Pâques, le feu en très peu de temps a embrasé la charpente, la flèche est tombée, les murs menaçaient de s’écrouler. Techniquement, les moyens déployés pour stopper le brasier étaient largement insuffisants, et pourtant l’incendie a pris fin, la tour nord ne s’est pas effondrée, la Sainte Couronne d’Epines et le Saint Sacrement ont été sauvés.

Dans un laps de temps comme suspendu, s’est opéré un carême en accéléré où le mot « miracle », qui a fleuri sur les lèvres, est venu témoigner de la Résurrection.

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Ton prochain de Luigi Santucci

« Dans la garde-robe de notre imaginaire dont nous habillons nos semblables, nous avons déniché une vague écharpe de soie blanche avec le mot « prochain » brodé en lettres d’or, et nous l’avons mis en bandoulière à ces sortes de gens qu’on disait : le vieil oncle (…), le cher ami (…) ou l’aveugle à qui nous faisons traverser la rue (…). Mais notre garde-robe, tout bien considéré, est très avare de ce genre d’écharpes, et nous laissons la grande majorité de nos semblables circuler sans cet accessoire symbolique. »

Si on ouvre un dictionnaire sur l’occurrence « prochain », on y trouvera la définition suivante : être humain considéré comme un semblable, considéré dans les relations entretenues avec lui, personne de proche. Dans ce cadre, il aisé d’imaginer que le prochain recouvre pour beaucoup la famille, les amis, et plus largement ceux qui nous entourent. La relation peut être plus ou moins facile, mais il est généralement acquis que notre attention et notre affection porteront plus spontanément sur cette sphère immédiate.

Il suffit cependant de regarder la vie des grands saints et de creuser le sens du mot prochain à l’aune de la charité, pour comprendre que le prochain revêt une toute autre dimension, englobant toute personne qui n’est pas soi, qui nous est agréable comme insupportable, aimante comme agaçante. Le prochain c’est le frère que nous n’avons pas choisi et qui se présente malgré tout sur notre route.

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L’homme du ressentiment de Max Scheler

« C’est à la suite d’un conflit intérieur d’une violence particulière qui met aux prises d’une part la rancune, la haine, l’envie, etc… et leurs modes d’expression, de l’autre l’impuissance, que ces sentiments prennent forme de ressentiment. (…) Il va de soi que le ressentiment ne peut déterminer que le faux jugement de valeur et les actes qui en découlent. (…) Dès là que l’homme du ressentiment ne parvient plus à justifier, à comprendre, à réaliser son être et sa vie, en fonction des valeurs positives ; dès là qu’une faiblesse, une peur, une angoisse l’empêche de se rendre maitre de ces choses ou de ces qualités, insensiblement, son sens des valeurs met tout en œuvre pour venir décréter que « tout cela n’est rien ». Par cette sublime vengeance, le ressentiment joue véritablement un rôle de créateur dans l’histoire des jugements moraux et des systèmes de morale. »

L’homme du ressentiment, c’est cet homme qui, par la force conjuguée de l’envie, du désir, de la haine, de la rancune, de la jalousie ou de la vengeance, et de son impuissance (physique, sociale, morale, intellectuelle, etc..) à pouvoir les assouvir, les exprimer ou les transcender, va entretenir un certain nombre d’émotions de nature à provoquer une déformation plus ou moins permanente du sens des valeurs et de sa faculté de jugement.

Au sein d’une société, plus les lieux de « décharge » de ces ressentiments sont restreints, plus les processus de refoulement sont violents. Autrement dit, plus les institutions telles que par exemple les tribunaux, lieux de justice, les organes de presse, lieux de liberté d’expression,  les parlements, lieu de représentation du peuple, sont défaillants ou ne remplissent plus leur rôle ; plus il existe une distorsion entre des droits affichés et une réalité effective, plus les mécanismes de ressentiment opèrent entrainant, suivant les stades, des dépressions, des haines,  des renversements de valeur jusqu’à, dans sa forme ultime, créer de nouveaux systèmes de morale.

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La nuit des choses de Marie-Hélène Gauthier

« Elle revenait inlassablement à cette interrogation reconduite, de la disparition progressive d’un homme empressé, entreprenant, qui s’était lancée dans une telle conquête, accumulant les lettres, les appels, les messages, entrant dans sa vie en grand coup de vent, l’occupant, l’encerclant, et qui avait dénoué les fils, sans clarté, sans disparaitre tout à fait, lui laissant le soin de porter les raisons de cela, d’en comprendre l’intention et le fait qu’on puisse envahir  puis déserter sans jamais reconnaitre l’engagement ni la trahison. (…) Il lui fallait s’assurer d’une place, d’une intimité vraie, d’un attachement sincère, parce qu’elle ne désirait jamais remplacer quelqu’un, chasser un souvenir, une histoire, empiéter sur un passé qu’elle respectait, mais arriver pour elle-même, mettre sa main libre dans la main librement tendue d’un geste qui l’inviterait. »

Certains livres sont des chefs-d ’œuvres, d’autres des classiques, quelques-uns des pépites pour une poignée de lecteurs ou des coups de cœur pour des libraires, des livres de chevet ou des têtes de gondole. Le coup de foudre pour un livre ne s’explique pas, il n’est pas nécessairement rationnel, son origine ne se niche pas seulement dans une forme d’écriture, ou une histoire, dans son caractère universel ou sa moralité.

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Le Lieutenant Burda de Ferdinand von Saar

« Il n’était pas seulement un officier très compétent et efficace, il avait acquis en outre, grâce à ses nombreuses lectures, une sorte de culture générale qu’il s’entendait à combiner avantageusement avec les bonnes manières d’un homme du monde. Comme chef, il passait pour sévère, mais juste ; face à ses supérieurs il affichait une attitude modeste, certes, mais tout à fait assurée ; avec ses camarades, il adoptait un comportement quelque peu retenu et réservé, mais était néanmoins toujours disposé à prêter fidèlement assistance à chacun en paroles et en actes. Nul ne veillait plus jalousement que lui à ce qu’on appelle l’esprit de corps, et sur tout ce le qui touchait en son honneur, il se révélait d’une sensibilité sourcilleuse. »

Ferdinand von Saar (1833-1906) intègre la lignée de ces écrivains qui ont tous les talents, auteur de tragédies mais surtout de nombreuses nouvelles, poète à ses heures, qui connut certes quelques heures de gloire mais qui pourtant fut éclipsé de son vivant par Zweig ou Schnitzler, et est resté injustement dans l’ombre en France notamment faute d’avoir été suffisamment traduit et publié.

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Au miroir de la montagne de W.S Merwin

« Je suis passé de Venise à la Sainte Montagne de la Vierge, à l’Athos, en à peine deux nuits. Chacun s’attendrait à ce qu’un tel passage soit source d’un contraste si abrupt et si entier qu’il en devienne choquant – un grand écart entre parfaits contraires. De fait, le contraste fut bien là, partout.  (…)  Au premier abord, ces deux lieux semblent avoir peu de choses en commun sinon la planète et ses révolutions, mais lorsque l’on passe de l’un à l’autre, cette simple pensée révèle d’autres liens. L’Athos et Venise se font écho comme paroles de l’être, en disent les dimensions et les trésors, et tous deux regardent bien au-delà de nous. Ni l’un ni l’autre n’appartiennent à notre siècle, pourtant tous deux donnent à entendre un sens qui, bien que partagé par de nombreuses époques, semble caractéristique du présent et de son allure : une touche de vertige, la sensation de pierres du gué s’enfonçant sous les pieds qu’elles aident à traverser. »

Inscrite sur la liste du patrimonial mondial de l’UNESCO depuis 1988, la communauté monastique orthodoxe du Mont Athos, en ce compris son territoire, ses constructions, ses œuvres d’art (icônes, fresques, livres) et son patrimoine immatériel (chants, gestes artistiques), regroupe aujourd’hui environ 2000 moines de nationalités diverses, répartis entre vingt monastères et une dizaine de skites.

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Les deux saisons de Paolo Barbaro

« Il croyait que tout – dans peu de temps peut-être – pourrait redevenir comme avant. Mais à mesure que l’été avançait, il commença à comprendre, à se rendre compte que la vie – justement quand on le voudrait – ne se répète pas, ne revient pas. Le deuxième été n’est fait que des souvenirs qui lui viennent du premier, précis jusqu’au plus infime détail, jusqu’aux détails qui semblaient toujours nouveaux et renouvelables sans fin (…) Mais les programmes de travail, les horaires des trains, les retards des bateaux, les orages d’été tourbillonnant dans la lagune viennent lui rappeler sans doute possible la succession des heures et des jours d’alors. »

Dans la poursuite de la découverte des œuvres parues aux éditions Conférence, Les deux saisons trouve tout naturellement sa place à la suite de Zéro avant Jésus-Christ en tant qu’œuvre de méditation sur le temps qui passe.

Les lieux où nos vies s’inscrivent, l’ensemble des instants qui viennent leur donner une coloration particulière – les rencontres, les saisons, la nature, un habitat – sont autant de sources de contemplation et de réflexion au crépuscule du temps qui arrive à sa fin et qui s’écoule à un rythme qui lui est propre, saison après saison.

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Zéro avant Jésus-Christ de Jean Chavot

« Ma cacophonie intérieure s’ordonnait selon une partition devenue audible. Pourquoi refuser plus longtemps d’appeler Dieu cette présence de l’infini que je ressentais au cœur de toute chose et au-delà de la réalité perçue (…) ? Au lieu de la nostalgie, c’est maintenant la joie d’être vivant qui me soulève. J’ouvre les yeux sur la rue transfigurée ; dans la simple beauté d’être des choses et des gens, je perçois le bonheur d’une existence infiniment plus large que celle dans laquelle se déroule ma vie singulière. Il n’y a pas d’ici et d’ailleurs, pas de passé ni d’avenir, tout est contenu dans l’instant éternel. (…) Le présent est entièrement habité par ce sentiment unique, et la vie n’est vécue dans son intensité que si on s’ouvre jusqu’au fond de soi à la mélancolie au lieu de la chasser comme une ombre. (…) Toute nostalgie est balayée par le sentiment de la vie éternelle qui comble mes failles, recolle mes fractures et réunifie tous les morceaux de moi en cet être solide, ancré et bien portant qui se retourne et pousse la porte de son destin. »

D’amie en éditeur, d’éditeur en livres, je découvre en cette fin du mois d’août cette petite merveille de récit qui me donne des ailes pour reprendre la plume sur ce blog et partager toute l’émotion qui me traversa à sa lecture.

Jean Chavot prête sa voix à Nicolas Ollier pour dresser le portrait d’une vie, sa vie, celle d’une naissance et d’une renaissance, et tel un peintre qui ajouterait progressivement des touches successives pour obtenir son chef d’œuvre à l’aune de toute une vie vécue, Jean Chavot nous dévoile des fragments de vie qui, assemblés dans un récit, convergent vers le point d’orgue final qui laisse sans voix et pantelant.

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La véritable histoire des Carmélites de Compiègne de William Bush

Apaiser la terreur

« Les idéologues avaient oublié que certains concepts ne meurent pas sous l’effet du vote majoritaire invoqué par un gouvernement progressiste. Leur résistance peut se révéler étonnamment tenance quand l’identité la plus profonde et la plus glorieuse d’un peuple est concernée.   Effacer toutes les traces de l’ancien pacte de France avec le Dieu chrétien ne devait pas se révéler un but aisé à atteindre. Aussi longtemps qu’un Français mourrait encore pour témoigner de son lien personnel avec le Dieu de ses pères, le gouvernement resterait impuissant à annihiler l’ancien pacte. »

Guillotinées sous la Terreur pour sédition et fanatisme, seize Carmélites de Compiègne ont été béatifiées en 1906 par Pie X.

A la demande des Evêques de France et de l’Ordre des Carmes Déchaux, le Pape François a autorisé au début du mois de février de cette année, l’ouverture de leur procès en canonisation par équipollence (sans nécessité de miracles).

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Zita, Impératrice courage de Jean Sévilla

Un fait est apparu dans presque tous les mouvements contre-révolutionnaires et dans beaucoup de tentatives de restauration : l’incapacité de certaines têtes à comprendre que le passé ne revient pas. L’histoire ne se refait pas. C’est ce que je dois enseigner à Otto. Toute révolution crée une situation qu’on ne peut ignorer. On ne doit pas oublier que même la monarchie aurait évolué dans le laps de temps où s’est déroulée une telle révolution. S’ils sont moralement fondés, on ne peut écarter les droits acquis lors d’une révolution, si on ne veut pas créer une nouvelle classe de dépossédés de leurs droits. Zita

Dans la série des couples inspirants pour nos contemporains, il est difficile de ne pas parler de Charles et Zita de Hasbourg.

Mariés respectivement à 24 et 19 ans, ils se firent cette promesse de s’aider l’un l’autre à aller au ciel, et ces mots ne restèrent pas vains puisque Charles fut béatifié par Jean-Paul II en 2004 et le procès en canonisation de Zita est en cours depuis 2009.

Destin singulier s’il en est, ils n’étaient pas appelés à régner (Charles était le 5ème dans l’ordre des successions) mais l’histoire en décida autrement avec notamment l’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo en 1914 qui propulsa Charles comme le successeur de l’empereur François-Joseph (mari de Sissi) qui mourut en 1916 à 86 ans. Charles, avec sa femme Zita, est couronné à 29 ans, Empereur d’Autriche et Roi de Hongrie.

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Adieu la liberté de Mathieu Slama

« Tout le long de la crise sanitaire, le gouvernement a été le zélé serviteur d’un peuple qui a oublié l’importance de sa propre Constitution, et qui se réveillera peut-être un jour, mais il sera sans doute trop tard.  La France entière fut prise d’une fureur disciplinaire et répressive, comme si la crise sanitaire avait réveillé chez les Français une passion de l’enfermement en même temps qu’une haine profonde de la liberté. Quand nous acceptons de nous confiner et que nous nous révoltons non pas contre le gouvernement mais contre ceux qui ne respectent pas les règles, nous oublions ce qu’est la liberté ».

Dans le système proprement orwellien au sein duquel nous avons vécu dès le 20 mars 2020 dès le début de la crise sanitaire que nous avons traversée, et qui nous laisse penser qu’elle est loin d’être terminée, un livre comme celui de Mathieu Slama fait presque figure d’ovni dans le paysage littéraire, voire médiatique.

Quelques voix se sont élevées en vain ou vite étouffées pour décrire et mettre en garde contre les dérives que les mesures dites sanitaires ont justifiées pour mettre fin à la pandémie, beaucoup sur le plan scientifique, quelques-unes sur le plan psychologique ou philosophique, peu curieusement sur le plan juridique. Et pourtant, au-delà des considérations scientifiques ou médicales sur le virus proprement dit dont il n’est pas question ici, les plus graves atteintes portées à l’ensemble des citoyens durant toute cette crise, sont celles relatives à sa liberté et plus largement à la notion d’Etat de droit.

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Les Grandes Amitiés de Raïssa Maritain

« Dans ce livre des Aventures de la Grâce, j’ai essayé de dire ce qu’il m’a été donné de connaître de l’extraordinaire floraison spirituelle qui a précédé et suivi en France la première guerre mondiale. Rien n’est plus riche d’humanité et ne révèle mieux les trésors cachés de notre pays, que ces aventures, intemporelles et temporelles à la fois, dans lesquelles tant de personnalités puissantes ont été alors engagées. »

Entre 1905 et 1914, pendant que la France, à la veille de la 1ère guerre mondiale était en proie à des déchirements internes puissants teintés de forts anticléricalismes, une jeunesse intellectuelle est née qui a marqué durablement son époque et les générations suivantes.

C’est cette époque que Raïssa décrit dans les Grandes amitiés, puis celle qui précéda la seconde guerre, et à travers ces amitiés puissantes qui sont autant d’itinéraires spirituels, ce fut également le sien, et celui de son époux Jacques que nous parcourons.

Le couple Maritain a eu ceci d’extraordinaire d’être resté fidèle à la force qui les habitait, où le désir de connaissance a rejoint celui de l’amour, où le besoin de viscéral d’un ordre de l’esprit s’est épanoui dans celui de la charité.

Raïssa porte en elle et décrit si bien cette soif d’illumination de l’intelligence par la transcendance, ce besoin de cohérence et de recherche de vérité comme nécessité vitale, qu’immergée au sein de grands intellectuels, artistes, peintres, poètes, écrivains, elle est un guide et un témoin incroyable du destin singulier des âmes qui cherchent la Vérité et tentent de s’y conformer en pensée et en actes.

Raïssa, c’est une âme éprise de Dieu, et cependant présente à la vie du monde, tout particulièrement aux mouvements de pensée et à la recherche artistique qui caractérisent son époque.

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Résister au mensonge de Rod Dreher

Vivre en chrétiens dissidents

« Une société est totalitaire si une idéologie cherche à y transformer toutes les traditions et institutions antérieures afin d’en contrôler tous les aspects. Un Etat est totalitaire lorsqu’il aspire tout bonnement à définir et contrôler le réel. Ce sont les dirigeants qui décident de ce que sera la vérité. (…) Le totalitarisme d’aujourd’hui exige l’allégeance à un ensemble de croyances progressistes incompatibles avec la plus élémentaire logique. (…)

Le soft totalitarisme exploite la préférence décadente de l’homme moderne pour les plaisirs personnels plutôt que pour de grands principes, dont les libertés politiques. Le peuple n’offrira aucune résistance (quand il ne le soutiendra pas carrément), non parce qu’il craindrait qu’on lui fasse subir des châtiments cruels, mais parce qu’il sera plus ou moins satisfait de son confort hédoniste. »

Une minorité déterminée peut régner sur une majorité indifférente et désengagée, autrement dit, la minorité dirigeante, même si elle n’est pas le reflet de la pensée majoritaire, a le pouvoir et la capacité de s’infiltrer dans tous les organes institutionnels (école, justice, médias, organismes divers, églises) au point d’imposer un discours, qui bien que déconnecté du réel ou donnant une fausse impression du réel, devient une norme autour de laquelle viennent s’articuler une méthode de penser et une façon d’être.

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Les feux de Notre-Dame de François Bert

« Ses deux tours, imperturbables, semblent porter le deuil et tenir néanmoins audience, comme une reine de France poussée à la régence l’heure suivant l’agonie de son roi de mari, tandis que le jeune héritier n’est pas encore prêt à régner. L’éprouvée retenant ses larmes exprime alors tout ce qui peut exister de noble en cette circonstance : silencieuse dignité, effacement de la volonté propre pour être le visage de la communauté, pas vertigineux vers le courage pour que perdure l’avancée. (…) Se détachant nettement des gravas enchevêtrés, une croix dorée reçoit la lumière comme si un projecteur lui était adressé du ciel. »

Les romans de François Bert sont toujours l’occasion de grands rendez-vous avec soi-même. Partant d’une réalité partagée, François a ce talent, qui touchera les amoureux des profondeurs et des ressorts cachés, de décrire ces moments de vie où tout bascule.

L’incendie de Notre-Dame a brisé cruellement le cœur de nombreux Français, comme un signal d’alarme qui viendrait réveiller nos consciences endormies face à un intemporel que l’on croyait indestructible.

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Catholiques de tous les partis, engagez-vous ! de Clotilde Brossollet

Catholiques de tous les partis, engagez-vous de Clotilde Brossollet

 « La politique est l’art de gouverner la cité, elle s’incarne ainsi dans des discours, des pratiques et une action rationnelle qui vise l’organisation de la société. (…) La doctrine chrétienne confère une ambition bien plus grande à la politique car, pour elle, la politique n’est pas une nécessité dictée uniquement par la vie sociale, elle découle de la nature même de l’homme. La politique doit être ordonnée au plus grand des biens, c’est-à-dire le bien commun, dont l’essence est non seulement temporelle mais aussi spirituelle. Si le bien commun doit profiter à tous, il doit aussi favoriser l’accession des âmes à la béatitude céleste. La responsabilité politique est donc immense car elle doit prendre sa part dans l’économie du Salut. (…) Les catholiques sont, dans l’espace public, des citoyens comme les autres auxquels incombent les mêmes droits et devoirs (…) mais notre foi fait de nous des citoyens à la double appartenance. »

Ce à quoi nous assistons aujourd’hui dépasse l’inimaginable. Une minorité décriée tente en vain de faire entendre sa voix mais les têtes tombent les unes après les autres par voie de censure, radiation, mise au pilori, interdictions diverses et variées. C’est une déferlante silencieuse qui jette sur les bas-côtés tous ceux qui ne sont pas montés sur la vague.

A l’échelle individuelle, ce sont des drames intenses qui se jouent, des déchirements, et des choix à opérer qui semblaient inenvisageables il y a 18 mois. Il suffit de lire, écouter, voir les témoignages de celles et ceux qui se retrouvent à la marge pour ne pas douter une seconde que le monde est réellement devenu fou. Hier, 15 septembre, les premières suspensions ont été prononcées : pompiers, personnel soignant, c’est un gâchis monumental.

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Quand le monde s’emballe …

«Les victoires sont nécessaires aux gouvernements, les défaites aux peuples. Après la victoire, on veut d’autres victoires encore; après une défaite, on veut la liberté et généralement on l’obtient. Les défaites sont nécessaires aux peuples comme les souffrances et les malheurs à l’individu : ils vous obligent à approfondir votre vie intérieure, à vous élever spirituellement.

Dans la vie de chaque homme, il y a un évènement qui le détermine tout entier, détermine aussi bien son destin que ses convictions et ses passions.

Alexandre Soljenitsyne

« Le mensonge est tactiquement planifié contre le dialogue, ce mensonge qui abuse l’homme, qui utilise la fausse propagande, qui exaspère l’agressivité. Le dialogue devient infructueux quand les parties se soumettent à des idéologies contraires à la dignité humaine, qui voient dans la lutte le moteur principal de l’histoire, dans la force la source de la vérité, et dans la discrimination des citoyens entre amis et ennemis la première règle de la politique. Le dialogue n’est pas un effet tactique, mais un effort sincère pour trouver une réponse et pour amener la concorde parmi les souffrances, la douleur et la lassitude des multitudes assoiffées de paix… »

Jerzy Popiełuszko

On dit qu’après le temps de la colère, vient le temps de l’apaisement, puis celui de l’action. Pour ma part, je suis en plein dans le temps de la colère et elle n’est pas prête à retomber.

Nous assistons à l’émergence d’une idéologie folle qui s’emballe et entraine dans son sillage toute une civilisation déjà bien affaiblie. Une idéologie folle qui aux motifs affichés de protection de la vie et de bien commun devient intolérante et discriminatoire pour ceux qui n’y adhèrent pas. Une idéologie folle qui ne souffre d’aucune contradiction et disqualifie sur tous les plans ceux qui par vertu de prudence émettent des réserves ou des oppositions.

Il n’est plus tolérable que dans une indifférence générale, nos élites et ceux qui ont pour mission de conduire nos âmes se couchent ainsi devant cette machine infernale qui n’a qu’une seule alternative : tu adhères ou tu es exclu.

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Coups de coeur… comme diraient les libraires

Quand je lis les critiques littéraires de certains, je suis toute tremblante d’admiration par la vitalité, la talent et l’érudition qu’ils y mettent. Un grand critique à mon sens est celui qui non seulement parle de l’œuvre, mais également de l’écrivain à travers son œuvre, autrement dit, arrive nous faire comprendre comment le style et la pensée réunis concourent à faire œuvre littéraire, de telle sorte que le livre une fois ouvert voire même déjà lu, s’éclaire et s’illumine d’un jour nouveau. Nous avons tous en tête des grands classiques présentés comme des chefs-d’œuvre qui nous ont barbé comme les pierres, et c’est parfois des années après, la maturité et un prisme nouveau aidant, que nous avons pu parfois en savourer tout le génie.

Je me sens toute petite quand ensuite je viens ici vous parler des livres que j’ai aimés car mes billets, de littéraires, ils en ont peut-être la couleur des mots, mais de critiques il n’en est assurément rien, faute de talent en ce domaine et de savoir surtout. Je ne suis qu’un pèlerin autodidacte qui puise dans un labyrinthe infini les lumières plus ou moins vives que j’arrive à saisir et qui ressent le besoin de les faire partager, à travers le filtre de ma personnalité. Car ce qui m’importe ici, sur ce blog, ce n’est pas tant le livre, art sacralisé par certains qui taillent à la serpette tous ceux qui n’entrent pas dans le pinacle à leurs yeux, à raison parfois ceci dit, mais bien comment le livre, parmi tant d’autres sources, peut permettre de faire coïncider nos vies avec nos aspirations profondes.  Comment, ce qui vient d’ailleurs, d’en-Haut, des autres, peut transcender notre propre chemin pour le rendre plus noble, plus beau, plus vivable, plus vivant, en un mot : engagé. Engagé, au sens bernanosien du terme, en y mettant son corps et son âme, en osant et se risquant pour l’éternité.

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Confusion de la rhétorique

A défaut d’avoir les idées toujours très claires, nos hommes politiques ont en revanche l’art de la tournure stylistique, non pas en pleine conscience qui ferait suite à un apprentissage rigoureux et éprouvé de la rhétorique qui souffrirait une contradiction difficile pour des rhéteurs peu aguerris, mais de façon quasi innée assortie d’une assurance sans faille,  ce qui, poussé à cette extrémité, frise au génie et à l’admiration. Au génie si si, car à moult reprises, quand tu les écoutes, ton esprit est tellement en état de confusion, que tu ne peux qu’acquiescer tant le cerveau se crispe, la mâchoire tombe, la main s’agite frénétiquement, le buste oscille d’avant en arrière, jusqu’à tomber à genoux les bras en avant en une inclinaison de soumission parfaite.

Il faut être brillant pour manier à ce degré une telle rhétorique de la confusion,  où le choix des mots, associés normalement à une définition communément acceptée telle qu’indiquée dans un ouvrage grand public appelé dictionnaire,  ne dépend pas de ce qu’on a à dire, mais de l’effet qu’on veut produire en le disant. Le vague de la pensée, pour ne pas dire la vacuité ce qui serait désagréable j’en conviens, crée ainsi une ambiguïté vis-à-vis de laquelle le citoyen de bonne foi finit par ne plus savoir où il habite, voire même finit par dire l’inverse de ce qu’il penserait spontanément.

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Le chemin des estives de Charles Wright

« L’année au noviciat m’avait éreinté. Elle m’avait mis une nouvelle fois en face de mon inaptitude à épouser une forme de vie. Les existences stériles sont celles qui ne se décident pas. La mienne était une hésitation incessante. (…) Je ne sais pas choisir de direction. (…) Un Père de l’Eglise d’Orient a écrit que la vocation de l’homme est de « puiser inépuisablement à l’Inépuisable. » Il me fallait une dose d’infini sous peine de dépérir. D’urgence, j’avais besoin de retrouver ce qu’il y a d’immense, d’éternel, de divin en chacun de nous, et m’immerger dans des paysages qui donnent l’éveil à ces parts profondes de l’homme. (…) Et je suis parti sur le chemin des estives.»

Charles Wright, qui nous avait offert en 2018 un livre admirable sur la vie de Dom Louf intitulé Le chemin du cœur que j’avais chroniqué ici, nous propose ici un autre chemin, un chemin plus personnel. A 37 ans, à l’occasion de son noviciat chez les Jésuites qu’il finira par quitter, il lui est demandé, avec un autre compagnon de route, d’expérimenter pendant un mois la vie d’un pèlerin mendiant. Et il part, avec un sac à dos, sur les chemins de la Creuse, du Massif central, de la France cantonale comme il le dit lui-même, en direction de Notre-Dame des Neiges. Ce livre est le fruit de ce qu’il a noté jour après jour, avec Rimbaud dans une main et l’Imitation de Jésus-Christ dans une autre.

Charles Wright ne ménage pas sa peine à nous décrire son parcours, ses déconvenues, ses joies, ses difficultés, l’hospitalité des gens qu’il croise, les églises fermées, une France presque oubliée de gens simples que l’agitation des grandes villes n’atteint pas. Il nous offre de très belles pages sur la nature, les vaches qu’il affectionne particulièrement, la pauvreté évangélique, l’abandon, la confiance. En érudit qu’il est, il émaille son livre de belles citations qui prennent tous leurs sens à l’orée de son dénuement, de ses longues marches et paysages souvent désertiques.

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Lectures pour temps de crise

« Nous devons prendre nos responsabilités » a dit monsieur le Président ce soir et ce n’est pas de la poudre de perlimpinpin. Non, non, non.

Chanceux sommes-nous, notre territoire de 10 km à la ronde peut s’arpenter sans attestation, et nous gardons nos enfants à la maison rien que pour nous, sans pouvoir les partager. Le « non-essentiel » nous est toujours interdit, ce qui est une occasion rare de poursuivre l’expérience de la sobriété heureuse et de la notion de « lèche-vitrine ». Si les Français ont le sentiment de trinquer, c’est sans alcool cela dit. Il a dû avoir une mauvaise expérience monsieur le Président avec une bière partagée à l’occasion d’un repas tiré du sac pour opérer une telle fixette sur la seule fantaisie qu’il était encore possible d’envisager en extérieur entre amis, heu citoyens pardon. Cela m’échappe, mais comme il était vraiment sérieux en insistant sur ce point, je m’incline béatement, acceptant de prendre mes responsabilités.

Je vais donc consacrer ce billet à tous les audacieux, les courageux, les téméraires qui ont vu leur livre sortir en plein Covid et qui me l’ont adressé dédicacé.

Cela ne nous empêche pas de les lire, bien évidemment, en revanche, adieu les promos, les salons, les librairies, tous ces lieux de rencontre qui rendent le livre vivant et contribuent à son partage. Mais comme nous devons rester responsables, ce ne sera pas demain que nous pourrons nous serrer la pince ni même nous claquer la bise, gestes barrières obligent.

Certains auteurs deviennent des amis, des amis des mots à tout le moins, de la pensée, de l’émotion, et je les remercie de tous ceux écrits de leurs mains sur les premières pages, qui me font tant plaisir à lire et rendent l’objet unique.

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Injonctions paradoxales

Je me demandais pourquoi j’avais régulièrement tendance à avoir le cerveau qui vrillait ces derniers temps, et ce n’était pas faute d’en rechercher la cause. Vous me répondrez que c’est la Covid, le confinement, le couvre-feu, etc … tout cela est vrai en partie, mais ce n’était pas que ça. Et euréka, alléluia : je l’ai trouvé l’origine. Elle se résume en une merveilleuse expression qui s’intitule « l’injonction paradoxale », qui n’est certes pas un concept nouveau puisque Georges Orwell en parlait déjà dans 1984, mais dont je n’avais pas fait l’expérience à si grande échelle.

Tout de suite, j’en livre la définition pour ceux qui comme moi n’ont pas en tête la mémoire de tous les classiques : la notion d’injonctions paradoxales correspond au fait que l’on donne deux ordres ou consignes à un individu sans que celui-ci puisse en mettre un à exécution sans violer l’autre, en essayant d’obtenir de lui ce qu’il ne veut pas faire, en utilisant de surcroit des ressorts affectifs ou essentiels pour lui.

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La grâce de Thibault de Montaigu

« Alors, j’ai senti en moi, une minuscule fleur de lumière qui commençait à grandir. Qui s’épanouissait au son des notes. Se répandait à travers ma poitrine. Irradiait ma gorge et mon crâne. Jusqu’à emplir tout l’espace. Dieu était là, à l’intérieur de moi et derrière toute chose. Ici et nulle part à la fois, dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand, immergé dans l’univers et l’univers immergé en lui… Alors je me suis mis à pleurer comme jamais de ma vie. Les hymnes montaient aux cieux et je me sentais littéralement déchiré de joie. (…). Et je me demandais s’il me serait donné de la garder en moi vivante. »

Prenez un écrivain à la plume sans fard, limpide, talentueuse. Rajoutez un récit de conversation personnelle. Mêlez-y une quête sur un oncle devenu franciscain à 37 ans. Mélangez ces deux parcours de vie qui se croisent et se font écho, et vous obtenez un merveilleux récit qui vous happe de la première à la dernière page.

Merveilleux, car oui il y a de l’exceptionnel, de l’extraordinaire dans toute conversion qui fait basculer des destins dans une dimension qui les dépasse, les transforme, les dirige dans une voie qui aurait été inimaginable quelques années auparavant. Il y a quelque chose de prodigieux à lire à travers les mots d’un converti toute la beauté de la Foi, le sens de la miséricorde, la grandeur de l’amour de Dieu qui guérit et qui redresse.

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Confinement, le retour

Personnellement, je ne croyais pas cela possible mais à se retourner sur les semaines passées, force est de constater que chaque semaine a eu son lot d’interdictions, préconisations, sanctions, avec à chaque fois un cran supplémentaire. Le couvre-feu à peine lancé, voici que nous sommes à nouveau confinés. Du confinement » light » disent certains. Light à condition de ne pas être un petit commerçant, ni un indépendant, ni un restaurateur, de ne pas être pratiquant, de ne pas aimer la vie culturelle, de ne pas avoir d’amis, de ne pas aimer le sport en salle, bref ….  Si tu es un moine chartreux, effectivement le confinement ça ne change pas grand-chose.

Si tu aimes sortir, recevoir, partager, boire des cafés en terrasse, flâner en librairie, aller au théâtre, s’embrasser, se prendre dans les bras, remplir ton agenda de sorties impromptues, de choses à voir, de personnes à découvrir, tout ce qui fait en gros le sel de la vie, le confinement version « rebelote » il est d’une tristitude infinie.

Gravée aux frontons de nos maisons, la nouvelle devise tient en quatre lettres : GMDS  – Gel- Masque – Distanciation Sociale.

Et quitte à nous rendre encore plus fous, désormais tu « click & collect », tu regardes ton curé sur « youtube », tu dénonces « tes points contacts », tu dois choisir si tu travailles « en présentiel » ou « en distanciel », tu peux acheter de l’alcool mais pas de livres, remplir ton frigo de victuailles à t’en faire péter la panse mais ni te faire épiler ou couper les cheveux, tu ne peux pas aller à plus d’1 km de chez toi à pied pour prendre l’air mais t’entasser dans le métro si.

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Les photos d’enfants

Quand nos enfants sont petits, vous remarquerez que l’émerveillement est aisé : sur les what’s app familiaux, les photos sont envoyées, likées, des « oh qu’ils sont mignons » fusent à tout bras, les petites phrases sont répétées à l’envi. C’est la période où les courtes nuits, les difficultés, les fatigues, les doutes s’effacent rapidement devant ces têtes d’ange qui savent vous faire fondre comme personne. Tout le monde s’extasie, cherche des ressemblances. Il marche à quatre pattes ? il s’assoit ? aime les carottes ? il parle ? oh il a une dent ! il est en avance dis donc. Puis viennent les photos des premières rentrées des classes, des cartables, des anniversaires… ça vous tient un forum de discussions à elles toute seules ces photos d’enfants.

Et puis tac… un jour, les photos se font plus rares. Et paf … on a moins de choses à raconter d’un coup. Car LA photo potable de nos ados, elle coûte cher en efforts. C’est le marathon des recommandations : arrête de te tortiller, souris, pas ce sourire benêt merci, un vrai sourire, pas de doigts en V au-dessous de la tête de ta sœur, s’il te plaît tiens toi correctement c’est pour ta grand-mère, et les cheveux, il est possible de les coiffer juste le temps de la photo, non je ne vais pas faire de photos cool avec des oreilles de chat ou des yeux de manga…. Argh, grrrrrr…

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Liberté d’inexpression d’Anne-Sophie Chazaud

Nouvelles formes de la censure contemporaine

« De la tuerie sanglante d’une rédaction de presse satirique à de multiples conférences universitaires supprimées, d’expositions censurées en œuvres expurgées ou modifiées, de procès en lynchages, de lois liberticides en chasse aux phobes de tout poil, c’est toute la sphère possible des modes d’expression les plus variés qui s’est trouvée frappée d’interdits, de pressions et d’inquisitions aussi loufoques que tragiques dans un vaste mouvement de censure polymorphe qui s’est précipité et aggloméré en quelques années.

Entre les injonctions morales du politiquement correct, les revendications atomisées d’individus agitant infantilement leur toute-puissance, la tyrannie inquisitoriale de minorités militantes, le retour d’un obscurantisme religieux violemment intolérant, une accumulation de lois toujours plus liberticides émanant d’un pouvoir politique transformé en chasseur de phobies comme d’autres épinglent les papillons, toute la question qui se pose à nous, est de comprendre comment ces différentes formes de censure s’organisent les unes par rapport aux autres, se complètent, s’articulent et forment un système dont nous tentons ici de mettre en évidence la structure. »

Si un livre est particulièrement criant de vérité en cette période et doit être lu, relu et offert, c’est bien le livre d’Anne-Sophie Chazaud publié en septembre dernier.

« Liberté d’inexpression » quand tu nous tiens, tu es tenace et il faut des actes  d’une atrocité innommable, réitérés sur notre territoire, pour que peut-être les yeux se dessillent enfin et les oreilles se débouchent.

Le « on ne peut plus rien dire », dont j’ai maintes fois usé moi-même en me faisant souvent décrier, devient enfin audible, si ce n’est qu’à bien y réfléchir le verbe « pouvoir » est mal ajusté et doit laisser la place à celui  « d’oser ».

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Ose la petite robe rouge de Françoise Evenou et Emmanuel Bourceret

« C’est miraculeux, oui. Jamais je n’aurais imaginé tout ce que je pouvais accomplir. A quoi ça tient au fond ? Au regard de l’autre. Celui qui vous dit, tu existes, tu comptes à mes yeux, tu as des ressources inestimables, tu es unique. Se risquer, oser. Elargir la définition que nous avons de nous-mêmes. Remplacer les « je dois » par « je décide », les « il faut » par « j’ai envie ». L’approbation des autres ne devait pas être mon objectif. (…) Toute rencontre que nous faisons dans notre vie ne se passe d’un sens secret. Ces relations d’amitié, d’amour. Certaines durent une vie, d’autres ne sont que des étoiles filantes. Et alors ? L’éclat ne brille qu’un instant, oui mais quel éclat, quelle intensité ! Durée, intensité ? Faut-il choisir ? »

Une faible estime de soi conduit à devenir son pire ennemi.

Vous savez, cette petite voix intérieure qui vous susurre « tu n’es pas capable », « tu es nulle », « tu n’es pas intéressante », cette peur qui vous paralyse et vous laisse à penser que, l’« autre », cette entité qui vous entoure, vaut toujours mieux que soi.

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Cora dans la spirale de Vincent Message

 « Dans mon entourage, parmi mes amis, ou au journal, les rares auxquels j’ai parlé du projet ont affiché des airs perplexes. (…) C’est vrai que c’est une toute petite histoire parmi toutes les histoires du monde. Mais seulement jusqu’à temps qu’on se dise qu’il n’y a pas de petite histoire. Car aux changements de noms près, c’est de nous qu’il s’agit. Le combat qui a cessé quelque part reprend ailleurs, et c’est le même combat. (…) Cela commence sans nous, toujours, la vie des gens comme celles des choses. Un jour nous arrivons : enfants dans une famille, adultes dans un nouveau pays ou un nouveau travail. Nous mettons souvent beaucoup de temps à comprendre ce qui s’est passé avant, pourquoi ceux qui nous entourent réagissent comme cela, quels conflits ou quels drames ont fait s’ouvrir les failles qu’on entrevoit en eux. C’est la masse du passé qui a décidé du présent. (…) Il existe un tas de gens que ça n’intéresse pas de sonder ces profondeurs d’histoire, et qui ne veulent en savoir que ce qui est nécessaire pour mener leur vie à eux. Il y en a d’autres que cela fascine. »

L’injonction au bien-être dans notre société tout en coupant à la racine ce qui peut procurer un bonheur profond et durable est l’un des plus grands paradoxes de notre société où tous les voyants sont au rouge pour qui prend le temps de regarder et d’analyser, mais sont vus verts et luminescents pour qui veut se convaincre que c’est comme ça qu’il faut faire au risque de tordre ou nier la réalité.

Ne pas l’accepter, c’est passer pour rétrograde, refuser le progrès, la marche inéluctable de la modernisation et il en faut peu pour qu’une bonhomie naturelle proche d’une naïveté joyeuse se prenne rapidement dans les dents le toboggan de la dégringolade qui vous place rapidement hors du système.

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L’éveil de Mademoiselle Prim de Natalia Sanmartin Fenollera

« Il y a des personnes qui un beau jour prennent conscience qu’il leur manque la pièce principale d’un puzzle qu’elles ne peuvent terminer. Elles sentent juste que quelque chose ne fonctionne pas ou qu’absolument rien ne fonctionne, jusqu’à ce qu’elles découvrent ou, plus exactement, jusqu’à ce qu’on leur permette de découvrir la pièce qui manque. »

Nous vivons au sein d’une époque où les ressorts de la pensée sont si malmenés par les injonctions sociétales qui agitent le goupillon de la culpabilité dès lors que nous avons l’heur de ne pas être en mode « ravi de la crèche », où même notre église semble bien souvent déroutante de conformisme et de tiédeur, où les mots sont galvaudés et perdent leur sens, qu’il est aisé de se sentir totalement désorientés.

Pour ma part, je le suis fréquemment, au point même de me demander parfois si je ne me suis pas fourvoyée sur l’ensemble de mes convictions, de mes valeurs, si ce qui peut me faire vibrer ou m’exalter ne serait pas suranné, si ce que j’aimerais défendre pour un monde que j’estime plus juste, plus humain, ne serait pas une vue de l’esprit, si l’amour de notre histoire, de notre pays ne serait pas une façon de fuir le réel. Anesthésie de la pensée, nuit de la raison, conscience atrophiée, autant de maux qui nous affligent parfois et laissent un vide abyssal.

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Le moine et la comtesse

Dom Guéranger – Madame Swetchine – Correspondance (1833-1854)

« Il faut avouer que c’est un grand bonheur que d’être chrétien !  Ainsi nous partons pour aller à Dieu et notre départ, tout en désolant nos vrais amis parce qu’ils seront longtemps sans nous voir, notre départ ne brise point leur cœur. C’est un adieu, mais un adieu jusqu’au revoir. (…) Je demande à notre Seigneur de me rendre meilleur afin d’être moins indigne d’être exaucé quand je prie pour vous. »

Dom Guéranger

« Que je vous dise combien j’aime vos lettres, leur naturel, leur abandon, leur mouvement qui vient de l’âme, et qui met si bien même l’esprit que vous avez à sa véritable place qui est la seconde, et cette douce chaleur si pleine de vie et dont la source est si évidente. Vos lettres me font un vrai, un sensible plaisir, celui d’être comprise, répondue avant d’avoir parlé, et de trouver dans leur accent, dans l’impression d’un autre, cet unisson que je préfère à toutes les merveilles composées de l’harmonie. »

Comtesse Swetchine

Au début de l’année 1833, l’abbé Guéranger, alors âgé de 28 ans, s’installe à Solesmes avec une poignée de candidats dans l’espoir de restaurer l’abbaye et rétablir l’ordre religieux des bénédictins en France. Très rapidement, les besoins pécuniaires se faisant ressentir, l’abbé Guéranger se rend à Paris pour tenter d’obtenir quelques dons et profite de cette occasion pour se faire introduire dans le salon de la Comtesse Swetchine réputé pour y recevoir l’élite intellectuelle et spirituelle de l’époque.

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Lettres à un jeune homme de Max Jacob

1941-1944

« Oui ! Le culte de la Beauté amène à Dieu quand celui qui cultive raisonne l’esthétique. L’idéal absolu est Dieu lui-même. Je crois que le culte du vrai et du Bien a le même résultat : le tout est de voir au-dessus de la vie quotidienne, et tu as raison là-dessus mais ne spécialise pas le Beau. Le Beau est aussi bien une bonne œuvre charitable, un mot sorti de l’âme même, quand cette âme est belle, un geste spontané généreux. La grande affaire est la charité, laquelle est un mélange de compréhension et d’amour. Dans ce sens tout est beauté qui vient de la charité. »

La Princesse Swetchine écrivait à l’Abbé Guéranger en 1833 cette phrase que je trouve magnifique : « Bien des gens aiment mon cœur, mais personne, personne plus n’aime mon âme, et que je fasse une chute ou un progrès, je n’ai plus une conscience qui s’identifie à ma conscience, qui fasse de mon repos son repos et une partie de sa félicité future, de celle qu’elle me prépare. »

En refermant ces livres de correspondances, la première chose qui me vient à l’esprit est de souhaiter à chacun de pouvoir nourrir et entretenir de tels échanges avec des êtres qui vous portent. Ces relations épistolaires, qui ont malheureusement moins cours aujourd’hui sauf peut-être entre amoureux des mots et du papier, portent en elles une universalité qui dépasse la relation qui les a fait naître.

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Tant pis pour l’amour de Sophie Lambda

Ou comment j’ai survécu à un manipulateur

Il était une fois,

Un homme et une femme qui se rencontrèrent, s’aimèrent, se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

Telle est la fin des contes de fée dont personne ne s’est jamais risqué à en écrire la suite, tant il est loisible de croire, avec un peu de recul, que la réalité rattrapant la fiction, elle pourrait laisser un goût un peu moins merveilleux dans le cœur des petites filles qui ont cette aptitude à laisser leur imagination vagabonder.

Ce serait cependant faire preuve de peu de maturité affective que de laisser penser que le conte de fée d’un couple ne serait possible qu’exempt de toutes épreuves et difficultés et je veux croire que le merveilleux réside justement dans cette capacité à tenir envers et contre tout, en se tenant solidement arrimés à la barre de cette frêle embarcation que deux pauvres êtres ont choisie pour mener leur route ensemble.

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Juliette de Patrick Tudoret

Victor Hugo, mon fol amour

« J’ai pleuré, j’ai ri. Tant ri … Avec lui, j’ai exulté de joie, de plaisir, mais j’ai souffert aussi. J’ai haï parfois, mais sans suite. J’ai envié, j’ai prié, mais surtout j’ai aimé. Je le jure devant tous, j’ai aimé !  Je l’aimé ce Victor comme une folle, malgré moi, malgré lui, malgré le monde entier, grâce à Dieu et malgré le diable qui parfois s’en mêla aussi … Cinquante années d’amour fou, total, absolu, telles que nous les avons vécues, lui et moi, ne valent-elles pas le plus beau des mariages ?

Songe-t-il parfois à tout le mal qu’il m’a fait, à tous ces coups portés à notre amour ? Mais allez, je ne veux plus savoir de lui que le miracle qu’il fut pour moi pendant cinquante ans, qu’il est encore chaque jour. »

De l’ombre, elle n’en revêt que les couleurs aux yeux du monde qui l’a au pire oubliée, au mieux l’estampille comme la simple « compagne » de Victor Hugo qui n’aurait d’autres substances que celle d’être accolée à cet homme ô combien illustre.

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La conversion de Don Juan de Fabrice Hadjadj

« Dona Elvire : Vous avez voulu lui jeter son passé à la figure. Vous l’avez forcé à regarder en arrière. Ne fallait-il pas laisser les morts ensevelir les morts ? Non, vous l’avez contraint, lui, le vivant, à exhumer son cadavre. Si l’on vous faisait voir, à vous, dans un éclair, tous vos péchés passés, ne seriez-vous pas comme lui foudroyé ? Si je venais à vous comme ça, collant contre vous un corps où sont encore les égratignures de vos ongles, approchant une bouche que le goût de votre vice n’a pas fini d’imprégner, ne reculeriez-vous pas d’effroi ? Ne commettriez-vous pas cet acte désespéré ? (…)Les exercices spirituels, rien à voir avec quelqu’un qui touche vraiment ses fautes, qui en mange la putréfaction, qui en éprouve l’horreur infinie, capable de le faire mourir. (…) Vous l’avez placé haut, plus haut qu’il ne le voulait, qu’il ne le pouvait, parce que cette élévation n’était pas la sienne mais la vôtre (…) et vous êtes à présent comme le père qui en veut à son enfant de n’avoir pas réalisé son idéal. »

Ecrite dix ans après sa propre conversion, cette pièce de Fabrice Hadjadj n’est cependant publiée qu’en 2019 aux éditions Ad Solem, à l’occasion de sa première au Théâtre Auguste le 4 octobre dernier.

Dans une mise en scène épurée, que l’on doit à son épouse Siffreine Michel, portée par une interprétation habitée et talentueuse de ses (anciens ?) élèves de Philanthropos, cette pièce en trois actes de plus de deux heures interpelle finement le spectateur sur les thèmes de la miséricorde, de la vertu, de la foi et de la rédemption.  

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Seul ce qui brûle de Christiane Singer

« La longue gestation de tout changement reste invisible à l’œil nu. (…) Il ne faut jamais faire semblant de croire que les choses telles qu’elles se produisent dans nos vies soient évitables. Ce serait la source d’une inutile souffrance. (…) J’eus la chance insensée d’être remise chaque jour au monde par son regard. (…) Au lieu de subir ce à quoi on n’échappe pas, on peut aussi le choisir : on peut oser le choisir !

Les femmes, quand nous les croyons encore soumises et offertes, elles sont depuis longtemps déjà fenêtres ouvertes sur l’infini. (…) Aucune femme n’est belle. Mais il arrive que la beauté fasse irruption en l’une d’elle de manière irrépressible, et la voilà débordée, envahie, inondée.»

Le souvenir du trouble ressenti l’année de ses 15 ans à la lecture d’une courte nouvelle de Marguerite de Navarre, (sœur de François 1er pour qui aurait besoin de se rafraichir la mémoire historique), suscita chez Christiane Singer, quelques années plus tard, le désir de revenir à la source de cette émotion en réécrivant cette histoire du XVème siècle.

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L’arbre d’obéissance de Joël Baqué

 « Certains de ces ascètes sont des fous ou des demi-fous, soit, mais ceux qui gardent suffisamment de mots pour commenter leur folie, ceux dont la constance dans l’oraison est suffisamment éloquente, ces demi-fous, comment nommer l’autre moitié de cela qui les constitue, quel mot mettre sur cela qui échappe à la raison et à l’expérience communes ? Que poser sur l’autre plateau de la balance ? L’homme n’est pas sécable comme une galette de blé, en lui se mêlent toutes les saisons, une part de lui verdoie quand une autre est prise dans les glaces, sa bouche dit une chose et ses yeux le contraire. (…) Dieu est infiniment plus grand que l’imagination la plus féconde, c’est pourquoi nous ne savons rien ou presque rien. »

Il est fêté le 1er septembre par les Eglises d’Orient.

Il vécut toute sa vie dans l’ascèse et l’austérité au nord de la Syrie entre 388 et 459 après Jésus-Christ, dont plus de quarante années au sommet d’une colonne. Ne pouvant ni s’allonger ni ne voulant y descendre, il était nourri par quelques victuailles placées dans un panier qu’il hissait jusqu’à lui.

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Risquer l’infini de Clotilde Noël

« Certains jours, quand je suis seule avec Marie-Garance, qui ne bouge pas vraiment, qui ne parle pas mais qui émet régulièrement des gazouillis, je sens à quel point elle habite l’espace, à quel point cette vie prend place dans notre nid et porte une saveur autre qui nous emplit d’une paix et d’une joie infinies. Nos vies sont moins imprégnées d’une course effrénée : elle nous oblige au calme, à la paix, à faire les choses doucement les unes après les autres. (…) A cette question qui nous est posée régulièrement, nous répondons : « Non, nous ne nous arrêterons pas ! » Ou plutôt : « Oui nous allons continuer, tant que le destin nous prête vie, sur ce chemin qui nous est offert, et qui nous rend si heureux. »

En mai 2017, je découvrais la famille Noël.

Non pas dans un salon littéraire, ni à une soirée, ni même à un dîner. Sur facebook.

S’il est vrai, comme je le dis souvent, que ce drôle d’outil peut souvent m’exaspérer, il est vrai aussi qu’il a permis de belles rencontres, certaines qui se sont concrétisées dans une rencontre « réelle » d’amitié, d’autres qui sont restées épistolaires mais avec qui il est plaisant de converser, échanger sur des sujets qui nous lient et quelques-unes que je suis sans se connaître mutuellement mais dont le motif essentiel est qu’elles nous portent,  tout simplement.

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La miséricorde de Jean Raspail

« Mon digne ami, écoutez-moi. Je ne crois pas aux prêtres sans vocation. Ce n’est vraiment pas un métier. Au soir de l’ordination, il n’y a pas de mauvais prêtres. Même les plus chancelants rêvent de sainteté, pas de femmes. Et quand la faute se présente, imaginez le courage qu’il faut à un prêtre pour renier son état, son habit, son caractère sacré, ses engagements, le respect dont il est entouré, et pour oser se contredire chaque jour, à chaque minute de son ministère, dès qu’il a franchi le pas. Il faut un triste courage pour renier Dieu et se contenter d’une banale vie d’homme, jusqu’à y trouver une forme de médiocre petit bonheur. (…) Le dessein de Dieu, tout est là. Dans le double crime du curé de Bief, je découvre la terrible présence de Dieu…  »

La miséricorde est un roman inachevé de Jean Raspail, initié en 1966, plusieurs fois repris et complété, inséré une première fois en tant qu’essai en 2015 au sein d’un recueil contenant six romans de l’auteur (Là-bas, au loin, si loin) et publié de façon autonome, mais sans retouche, pour la première fois en mars 2019 par les Editions Equateurs.

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Parce que c’était la fête des mères

Ode à la Maternité

Ce qui est amusant dans la fête des mères, c’est de réaliser qu’inexorablement le temps passe, autrement dit, qu’on vieillit.

Chaque fête des mères est l’occasion de relire sous la plume des mamans à quel point elles sont « enchantées » des colliers de nouilles, poèmes ou autres bricolages confectionnés par leur chère progéniture. Mais il faut reconnaître que vient un moment où nous finirions presque par regretter le temps des pots de yaourts transformés en pots à crayons lorsque le fameux présent, bien que plus ravissant ou voué à être conservé plus longtemps, est acquis en magasin avec leur argent de poche.

Car qui dit aller dans les boutiques où dépenser ses piécettes amoureusement accumulées, signifie aussi que nos enfants grandissent et que par voie de conséquence, nous prenons de la bouteille. Espérons un grand cru, un vin qui s’est peaufiné avec le temps ou un millésime d’exception, mais l’année de notre naissance devient vite un collector, surtout à travers leurs yeux.

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Né d’aucune femme de Franck Bouysse

 « Inspirer la pitié, c’est faire naître une souffrance pas vécue dans un cœur pas préparé à la recevoir, mais qui voudrait pourtant bien en prendre une part, sans en être vraiment capable. La pitié, c’est le pire des sentiments qu’on peut inspirer aux autres. La pitié c’est la défaite du cœur (Rose).

Les souffrances placées sur notre chemin sont faites pour être endurées, une manière d’éprouver les âmes éraflées. J’en ai toujours été conscient. Les âmes. Les Pères m’ont enseigné qu’elles ne se vernissent pas, qu’elles se traitent en profondeur, qu’il est bien plus charitable de pardonner l’homme balloté par le malheur que de courtiser celui qui par naissance et fortune en est préservé. La vertu sans mérite n’est rien d’autre qu’un déguisement de carnaval. (Père Gabriel) »

 Derrière la maison de mes parents, il y avait un grand terrain, un parc disaient-ils, qui descendait en pente douce jusqu’à rejoindre des haies qui délimitaient le champ du voisin pour partie et la forêt pour une autre, dans laquelle on s’enfonçait par un chemin qui démarrait de bien plus-haut, juste après la maison d’un autre de nos voisins, et qui desservait dans un renfoncement une source, un ancien lavoir je crois. Je précise « je crois », car je n’ai jamais été une fille de la forêt, n’y trouvant que peu d’intérêt, mais bien davantage une fille des livres, que nous avions d’ailleurs en grande profusion et sans qu’aucune règle d’aucune sorte ne nous soit imposée quant à leur choix, ni ordre de lecture. Lire la suite

En deux mois et demi …

Deux mois et demi que je n’ai pas écrit sur ce blog, mon dernier billet datant du 12 février dernier.

Un record de silence.

J’ai effectué mon « carême » social en quelque sorte, lassée du flux et reflux des réseaux sociaux et autres sources d’informations diverses et variées qui ont fini par tarir mon enthousiasme, tant est il est facile de se laisser happer par le côté parfois mortifère, souvent anxiogène, de ce qui est écrit, exposé, commenté, relaté, dans un tumulte qui conduit à user les racines et nous laisser en surface souvent exsangues.

Alors j’ai coupé pour quelques temps, finissant par douter moi-même de l’intérêt de remplir un blog et de la légitimité de mes propres écrits, tant il est vrai que j’étais souvent heurtée de ce que je pouvais lire ou entendre chez autrui.

A trop s’exposer, il me semble que nous en devenons tout à la fois trop vulnérables ou orgueilleux, et qu’à défaut de nourrir son intériorité, nous devenons très vite des coquilles vides.  Mon carême ne fut donc pas tant alimentaire que de lutter contre la tentation de m’éparpiller sur tout et rien, voire d’intervenir sporadiquement dans des débats sous le coup d’une impulsion immédiate. Lire la suite

Mais quel visage a ta joie ? d’Emmanuel Godo

 « Choisis la victoire. La victoire sans triomphe. La victoire sans hubris. La victoire de l’homme qui s’accorde à l’éternelle vérité. Car n’en déplaisent aux fabricants d’éphémère, il existe une vérité éternelle. Cette vérité peut prendre n’importe quelle bouche pour venir jusqu’à nous et nous rouvrir le cœur. Cette vérité nous dit qu’un homme, pour rester un homme, ça n’insulte pas une femme qui tombe, ça ne profite pas de son pouvoir pour humilier un faible, ça laisse les morts dans la paix du tombeau, ça ne trouve pas de raison à l’ignominie, ça n’enferme pas l’autre entre les quatre murs d’un préjugé. Cette victoire-là est un honneur : elle exulte en secret de raccorder ta vie, comme un sang qui irrigue ton être. (…) Choisis la joie devant laquelle s’inclinent toutes les puissances qui ne sont pas fondées sur elle. »

 Je découvris Emmanuel Godo en octobre 2017 avec ce petit chef-d’œuvre Un prince  dont je tombais littéralement sous le charme, puis sortirent successivement pas moins de quatre livres dont trois sont en ma possession, et bien que savourés, je ne les avais pas chroniqués en son temps.

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Antonia de Gabriella Zalapi

Journal de 1965-1966

« Il parait qu’un jour on se réveille affamé de ne pas avoir été ce que l’on souhaite (…) Mon mariage n’est pas celui que j’espérais. (…) J’ai été d’une naïveté grotesque en l’épousant. Je suis simplement supposée obéir, entretenir la maison et superviser l’éducation de notre fils. Rien de plus. Je suis sa subordonnée, son obligée. (…) Je me suis demandée jusqu’à quand l’intimité dure. J’ai compris que les lettres de Franco que je prenais pour de l’amour n’étaient que des mots sur des lignes droites, enfermées entre deux marges. De l’air. Fuir. M’évaporer. Me protéger. Crever. Pleurer. Je veux disparaitre dans l’anonymat. »

 Artiste plasticienne formée à la Haute école d’art et de design à Genève, Gabriella Zalapì puise son inspiration dans sa propre histoire familiale dont elle reprend photographies, archives et souvenirs pour créer des œuvres qui oscillent entre histoire personnelle et fiction. Cette réappropriation du passé, qui s’incarnait jusqu’ici dans des dessins et des peintures, se transpose cette fois à l’écrit dans un premier roman, Antonia, sorti en janvier.

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L’or du chemin de Pauline de Préval

« Sais-tu qu’il existe un démon plus pernicieux que celui du mal : le démon du bien, qui s’en prend particulièrement aux êtres généreux et talentueux comme toi et les fait pêcher par orgueil ? On peut vouloir rendre les hommes meilleurs, mais le résultat ne nous appartient pas. Et on ne peut pas prétendre transfigurer le monde si on ne s’est pas laissé soi-même transfigurer. (…) Alors, pars, souffre, tu reviendras, car tu es un peintre-né. Mais il faut d’abord que tu laisses faire la main du Maître. (…) Tu auras compris ce que je pense de cet espace soumis aux lois de la perspective que tu vantes comme l’invention suprême : il ne vaut que dans la mesure où on est capable de le faire éclater. De même que le monde est plus que ce qu’on perçoit de notre œil, et notre vie ne vaut que par ce qui la dépasse. L’essentiel, qui est la présence réelle cachée en toutes choses, est infigurable géométriquement.»

 Pauline, ce fut d’abord une main apposée sur un manuscrit en relecture dont certains n’ont pas manqué de souligner à juste titre qu’elle aurait pu inspirer Rodin, puis une chevelure or flamboyante sur un visage de profil au moment des dédicaces des exemplaires envoyés en service presse.

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Le Dormant d’Ephèse de Xavier Accart

« … Renaud, de grâce, ne te mure pas dans ta douleur. Malques est venu mourir à tes pieds, comme une vague d’amour qui te cherchait depuis longtemps. Que ce ne soit pas en vain ! C’est un don qui vous a été fait, à toi et à lui. Ne le refuse pas, s’il te plaît. Ne refuse pas la vie. Continue à marcher, pense à tout ce chemin qu’a fait Malques, seul, à ses dernières paroles … Tu te souviens, nous nous étions promis d’aller à Ephese, jusqu’à la caverne des sept saints. Ne voudrais-tu pas réaliser ce rêve ? ».

Entre 250 et 253, sept jeunes hommes d’Éphèse (Turquie), refusant de sacrifier au culte de l’Empereur Dèce et ses idoles, se seraient secrètement cachés et endormis dans une caverne qui fut alors murée sur ordre de l’Empereur. La tradition chrétienne raconte qu’ils se seraient réveillés deux cents ans plus tard puis rendormis pour l’éternité.

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Voyage littéraire …

L’hiver, l’hiver, l’hiver, toujours l’hiver… Vive les échappées, les envolées, la vagabondages littéraires et les voyages.

Un voyage dans des contrées lointaines, un voyage dans le temps, à la rencontre d’êtres d’exception qui demeurent à jamais d’éternels présents à travers une forme de génie qui leur est propre et qui parle encore et toujours à nos contemporains.

Fermez les yeux, remémorez-vous vos lectures de jeunesse et partons en Russie, sur les traces de l’auteur de Guerre et Paix et d’Anna Karénine. Léon Tolstoï (1828-1910), pour ne pas le nommer, à qui Christiane Rancé a consacré un émouvant et puissant portrait en suivant les pas de cet ogre, aussi féroce dans ses rapports à la vie, que dans sa prise de conscience soudaine que celle-ci a une fin. Marié, père de treize enfants, comte en son domaine d’Iasnaïa Poliana, Tolstoï est un génie reconnu de son vivant, d’abord par ses récits autobiographiques et ses célèbres romans, véritables fresques d’une époque, puis, tourmenté et angoissé par l’horreur du néant, il s’attellera dans des nouvelles et des essais à comprendre le monde de façon existentielle et philosophique, jusqu’à s’enthousiasmer pour la doctrine du Christ qu’il décortiquera puis réécrira.

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C’est l’hiver et donc …

Qu’est ce qui distingue fondamentalement l’hiver des autres saisons ?

Voilà une question essentielle qui mérite de s’y attarder et le premier mot qui me vient à l’esprit en regardant mes congénères est bien la tristitude.

Comme dirait Victor Hugo,

« En hiver la terre pleure ;

Le soleil froid, pâle et doux,

Vient tard, et part de bonne heure,

Ennuyé du rendez-vous. »

Ou encore :

« L’hiver blanchit le dur chemin,

Tes jours aux méchants sont en proie.

 La bise mord ta douce main,

 La haine souffle sur ta joie »

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François, un pape parmi les hommes de Christiane Rancé

Voilà, l’année 2018 s’achève dans quelques heures.

Le moment de nouvelles agapes, de breuvages à bulles et hurlements de joie à minuit qui donnera le go pour se jeter avec hystérie sur nos petits ustensiles électroniques qui nous relient si facilement et aisément aux êtres qui sont loin plutôt qu’à ceux qui sont physiquement présents.

Le moment des rétrospectives, des bilans, du feuilletage de ses carnets intimes pour y relire tout ce qui a été consigné, noté, avec soin, ferveur, de nos lectures, réflexions quotidiennes, en espérant que toutes ces petites phrases finiront par se graver en nos cœurs pour devenir meilleurs, plus aimants, plus ouverts.

Le moment de regarder avec attention le chemin parcouru et se rendre compte qu’on se souvient si aisément de ce qui n’a pas fonctionné, de ce qui nous a peinés, blessés et qui alimente nos rancœurs, nos agacements, nos égoïsmes et faire fi de ces petits riens et plus grandes choses qui nous ont permis d’avancer et de rester debout, vivants.

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Dorothy Day d’E. Geffroy, B. de Guillebon et F. de Rivaz

« Dans un monde sans vérité, certains se sont battus pour entendre Sa voix et pour continuer à parler de la vérité – la vérité du Christ. Et parmi eux il y avait Dorothy : par son engagement pour la justice, pour la liberté et la paix, sa résistance aux royaumes de ce monde, et son indéfectible engagement en la croyance que l’amour rachètera le monde. Dorothy eut un rêve de cette vérité, et le rêve est devenu une vision, et la vision devint une lumière pour le monde. »

         Homélie du Père Gneuhs lors des funérailles de Dorothy Day le 2 décembre 1980

 Dorothy Day, très célèbre aux Etats Unis, méritait bien cette première biographie française, que l’on doit à trois jeunes auteurs, tous membres de l’association le Dorothy, qui a ouvert un café associatif dans le 20ème arrondissement de Paris.

Je n’ai pas de meilleur portait à dresser d’elle que celui qui figure en 4ème de couverture et que je reproduis pour partie ici : née en 1897, militante anarchiste et communiste, jeune journaliste engagée dans la défense pour les plus pauvres, le pacifisme et le combat contre le racisme, elle se convertit au catholicisme à l’âge de 30 ans, sans rien renier de ses convictions révolutionnaires et avant-gardistes en faveur de la justice et de la paix. Fondatrice en 1933 du mouvement des Catholic Workers, ainsi que du journal du même nom, elle crée pour les déshérités un réseau de maisons d’accueil et fait pour elle-même le choix de la pauvreté.

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Rimbaud de Stéphane Barsacq

Celui-là qui créera Dieu

« On s’étonne parfois qu’un homme si jeune que Rimbaud soit allé si loin, alors que c’est sans doute le plus faible de ses paradoxes : la jeunesse est un génie. Il est plus difficile de survivre à l’âge mûr, que de mourir adolescent par suite des excès de son âge. Rimbaud s’échappe dans la légèreté, l’insolence et la liberté, grâce à son sens de la gravité. C’est que, pour lui, la poésie n’est pas un amusement : elle est une action violente dirigée contre la violence du monde, et d’abord une expérience de tout l’être. Rimbaud est sans doute le premier en France qui ait rendu à la Poésie son culte véritable. Pour Rimbaud, l’aventure a-t-elle été de tenter de rêver au-delà du paradis perdu, et d’en créer un nouveau qui intègre toute la création, qui rejette la morale, au nom de la morale suprême : la poésie. »

Mon cher H.,

Tu t’interroges voire t’inquiètes régulièrement sur mes inclinations non dissimulées envers des êtres dont la vocation est rarement dénuée d’exigence et de radicalité, toujours en quête de vérité, de liberté, de foi, de Dieu. Il est vrai que mon blog laisse une large place aux prêtres, saints, chartreux, philosophes, essayistes ou femmes dont la pensée et la vie ont pu me saisir. Il est plus rare d’y voir figurer des poètes. Peut-être et fort probablement parce que je les connais peu, et que les radicalités orientées me parlent davantage que la soif d’absolu désorientée dont Rimbaud ne fut pas dépourvu, fusse son verbe porté au plus haut. Il fallait que son nom s’inscrive sur un livre de Stéphane Barsacq pour que je me penche sur ce génie de la poésie, car dès les premières lignes, il est difficile de ne pas tomber sous le charme de cette « rumination orientée par l’amour qui ne se substitue pas à l’être aimé », de ne pas être touché par cette envie de « rendre à ce rebelle la part la plus radicale de son être, cette volonté de dire non, pour dire oui, même si autrement : par charité. »

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Le journal de la peste de Michael D. O’Brien

« Je me suis activé avec frénésie pour avoir une vie accomplie et, ce faisant, j’ai oublié de vivre. (…) J’ai été si inquiet pour mes enfants que je ne les ai pas vraiment regardés. (…) C’est de la foi dont nous avons le plus besoin. Quand nos autres forces nous font défaut, là, à la base de nos âmes vides, se trouve une richesse mystérieuse de silence. Là, au fond du tonneau, réside la véritable force, ni puissance ou ressources, ni sagesse mondaine ou système de défense solide, mais plutôt la volonté de continuer à aimer et vivre par la vérité. (…) Je ne le savais pas alors, mais le prix d’une famille heureuse est la mort de l’égoïsme. (…) Un père, la nuit, peut avoir peur de toutes sortes de choses, et de façon plus pertinente, son impuissance face à la réalité. (…) Je peux réfléchir, spéculer sur la nature de l’avenir mais je le vois maintenant cette terreur engendrait en moi la violence.»

J’avais eu l’occasion d’échanger, même furtivement, avec Michael D. O’Brien, au travers d’un premier billet que je lui avais consacré l’année précédente. De mémoire, il me semble lui avoir écrit qu’il faisait partie de ces auteurs contemporains que je lis systématiquement avec avidité, sans trop me poser de question quant au fait de savoir si ses livres successifs pourraient me plaire ou non, tant il est vrai que le lire n’est pas uniquement entrer dans une « œuvre littéraire » mais plutôt s’insérer dans une « œuvre de présence au monde ».

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Simone Weil de Christiane Rancé

Le courage de l’impossible

« Quand on est comme ça, que l’on conçoit toute sa vie devant soi et que l’on prend la résolution ferme et constante d’en faire quelque chose, (…) ce qu’un être humain peut vous faire de pire au monde c’est de vous infliger des souffrances qui brisent la vitalité et par conséquent la capacité de travail.  (…) Il importe d’être prêt à aimer le bien partout où il se manifeste, inconditionnellement et sans restriction, car partout où il y a du bien, il y a contact surnaturel avec Dieu. Je crois que cette pensée est la vérité. (…) La vérité, c’est que l’esclavage avilit l’homme jusqu’à s’en faire aimer ; que la liberté n’est précieuse qu’aux yeux de ceux qui la possèdent effectivement. Désirer la vérité, c’est désirer un contact avec la réalité ».

Chère Simone,

Vous lire et vous comprendre, c’est assurément passer quelques nuits, que dis-je, des jours à s’extirper de ses zones de confort pour atteindre et faire vibrer un degré supérieur de son intellect, tant les écarts apparents de pensées avec lesquelles vous semblez jongler avec tant d’aisance peuvent nous sembler incohérence.

Et pourtant, s’il y a bien un mot qui ne peut servir à vous décrire, c’est bien celui-ci. Rares sont les êtres dont on peut dire qu’ils ont su lier, avec une telle radicalité et dans un souci de cohérence parfaite, idées et vie, au point de s’astreindre à des extrémités ou des privations presque incompréhensibles au commun des mortels.

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En vrac…

Il y a en ce moment dans le monde,
au fond de quelque église perdue,
ou même dans une maison quelconque…
tel pauvre homme qui joint les mains et, du fond de sa misère,
sans bien savoir ce qu’il dit, ou sans rien dire,
remercie le bon Dieu de l’avoir fait « libre », de l’avoir fait « capable d’aimer ».

Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où,
une maman qui cache pour la dernière fois son visage
au creux d’une petite poitrine qui ne battra plus,
une mère près de son enfant mort,
qui offre à Dieu le gémissement d’une résignation exténuée,
Comme si la voix qui a jeté les soleils dans l’étendue…
venait de lui murmurer doucement à l’oreille :
« Pardonne-moi. Un jour tu sauras, tu comprendras, tu me rendras grâce.
Mais maintenant, ce que j’attends de toi, c’est ton pardon, pardonne ».

Ceux-là, cette femme harassée, ce pauvre homme
se trouvent au creux du mystère, au cœur de la création universelle,
et dans le secret même de Dieu.

Georges Bernanos : Liberté pourquoi faire ?

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Mystica de Stéphane Barsacq

« Approcher de l’ineffable nécessite de celui qui écrit, non qu’il force la langue à n’importe quel prix, mais, au contraire, qu’il préserve le caractère silencieux de l’émotion, qu’il cherche à transmettre, pour que ses mots, gorgés de silence, disent cette émotion au plus profond.

Nous ne sommes pas les survivants d’un âge d’or. Nous sommes placés à l’avant-garde de l’éternité.

Ne jamais se limiter quand on vise l’illimité. La vérité, c’est qu’il n’y a pas de limites.

Pire que l’absence d’amour, ce qui fait souffrir, qu’est-ce sinon de voir qu’on aura aimé qui vous aura en fait le plus détesté.

Un cœur brûlant pour se lancer au-dehors. Un cœur profond pour se lancer en-dedans. »

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Un moine en otage du Père Jacques Mourad

« Aimer comme Jésus c’est prier. Cette guerre qui déchire le monde est un combat spirituel. Cela implique que nous fassions le choix radical du pardon, de la vérité et de la charité. (…) N’ayons pas peur des gens qui prient d’un cœur sincère, même s’ils prient différemment, même si notre perception de Dieu n’est pas la même. (…) Comment Dieu ne serait-il pas sensible à ces millions d’hommes et de femmes qui dans le monde entier, s’arrêtent cinq fois par jour pour prier ? (…) si leur esprit est pur, s’ils prient avec sincérité, comment ne pas croire qu’ils renonceront à la violence ? ( …) Sachons voir au contraire ce qu’il y a de beau dans nos frères. Je suis encore bouleversé quand je pense à ces amis musulmans qui nous ont sauvé la vie ! Grâce à la profondeur de notre amitié, ils sont allés jusqu’à risquer leur vie pour nous, et certains en sont mêmes morts.  Il s’agit sûrement du chemin de toute ma vie. Sans la prière, jamais je n’aurais accepté l’idée d’aimer les musulmans, moi le chrétien d’Orient qui n’avais entendu parler de l’islam qu’en mal depuis mon enfance. Croyons fermement que notre souffrance offerte, nos petites morts anodines du quotidien, sont l’annonce d’une résurrection à venir, pour nous, mais aussi pour le monde. »

Comme l’indique Monseigneur Lebrun dans la préface, ce livre brûle de la foi d’un homme et d’une communauté. Moine, prêtre syro-catholique, le Père Jacques Mourad est enlevé par Daesh en 2015 et sera maintenu en captivité et torturé pendant cinq mois.

Miraculeusement relâché, il sort de cette horreur le cœur empli de compassion et d’amour pour son prochain. Paradoxe presque inintelligible à vue d’homme, si ce n’est oublier que cette compassion ne peut être que christique. Elle ne retire ni colère, ni souffrance, ni lucidité, ni peur, elle remet l’homme au cœur du monde, et chacun d’entre eux comme un frère en Jésus-Christ.

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Vers la maturité spirituelle par un chartreux

« L’amitié est un don précieux de Dieu. Ce qui rend l’amitié possible, c’est la capacité d’apprécier (d’estimer, de priser) autrui comme valeur en soi, un bien en soi, au-delà de notre intérêt personnel immédiat et de nos besoins. L’amitié vraie est de l’ordre de la célébration du don de Dieu qu’est l’ami. Toute amitié profonde ouvre implicitement ou explicitement sur Celui qui est Amour. L’amitié trouve son assise la plus vraie dans la recherche commune de la communion avec Dieu. L’essence de l’amitié est la recherche de l’infini dans le fini. Elle devrait dépasser une simple rencontre de goûts et d’affinités naturels. Sa lumière est plutôt un regard de foi qui voit dans l’autre un frère dans le Christ, animé du même Esprit, en chemin comme nous vers le Père Eternel. »

Les chartreux.

Sentinelles de l’Invisible par excellence.

Une radicalité de la vocation qui ne peut pas se comprendre sans la foi.

Une radicalité qui interpelle, bouleverse les lignes, et interroge sur le sens de notre vocation personnelle : y-a-t-il une poignée d’élus entièrement donnés au Christ, modèles inatteignables et purs esprits, et le reste qui essaie vaille que vaille d’ordonner sa vie à ce qu’elle pressent être Une vérité à atteindre, un ensemble de règles et de valeurs auxquels on se rattache, un brouillon de vie spirituelle ramené aux contingences de nos limites humaines, toujours indulgents avec soi-même et d’une dureté infinie envers les «élus » qui chuteraient?

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Les fiancés de Manzoni

 « Vous ne savez donc pas que souffrir pour la justice est notre victoire ? si vous ne savez pas cela, que prêchez-vous, alors ? Qu’est-ce donc que vous enseignez ? Quelle est la bonne nouvelle que vous annoncez aux pauvres ? Qui prétend de vous que vous vainquiez la force par la force ? Il ne vous sera certes pas demandé un jour, si vous avez su mettre au pas les puissants, car de cela, l’on ne vous a donné ni la mission, ni le moyen. Mais il vous sera demandé si vous avez usé des moyens qui étaient entre vos mains pour faire ce qui vous était prescrit, quand même ils auraient eu la témérité de vous l’interdire. Comment ne voyez-vous pas, que si dans ce ministère, le courage vous est nécessaire pour accomplir vos obligations, quelqu’Un vous le donnera infailliblement, si vous le Lui demandez ? Croyez-vous que tant de millions de martyrs eussent naturellement du courage ? Connaissant votre faiblesse, et vos devoirs, avez-vous pensé à vous préparer aux difficultés où vous pourriez vous trouver ? »

Je ne saurais plus dire où j’avais trouvé, il y a quelques mois déjà, la liste des dix livres préférés du pape François, mais parmi ceux-ci, figurait curieusement ce roman du 19ème siècle d’un auteur italien, à ma pomme, totalement inconnu.

« Dis-moi ce que tu lis, et je te dirai qui tu es » est un adage qui je trouve, ne dit pas tout de la personne, mais la dévoile cependant grandement, en ce que les livres qui nous semblent essentiels sont aussi les livres qui nous ont révélés, construits, accouchés, accompagnés, et à ce titre sont une (parmi d’autres) excellente porte d’entrée de connaissance des êtres.

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Le Feu follet de Pierre Drieu la Rochelle

 « Les drogués sont des mystiques d’une époque matérialistes qui, n’ayant pas la force d’animer les choses et de les sublimer dans le sens du symbole, entreprennent sur elles un travail inverse de réduction et les usent et les rongent jusqu’à atteindre en elle un noyau de néant. (…) Un homme ne peut se maintenir continuellement dans la lucidité où il voit les dernières conséquences de ses habitudes. Il retombe dans le clair-obscur quotidien où il contrebalance d’espoirs et d’illusions le progrès de ses actes. (…) Il n’osait pas lui protester que la vie était bonne, faute de se sentir en possession d’arguments bien aigus. »

Auteur controversé de par ses idées politiques, Pierre Drieu la Rochelle fait partie de ces auteurs tels Morand, Céline, dont la presse emplie de bons sentiments s’empare avec délectation pour créer une polémique enflammée autour de la légitimité de les rééditer ou les lire de nos jours.

Interrogé en 2012 par le Point, Jean-François Louette, directeur de l’édition des œuvres de Drieu la Rochelle au sein de la collection La Pléiade, indiquait : « Drieu est quelqu’un qui n’est pas certain de ce qu’il est, qui tente des explorations de lui-même à travers le roman. Il n’est pas de mon bord politique, je suis venu à Drieu « malgré tout ». Il y a en effet chez lui quelque chose que j’ai appelé dans la préface un « charme quand même », qui réside, à mes yeux, dans une forme d’imperfection séduisante. Le charme de cette œuvre vient, pour moi, de ce qu’elle est tout entière placée sous le signe de la contradiction : entre romantisme et cynisme, entre satire et charité. Le grand romancier est d’abord celui qui a des bonheurs d’expression, qui manifeste un art stylistique. Or il y a des phrases admirables chez Drieu. »

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Journal et pensées de chaque jour d’Elisabeth Leseur

 « Pour donner il faut acquérir, et pour servir un jour, ou un peu chaque jour, mes frères devant Dieu, il faut que j’aie déjà longuement et purifié mon âme. (…) C’est un devoir de développer sans cesse son intelligence, de fortifier son caractère, de devenir un être de pensée et de volonté : c’est un devoir d’envisager joyeusement la vie et l’affronter avec énergie. C’est un devoir enfin de savoir comprendre son temps et ne pas désespérer de l’avenir. (…) Mes résolutions devront se plier aux circonstances, le précepte charitable doit passer avant le conseil. De plus en plus chercher par l’exemple, par la tendresse et en développant et élevant mon intelligence, à répandre plus de lumière parmi les intelligences et les âmes que je rencontre sur ma route. Je veux plaider la grande cause de la charité par mon attitude, mes paroles et mes actes ».

Elisabeth Leseur m’accompagne depuis quelques mois déjà, depuis, pour être exacte, la lecture de sa biographie dont j’avais parlé ici en mars 2017.

La spiritualité de tout un chacun s’affirme et s’ancre par l’influence de courants très variés qui peuvent passer par notre éducation, nos lectures, nos rencontres, l’époque au sein de laquelle nous vivons mais également à travers des figures qui nous marquent en ce qu’elles font écho aux problématiques et questionnements des hommes de notre temps, et assurément Elisabeth Leseur est une de ces figures à laquelle je me suis vite attachée et que j’ai eu envie de côtoyer de façon plus intime.

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J’ai bien souvent de la peine avec Dieu

Correspondance entre Marie Noël et l’Abbé Mugnier (1918-1944)

«  Monsieur l’Abbé, rencontrant l’Index, je me suis inclinée là plus bas qu’ailleurs avec une crainte religieuse et la terrible question est que je n’arrive pas à concilier ensemble mon amour des lettres et les exigences de ma foi (…). Dois-je forcer tous mes scrupules, au risque de laisser pénétrer et demeurer dans mon esprit quelque impression malsaine, quelque idée inquiétante dont j’ai bien de la peine à me délivrer ensuite et à laquelle je crains parfois de m’accoutumer trop et de me plaire ?

Mademoiselle, je veux que vous restiez catholique, mais une catholique rayonnante, joyeuse, s’il est possible, et trouvant dans sa foi l’aide, l’élan et non l’obstacle. (…) Vous voulez vivre mais vous avez peur de vivre. Considérez la Religion comme une source de vie. Votre esprit est toujours en conflit avec une certaine conception, morale, religieuse, dont vous ne vous êtes pas affranchie. Vivez au jour le jour et ne vous posez pas toutes ces questions subtiles. Vous réfléchissez trop avec la raison. »

Ces quelques lignent résument assez bien le ton et la tonalité de l’abondante correspondance qui débuta en 1918 entre Marie-Noël et l’Abbé Mugnier, jusqu’à la mort de ce dernier en 1944.

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L’inconnu me dévore de Xavier Grall

 « C’est à la mort de mon père que j’ai senti l’abîme se creuser en moi. Et il faut bien que se créent les abîmes pour que s’y engouffrent les vives forces de vérité. L’eau ne coule jamais que là où se lézarde la terre.  C’est à partir de ce jour que j’ai recommencé à croire à l’Amour. L’âme de mon Père circulait dans les choses que mes yeux créaient. Ayez la foi, et le reste vous sera donné de surcroît. Dieu, je n’ai cherché que Lui dans le silence du désert, dans le verre de l’absinthe, dans le lit des plaisirs. La fraicheur du regard est le commencement de la sainteté. La morale qui précède la foi et qui s’en repait jusqu’à l’assassiner est la règle des pauvres types. Ayez le regard clair et le cœur droit. Nous ne possédons le monde que dans la mesure où nous savons en reconnaître les plaies, en sonder les reins déchirés, et y porter l’onguent et le remède. »

Pierre Adrian qui préface cette nouvelle édition parle, non pas d’un livre de chevet, mais d’un livre au chevet.

L’expression est belle et prend tout son sens lorsque de son propre aveu, Xavier Grall écrit, en 1969, vouloir laisser à ses cinq filles un ouvrage mystique, un héritage secret, un testament spirituel, un véritable cantique de la joie.

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Le chemin du cœur de Charles Wright

L’expérience spirituelle d’André Louf (1929-2010)

« André Louf se situe dans la postérité de cette tradition pour qui la reine des puissances de l’âme n’est pas l’intellect, mais ce qu’on appelle la volonté, c’est-à-dire la faculté d’être affecté, de désirer. Le pivot de l’expérience de Dieu est moins la raison que l’affection (…) mise en branle par l’Esprit Saint, maître d’œuvre de l’intériorité. Louf est l’un des grands pédagogues de cette sensibilité spirituelle qui porte attention aux vibrations du souffle de Dieu qui, tel un musicien, fait danser les cordes de l’âme. Cet aventurier a exploré l’âme sous toutes ses coutures. Loin d’une approche doloriste, sacrificielle, les Pères de l’Eglise lui révèlent que la foi est un épanouissement de tout l’être. Ce qu’il demande aux théologiens, ce n’est pas dé livrer un beau discours logique et bien agencé, mais de lui ouvrir les chemins du cœur. »

Ma fillotte,

Partir à la découverte de la vie intérieure d’une personnalité, voilà le voyage auquel nous convie Charles Wright, dont on a pu apprécier par ailleurs les précédents ouvrages.

André Louf est ici présenté avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse. Abbé d’un grand monastère, le Mont des Cats, puis ermite, Dom Louf a tenu une place éminente chez les trappistes, où ses interventions ont toujours été remarquées. Des papes aussi l’ont reçu et écouté. Ses livres et ses articles, traduits en plusieurs langues, sont empreints de spiritualité, celle qui part et revient au cœur.

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La Rencontre de Françoise Evenou

« Aujourd’hui, dimanche de Pâques, dans le compartiment du train qui me ramène à Paris, je te souris. Je souris car je mesure le chemin parcouru depuis ce jour où je frappais, hagarde, à ta porte. Te rappelles-tu combien j’étais dévastée par ce cyclone imprévisible, brutal, qui avait surgi à l’aube de ma quarantaine ? Quelle détresse intérieure lorsqu’on vit cette crise existentielle au midi de sa vie ! Te souviens-tu de ce qui s’est passé ? »

Rendez-vous était pris depuis des semaines.

A son initiative.

Elle voulait me rencontrer, moi, elle l’espérait. J’avais souhaité la rencontrer, elle, mais c’est elle qui a osé me demander de me rencontrer, moi.

C’est fou comme les petits vélos incontrôlables de notre for intérieur sont puissants : que peut-elle me trouver, serais-je à la hauteur, va-t-elle m’apprécier, me trouver sympathique, intéressante, aurais-je des choses à dire ?

La rencontre a eu lieu, dans un charmant restaurant parisien place Victor Hugo de son choix, j’ai franchi la porte avec appréhension, sensible au cadre, encouragée par l’accueil qui m’a été fait, et je la vois, sourire lumineux éclairant tout son visage, elle m’attendait.

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Toute fin est une histoire de Véronique Comolet

« Familles, soignants, bénévoles, nous sommes nombreux à poser notre regard sur le malade, pour en découvrir toute la complexité, et tenter de l’accompagner au plus juste. Par notre diversité, nous lui offrons la liberté de choisir celui qu’il accueillera, avec lequel il parlera ou se taira, celui qu’il rejettera… Nous lui permettons de rester sujet et acteur de la rencontre la plus longtemps possible. (…) Face aux différentes situations rencontrées, nous avons à nous adapter en permanence, (…) jusqu’à notre face à face avec la mort, celle de l’autre. (…) Chacune de ces rencontres est unique et universelle. Elle se vit en unité de soins palliatifs. Vieillesse, handicap, isolement, précarité, autant d’états de vie qui fragilisent l’homme, bouleversant ses repères et mettent à mal le sens de sa vie et sa place dans la société. (…) Dans ces extraits de vie, il est avant tout question d’un face-à-face entre deux humanités. »

Parmi les neuf thématiques abordées en ce moment lors des Etats Généraux de la Bioéthique en vue de procéder à la révision de la loi de bioéthique fin 2018, une concerne tout particulièrement la prise en charge de la fin de vie.

Sur ce sujet spécifiquement, le site des Etats Généraux dresse, en préambule de la concertation, le constat suivant : 60% de la population française meurt actuellement dans une structure médicalisée, et les progrès de la médecine, qui ont permis l’allongement de la vie et l’amélioration de la qualité de vie, contribuent paradoxalement à des situations de survie inédites, parfois jugées indignes et insupportables. Au cœur du sujet, se trouve la question du juste équilibre entre deux droits fondamentaux : celui du respect de la vie et celui de mourir dans la dignité.

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A la découverte des parfums de Cheyenne-Marie Carron

« Depuis mes débuts au cinéma, le parfum a toujours été un élément important dans mes films. Plus généralement, cinéma et parfum entretiennent une relation naturelle et profonde dans l’imaginaire collectif. Depuis un an, j’ai décidé d’aller plus loin dans cet alliage entre mes deux passions, et de raconter des histoires autrement : des histoires olfactives qui éveillent l’imagination, les sens et les souvenirs, et ce, à travers des fragrances de ma création… Car, au cinéma comme dans le parfum, l’objectif reste le même : créer une émotion, une réflexion, faire voyager ; et aussi, si possible, enchanter la vie. »

 

Cheyenne-Marie Carron, j’en avais longuement parlé ici. Pourquoi cette réalisatrice, plutôt qu’une autre ? tout simplement parce que sa personnalité m’avait séduite, que ses convictions défendues avec fougue et ténacité pourraient être les miennes, que les thèmes qu’elle aborde dans ses films sont loin d’être évidents, qu’elle soulève des montagnes pour parvenir à réaliser et produire ses films avec peu de moyens, qu’elle a des passions multiples, qu’elle est ravissante, en un mot c’est une femme complexe, assumée et qui s’assume. Lire la suite

Fromentin, le roman d’une vie de Patrick Tudoret

 « Peintre et écrivain… c’est dans cet ordre invariable que le présentent les dictionnaires, mais Eugène Fromentin fut autant l’un que l’autre avec un art subtil qui confine à la grâce. Peintre dans l’écriture, écrivain dans le trait. (…) Chez l’auteur, chez le peintre aussi, tous deux célébrés de leur temps, reconnus à l’aune d’un vrai talent, il y a un désir d’absolu qu’il voulut assouvir (…), une soif de hauteur qui toujours sembla l’animer, lui l’homme d’airain à la sérénité apparente. (…) Pour peu que l’on gratte un peu, il y a une jolie fièvre romantique chez l’ami Eugène, (…) une vive intelligence qui toute sa vie aura couru après deux buts : être un artiste complet (…) mais avant tout un homme libre, intègre, exigent, généreux, paradoxal, qui aura su parfois s’appartenir… »

Mon cher Eugène,

Vous me pardonnerez cette familiarité qui me conduit à vous appeler par votre prénom, mais après avoir passé quelques heures exceptionnelles en votre compagnie, depuis votre prime jeunesse jusqu’à vos derniers jours, il me semblerait faire montre d’une grande froideur à votre égard en vous nommant Monsieur, alors que vous m’êtes apparu fort sympathique, presque familier maintenant, et qu’il me sera désormais possible d’accoler quelques détails supplémentaires aux deux substantifs qui vous caractérisent rapidement au sein d’une époque : peintre et écrivain du XIXème siècle .

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Vivre libre avec Etty Hillesum de Cécilia Dutter

« Apprendre pas à pas, comme Etty a su le faire, à s’aimer, se respecter, s’assumer en tant que personne, lui a permis de développer la sécurité nécessaire pour conquérir sa liberté intérieure. (…) Tendre la main à notre prochain, c’est accepter de mettre de côté nos préjugés, reflet de nos peurs ou de nos attentes, pour nous ouvrir à lui dans sa vérité, au moment où nous l’approchons. (…) Connaître l’autre pan de l’amour, plus grand, pur et désintéressé, cet amour-amitié qui se réjouit de l’existence et de la présence d’une personne préférentielle avec laquelle on partage un projet, une vision commune (…) qui au désir de fusion, préfère la communion où chacun se remplit de la présence de l’autre et se révèle à travers lui, donne et se donne pour pénétrer toujours plus loin en terre d’humanité.»

Mon cher H.,

Les livres et les destinées s’appellent et s’interpellent, happés par un même but, et aussi difficile à identifier qu’il semble parfois l’être, et si tortueux sont certains chemins pour y parvenir, il est extraordinaire de vivre parfois ces instants de plénitude où les détours, retours et contours de chacun finissent par se croiser pour mener un bout de parcours ensemble.

Il en est ainsi des êtres évidemment, il en est aussi des livres où les mots viennent en écho à des cheminements intérieurs qui sont autant de morceaux de puzzle qui peinent souvent à prendre place. Que d’émotions profondes et de moments d’exaltation lorsque ces morceaux épars finissent par s’assembler pour former le patchwork de notre humanité tissé par un Fil commun.

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La gazette culturelle de février – saison 2

La neige est partie, madame devrait être aux anges.

Oui ! sauf que, car il y a souvent un « sauf » ou un « mais » sachant que nous sommes toujours en hiver, nous vivons une expérience actuellement surprenante : habiter au pays de Picard.

Je regarderai avec davantage de commisération ces petits aliments qui sortent tout droit de cet indispensable magasin pour mamans pressées, sachant désormais à quel point l’expérience est douloureuse.

Avec le froid, il y a en effet une notion absolument formidable que j’ai découverte récemment : la température réelle et la température ressentie. Bien sûr, là aussi, tout habitant d’un pays subissant des mois de neige et températures arctiques vous diront : ah bon, tu ne savais pas cela ???? avec un air limite affligé.  Non, non, je confirme, je ne connaissais pas. Il fait bon, doux, chaud, il y a parfois des vents froids, mais jamais au grand jamais, il ne m’est arrivé de dire : oh il fait 25 degrés mais je ressens 40.

Mais ça, c’était jusqu’à maintenant : en ce moment, le thermomètre affiche -8°, et le ressenti réel est clairement que vous allez crever. Si avec la neige, vous marchez à pas feutrés pour éviter les glissades, avec le froid au ressenti d’un Mister frizz collé à votre peau, vous marchez d’un pas vigoureux. Car chaque pas vous rapproche du congélo, vos membres s’engourdissent, votre rhume se fige, vos mains peinent à sortir ne serait-ce qu’un ticket de métro du portefeuille, la cigarette tremble dans vos doigts et en à peine dix minutes, vous finissez comme le papa pingouin.

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Gazette culturelle de février

Gazette culturelle de février

Que lire, que voir, qu’écouter en février, quand le temps est gris, froid et que la neige, qui n’est poétique qu’en vers, est l’occasion de vous retrouver les quatre fers en l’air sur des trottoirs glissants ? Là tout de suite j’entends déjà les noooon, c’est super chouette la neige, les bonhommes de neige, la blancheur … oui au ski peut-être avec les bonnes chaussures, le manteau qui tient chaud … etc etc … et encore … Dans la vraie vie de tous les jours, avec de la neige sur les trottoirs, vous marchez à petits pas de chinois, la tête baissée pour éviter de vous péter la figure, le bras en l’air avec un parapluie pour tenter de limiter l’afflux de flocons qui se glissent dans, sous, à travers votre écharpe et vous faites des « oups » à intervalles réguliers quand votre pied dérape et que vous vous rattrapez de justesse (ou pas).

Vous cherchez désespérément des paires de bottes pour vos gamins au fin fond de l’armoire, celles que vous gardez « au cas où… », pour finir par vous apercevoir avec désespoir qu’elles sont trop petites de deux pointures mais que leurs chaussures sont tellement trempées qu’il n’y a pas d’autre solution que de leur enfiler de force au chausse-pied en recroquevillant les orteils. Les gants qui gisent dans un panier de l’entrée ont la même manie curieuse et exaspérante que leurs copines les chaussettes, ils finissent toujours en exemplaire unique et vous retournez ciel et terre pour retrouver le jumeau ou la jumelle en maugréant. Que vous viviez dans une maison de 200 m² ou un petit appartement où les coins pour se cacher restent limités, il demeure un grand mystère que celui de ces gants et chaussettes qui n’ont de cesse de vouloir vivre seuls alors qu’ils n’échappent à la poubelle que lorsqu’ils restent unis. Parabole ?

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Un temps pour mourir de Nicolas Diat

Derniers jours de la vie des moines

« La pensée de la mort n’est pas morbide. Au contraire, elle permet de comprendre le sens de la vie. Il faut apprendre à connaître le bout de notre chemin. Pourquoi avoir peur ? La résurrection est le fondement de notre foi. La véritable vie n’est pas sur terre. Chaque jour, il faut s’apprêter à mourir. (…) Nous savons faire de belles phrases sur la souffrance. Moi-même j’en ai parlé avec chaleur. Dites aux prêtres de n’en rien dire : nous ignorons ce qu’elle est, et j’en ai pleuré. Devant un homme qui souffre, les beaux discours en servent à rien. Ils peuvent uniquement satisfaire les bien portants. »

Il est 22h10.

Le reportage consacré au petit Gaspard Clermont (cf ce billet), décédé il y a tout juste un an de la maladie de Sandhoff à 41 mois, diffusé pour la première fois sur KTO, s’achève.

Les yeux encore humides, mes deux merveilles s’en vont se coucher dans un silence religieux. « Je retiens que même dans la mort il faut rester joyeux car la vie continue », me dit ma fille. « Heureusement qu’il y a le Ciel », me dit mon fils.

Je les embrasse, j’éteins la lumière, moi-même emplie d’émotion.

Me revient à cet instant précis une image de mon enfance où, à peu près au même âge, je suis tombée sur un livre, dont je ne me souviens malheureusement ni du titre ni de l’auteur, qui parlait du Ciel avec une telle magnificence, une telle promesse de bonheur infini et d’amour sans limite, que j’avais eu envie de mourir de suite. Ce n’était pas encore mon heure puisque je suis encore là, mais de cet instant précis, j’ai conservé une telle exaltation de cette vie qui nous attend dans l’au-delà qu’elle ne m’a jamais vraiment quittée.

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Un 31 janvier …

J’aime particulièrement la date du 31 janvier car c’est celle de mon anniversaire.

Ne me demandez d’explication, je n’en ai pas, mais le 31 janvier c’est un jour de joie, où je me sens généralement en pleine forme. Je n’hésite pas à crier à tue-tête et en maintes occasions qu’il s’agit du jour de ma naissance, ce qui généralement déride rapidement l’atmosphère d’une réunion de travail, d’un chauffeur de taxi énervé ou d’un serveur fatigué… Vous recevez des mots adorables, des témoignages d’affection, parfois des cadeaux, en un mot, c’est un jour fabuleux.

Point de coquetterie en la matière sur le temps qui passe, les premières rides, le cheveu blanc, cela m’est complètement égal le jour J car …. c’est mon anniversaire !

Je partage le 31 janvier avec l’exceptionnel Saint Jean Bosco, décédé en 1888 le même jour, ce qui, en 2018 et si mes calculs sont bons, revient cette année à fêter les 130 ans de sa mort.

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Alix D. Reynis

L’art de la porcelaine

Que les lecteurs inquiets cessent de l’être : non, je n’ai pas arrêté mon blog.

Mais pour écrire et partager quelque chose, il me faut avoir l’esprit disponible et ces derniers jours, je l’étais moins. Le blog est un loisir, plus que très agréable pour moi, mais il s’inscrit dans les espaces temps qui se libèrent et le quotidien, aussi magique que nous aimerions le percevoir, s’impose parfois de façon plus prégnante qu’à d’autres moments.

Bien qu’ayant lu quelques ouvrages, je ne vais cependant pas vous parler littérature ce soir, mais poursuivre la série des billets consacrés à l’art de vivre sublimé et mis en valeur par nos contemporains.

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Comme l’éclair part de l’Orient d’Alexandre Siniakov

« Ce sont bien les livres dits profanes qui m’ont conduit au Livre sacré, et le génie humain qui m’a introduit auprès de la magnificence divine. Il est bon qu’à mon tour je me fasse leur ambassadeur au sein d’une Eglise parfois tentée de se prémunir du siècle pour mieux se délivrer du mal. Il y a dans ce nihilisme culturel, comme dans le maximalisme cultuel qu’il est censé garantir, un athéisme qui s’ignore, si ce n’est même une détestation assumée de la Sagesse. (…) Cette lutte contre le monde extérieur détournait efficacement notre attention de celle contre nos propres péchés et passions. Cette dépense inutile d’énergie en lutte contre les erreurs des autres, je l’ai souvent observée dans nos milieux chrétiens par la suite. (…) Le zèle est indispensable au chrétien, mais il doit être employé à combattre le vieil homme qui survit en lui. »

La littérature a ceci d’extraordinaire, parmi d’autres attraits, de pouvoir nous faire voyage sans bouger de son lit. (Oui je lis dans ou sur mon lit. Certains préfèrent les fauteuils ou les canapés, mais pour ma part, je n’ai rien trouvé de mieux que la couette).

Sous peu que le livre soit par ailleurs divinement écrit et que le lecteur soit doté d’une capacité à se laisser rapidement emporter dans son imaginaire, c’est tout un univers qui s’ouvre dans lequel il est facile de se glisser en ayant le sentiment d’en être un des protagonistes.

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Chaînes et terreur de Mgr Ioan Ploscaru

« Le marxisme – excepté sa partie athée – est une philosophie humanitaire : créer un homme nouveau, social, qui place la communauté avant ses propres instincts, qui lui donne tout pour n’en recevoir qu’une partie. Karl Marx s’est rendu compte que, pour réaliser cet idéal, il fallait un homme nouveau. (…) Les Russes ont fait de l’Europe une Sibérie en mettant la charrue avant les bœufs. D’abord l’idée, ensuite l’homme. (…) Si la philosophie marxiste avait eu comme fondement un appui moral, une idée spirituelle de transcendance, elle n’aurait pas détruit dans une aussi large mesure l’humanité du XXème siècle. Aujourd’hui, en 1992, tant en Occident qu’en Orient, on voit les séquelles d’une philosophie athée, sans principes moraux, sans amour authentique et sincère du prochain. Des actions philanthropiques ne créeront jamais un autre Saint François ni un autre père Damien, capable de donner peu à peu sa vie. (…) Le mystère de la douleur sans l’exemple du Christ sur la croix n’a aucun sens, le monde ne peut ni le comprendre ni l’accepter. Les prisonniers ont compris le mystère de la souffrance…»

Monseigneur Ioan Ploscaru (1911-1998) fut évêque gréco-catholique de Lugoj en Roumanie.

Arrêté en 1950, il passa quinze années dans les prisons communistes, dont quatre en isolement complet, après avoir été ordonné évêque clandestinement. Après sa libération, il continua à être suivi, fouillé régulièrement, persécuté et interrogé jusqu’à l’effondrement du communisme en 1989.

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Le pari chrétien de François Huguenin

« L’Évangile est bien de nature à modifier le comportement politique et social des chrétiens. (…) La question sociale n’est pas exclusivement de l’ordre de la charité privée. Elle relève bien du politique, même si elle n’est pas l’apanage de l’Etat ! (…) La doctrine sociale de l’Eglise, trop souvent ignorée, y trouve son fondement. (…) Les tentatives de partis chrétiens, si louables soient-elles, butent sur une redoutable aporie ; il est assez illusoire de croire que tous les chrétiens, ou même une majorité, pourront se regrouper autour d’un seul parti. (…) Le chrétien doit donc tenir une ligne de crête en évitant de basculer vers deux écueils (…) : l’abandon de vérité ou le refus de la miséricorde. A chacun de trouver la manière pour accueillir le monde où il est inscrit, son existence, sans prêter allégeance à ses dogmes et ses rites. »

Chers amis,

Le terme « d’amis » peut vous sembler excessif et pourtant, en me lisant régulièrement, vous contribuez à donner sens et corps à ce blog, et plus les lecteurs sont nombreux et inconnus, plus je me sens un devoir d’exigence et de qualité quant au contenu. S’il y a une chose en effet à laquelle je tiens par-dessus tout, c’est la cohérence : la cohérence des actes et des pensées, la cohérence de nos paroles avec la façon dont nous les vivons au quotidien, une unicité de l’être en somme en dépit de nos failles et de nos faiblesses. Un cheminement personnel peut aboutir à des voies variées, des égarements voire des impasses, nous pouvons aspirer à de belles choses et avoir du mal à les vivre, mais dans un souci sincère de rester en chemin, il m’apparait essentiel de rester authentiques et de garder en mémoire que nous ne pouvons nous hisser tout seuls à la force de nos poignets.

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Lettres à un jeune poète de Rainer-Maria Rilke

« La condition dont vous devez actuellement vous accommoder n’est pas plus lourdement chargée de conventions, de préjugés et d’erreurs que n’importe quelle autre condition. S’il en est qui donnent l’apparence de mieux sauvegarder la liberté, aucune n’a les dimensions qu’il faut aux grandes choses pour connaître la vie. (…) Au fond, le seul courage qui nous est demandé est de faire face à l’étrange, au merveilleux, à l’inexplicable que nous rencontrons. (…) Votre doute lui-même peut devenir une bonne chose si vous en faites l’éducation : il doit se transformer en instrument de connaissance et de choix (…) L’art lui aussi n’est qu’un mode de vie. On peut s’y préparer sans le savoir, en vivant de façon ou d’autre. »

Tous les amoureux de poésie ou de littérature vous diront connaitre ou avoir lu ces fameuses Lettres à un jeune poète, lettres adressées par Rainer-Maria Rilke à un jeune homme, Franz Kappus, lui demandant conseil sur sa poésie. Dix lettres, rédigées entre 1903 et 1908, réunies et publiées en 1929, soit trois ans après sa mort.

Chacune de ces lettres est un petit bijou, et ma pomme, qui cultive un goût immodéré pour les relations épistolaires, tant elles sont par certains aspects la quintessence de ce que la nature humaine offre de plus intime, de plus personnel, n’a pu que tomber sous le charme de ces écrits qui, bien que personnels, revêtent une dimension universelle par la fulgurance des pensées qui y sont développées.

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Les marais de Dominique Rolin

« Il chercha sa mère des yeux : elle était frêle et si sombre qu’elle se confondait avec les rideaux pesants de la fenêtre. Elle ressemblait à un oiseau effrayé. Ses yeux étaient remplis d’angoisse. Alban se demandait depuis combien d’années sa mère vivait dans l’angoisse. (…) Il fut saisi d’un petit sarcasme intérieur à l’idée que c’était elle, ce pauvre oiseau chétif, qui l’avait créé, lui, Alban ; (…) Elle avait chétivement créé des enfants froids et forts. (…) M. Tord avait saisi le fouet qui se trouvait sur son bureau et il le fit claquer trois fois sur les jambes de son fils ; Alban s’écroula sur le parquet. (…) M. Tord balbutia : j’ai toujours fait le bien. Je ne suis pas récompensé ; vous me faites du mal, mes enfants, beaucoup de mal ! (…) Moi, moi, j’ai mis au monde ces pauvres enfants imbéciles ! »

Une femme écrivain, si chère à mon cœur à travers ses mots, a cité tout récemment sur facebook le nom de plusieurs grandes femmes, de grandes femmes de lettres notamment, « assurément toutes différentes entre elles mais qui toutes permettent de mieux lire l’humanité dans son entièreté, et la variété de ses nuances. Avec la lucidité la plus extrême. »

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Célébration du Quotidien de Colette Nys-Mazure

« L’art d’exister en harmonie avec soi-même.

Ce plaisir intime d’être avec soi-même suppose un minimum de confiance, de foi en soi. Des circonstances favorables à la découverte d’un territoire, d’un jardin privé, d’un for intérieur. (…) Etre à soi-même une présence amie. Cultiver un espace où se rassembler afin de donner sans retour sur soi, sans éprouver l’impression d’être vidée, épuisée. Femme suffisamment fortes et apaisées pour ne pas se laisser détériorer. Cette clôture de l’intérieur de laquelle on laisse entrer personne ni rien qui abime et racornisse. Etre une présence, une présence réelle, un vrai silence qui écoute plutôt qu’un miroir qui reflète ou un abîme qui engloutit. »

Apprendre à célébrer le Quotidien est le meilleur exercice de mise en application de la liberté intérieure.

Harmoniser sa vocation profonde avec la vie qui est la nôtre, ici et maintenant, en cessant de se perdre dans de vains combats contre soi et les conditions extérieures de son existence, est la voie royale d’une sérénité et d’une prise de conscience que tout se joue dans les petites comme dans les grandes choses qui s’imposent à nous et que nous ne pouvons toujours contrôler ou éviter.

Ressentir de façon extraordinaire ce qui semble ordinaire, rendre merveilleux ce qui paraître ennuyeux.

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Le corps, un chemin de prière d’Annick Chéreau et Pierre Milcent

« La majeure partie des grandes religions qui ont cherché l’union à Dieu dans la prière ont aussi indiqué des voies pour l’atteindre. Comme l’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions, on ne devra pas rejeter a priori ces indications parce que non chrétiennes. On pourra au contraire recueillir en elles ce qui s’y rencontre d’utile, à condition de ne jamais perdre de vue la conception chrétienne de la prière, sa logique et ses exigences. D’authentiques pratiques de méditation provenant de l’Orient chrétien et des grandes religions non chrétiennes peuvent constituer un moyen adapté pour aider celui qui prie à se tenir devant Dieu dans une attitude de détente intérieure. » Cardinal Ratzinger

Si ce livre ne m’avait pas été adressé, il est plus que certain que je ne l’aurais jamais ouvert, le thème ne m’interpellant pas de prime abord.

Comme j’ai pu l’exprimer dans un précédent billet, une pudeur instinctive (peur ?) me conduirait à me sentir très vite mal à l’aise à devoir « me mettre en scène » pour prier, surtout en communauté, et le préalable consistant à mettre son corps dans une disposition facilitant l’oraison, par le biais de quelques exercices ou postures corporelles, me gênerait terriblement au point de passer complètement à côté de l’objectif à savoir, en l’occurrence, favoriser la rencontre avec Dieu.

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Peur ou pudeur?

Dans cette froideur apparente il y a de la pudeur, et les sentiments vrais en ont besoin. Alfred de Vigny

Lorsqu’on vient d’une famille où, pour la plupart d’entre nous, les émotions les plus exacerbées sont celles qui se manifestent dans les pirouettes intellectuelles et les jeux de mots, où les flottements de vie sont balayés par le rire et la tristesse vécue dans son intimité, il est vrai que nous ne pouvons qu’être décontenancés devant des natures qui sont tout émotion, où les larmes sont prêtes à jaillir à la moindre occasion et qui manifestent leur enthousiasme par explosions de gestes et de paroles.

Avec le temps, les lignes ont certes bougé, les paroles se sont déliées, les gestes sont devenus plus spontanés et des « bonjour ma fille que j’aime » ou des « mon frère que j’aime » ont remplacé (parfois) les sempiternels « allô oui j’écoute ? » exprimés d’une voix de fausset ou les « ouiiiiii ? » idiots qui masquent d’emblée une confidence jetée rapidement.

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Genèse de ton absence d’Annie Wellens

« Si ton cœur a cessé de battre, le nôtre galope un peu plus vite en cette soirée où, au fil des heures, nos paroles te concernant vont prendre leur essor (…). L’ampleur de ton absence agrandit l’horizon de nos échanges qui s’arrêteront cependant au seuil de nos demeures secrètes, là où tu résides, comme époux ou comme père. La nuit est déjà bien avancée quand j’embarque, pour la première fois sans toi, à bord du lit bateau de notre chambre. ( …) Le bouleversement du paysage extérieur causé par la mort de ton arbre reflue sur mon dépaysement intérieur engendré par la tienne. »

Rencontré quand elle était encore étudiante, Annie Wellens fut la femme de Serge Wellens, poète connu et reconnu, décédé en 2010. Cinq ans plus tard, dans un court récit, elle revient sur la semaine qui a précédé sa mort, la Genèse de son absence, son enterrement, l’Exode, et sa vie sans lui, la Terre Promise.

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A Paris chez Antoinette Poisson

L’art de la dominoterie

Passionnée par tout un tas de sujets qui dépassent largement la littérature, il me tient à cœur en ce moment de rendre hommage aux créateurs ou aux créations d’exception, que ce soit de grandes maisons ou des entreprises plus récentes, qui ont pour point commun de transmettre ou faire revivre un savoir-faire artisanal, témoignage exceptionnel d’un savoir-vivre et d’un savoir-être à la française.

On ne m’ôtera pas de l’idée que le café est meilleur dans un joli mug, ou que les mots couchés sur du beau papier sont plus agréables à lire. Luxe ou raffinement, superficialité ou inutilité, tous les goûts sont autorisés, mais à titre personnel, je suis particulièrement sensible à une ambiance, une atmosphère, aux objets qui nous entourent, non par goût immodéré de la possession, mais parce que ces petits riens qui forment le tout dans lequel nous évoluons, respirons, posons nos regards, vivons au quotidien, participent à l’unicité de notre être, cette sensation de se sentir chez soi et en harmonie. Ce qui est vrai en littérature ou en musique, l’est aussi dans les objets, et lorsqu’une sculpture, une gravure, un tableau, un meuble ou même un simple bibelot trouve sa place chez soi, il porte en lui ce lien indirect avec ceux ou celles qui l’ont précédemment détenu, vous l’ont offert ou qui l’ont créé dans l’intimité de leurs ateliers.

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Buly 1803, officine universelle

Installé rue Saint-Honoré à Paris en 1803, Jean-Vincent Bully, (avec deux « l ») fut l’un des premiers parfumeurs à s’ouvrir aux progrès de la science et de la cosmétique pour formuler ses inventions.

Le « Vinaigre de Bully », lotion aromatique brevetée pour la toilette et la conservation du teint, gagna une grande réputation dans toute l’Europe et conféra à l’officine une notoriété sans précédent pendant plus d’un siècle.

Restée en sommeil au XXème siècle, l’officine a repris ses lettres de noblesse récemment sous l’impulsion de Victoire de Taillac et Ramdane Touhami sous le nom Officine Universelle Buly (avec un seul « l ») et si vos pas vous portent rue Bonaparte dans le quartier saint Germain, vous ne manquerez pas de tomber sous le charme de cette merveilleuse boutique qui fleure bon la cosmétique d’autant.

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Merci pour ton agréable réponse…

Ma précieuse princesse est une petite fille de 10 ans dont le cerveau extrêmement vif et bien agencé conduit la maman que je suis à devoir adopter vis-à-vis d’elle un comportement qui n’entre pas dans l’affrontement ni dans la discussion stérile mais doit l’amener à se persuader que la décision, murie et réfléchie, vient d’elle, ou tout du moins, qu’elle en devienne évidente et donc acceptée.

Ce qui pourrait être extrêmement usant si elle était dans la provocation, est en fait pour moi une source de ravissement et de sourires intérieurs sans fin, je le reconnais, non pas uniquement parce qu’elle est ma fille, mais parce que je dois l’avouer, je ne connais pas beaucoup d’enfants voire même d’adultes, dotés d’une telle capacité à arriver à ses fins sans heurt ni caprice, ni violence verbale et dans une très juste prise de considération des caractères de chacun.

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La nuit des béguines d’Aline Kiner

« En comptable attentive des causalités et des contingences, Ysabel sait cela : quelle que soit la petitesse de chacune de nos vies, elles relèvent toutes d’un vaste ensemble, les mouvements et les troubles de l’âme dépendent de ceux du monde, la violence ne s’arrête pas à ceux qu’elle vise, elle rebondit comme un caillou sur l’eau, dure et frappe, frappe encore, les peurs collectives s’amplifient des bassesses individuelles, les grandes ambitions se conjuguent aux plus médiocres. »

 Les béguines sont apparues à Liège à la fin du XIIème siècle avant de s’étendre rapidement en Europe. Elles ont constitué une des premières formes de vie religieuse non cloitrée, vivant dans de petites maisons individuelles regroupées autour d’une chapelle, d’un réfectoire, de salles communes, voire même d’un hôpital, formant un ensemble appelé béguinage. En 1264, le roi Saint Louis installa un béguinage dans le Marais, entre les actuelles rue Charlemagne, rue du Fauconnier et rue de l’Ave-Maria et adossé à l’enceinte de Philippe-Auguste, emplacement sur lequel se trouve aujourd’hui le lycée Charlemagne.

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La voix contagieuse de François Cassingena-Trévedy

« Au vrai, prêcher sur l’Evangile est un acte redoutable. (…) Avec le temps, un irrépressible mouvement de réticence finit par prendre le dessus, et la conscience aigüe que le silence seul, alors, serait de mise, inspire l’horreur de maints bavardages dont on pourrait se rendre coupable devant les hommes et devant Dieu. (…) Nous parlerons, malgré tout, parce que nous sommes naturellement des hommes-de- parole, (…), parce que la Parole elle-même nous y invite, jusqu’à nous laisser cette recommandation en testament pascal : Prêchez à toute la création, (…) avec un seul office : celui d’éveiller à l’évènement de la Parole. (…) Il ne peut le faire, bien sûr, que s’il en est le témoin et, s’il se peut dire, le locataire. »

Homélies

Mon cher Papa,

J’ai reçu ce livre dont j’ai lu plusieurs extraits, épars et à des moments variés de la journée. J’ai l’impression d’y être hermétique, ce qui me chagrine profondément, ayant le sentiment d’avoir entre les mains un trésor et ne pas savoir comment le découvrir et l’apprécier à sa juste valeur. « C’est assez de joie, pour la voix qui l’explore et la balbutie, que de se savoir contagieuse » écrit le Père François à la fin de son prologue.

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Un prince d’Emmanuel Godo

« (…) comment définir cette place que vous avez crue, vous l’auriez juré, vacante, dans ce théâtre qu’est la vie, dans cet espace à mi-chemin de votre vie intérieure et du monde tel qu’il est, de ce qu’on nomme le réel, comme si l’autre côté ne l’était pas, cette place que des inconnus viennent occuper et qui désormais auront leur visage, quelle que soit la relation qui s’instaurera avec eux, qu’on leur parle ou non, qu’ils deviennent, de façon effective, je veux dire effective au regard des lois du monde, au regard des relations qu’on est sommé d’y entretenir pour qu’on puisse dire de celui-ci qu’on le connaît, que l’on est un de ses proches (…)  »

Cher Monsieur,

Votre livre démarre par une lettre de Jean-Pierre Lemaire dans laquelle il vous fait part de sa gratitude pour ce texte qui, bien que l’ayant surpris de prime abord par l’unique phrase qui le compose, l’a enchanté, n’hésitant pas à comparer votre Prince à celui de Dostoïevski, la fiction laissant la place à la poésie de charité, et souhaite qu’il rencontre le public qu’il mérite, j’ai trouvé le procédé délicieux, imaginant la joie que doit ressentir un écrivain à recevoir un tel courrier, et modestement je m’essaie au même exercice, car c’est ainsi que je souhaite parler de votre livre, porté à ma connaissance par un Lire la suite

La partition intérieure de Réginald Gaillard

« Pourquoi nous faut-il endurer la trivialité et l’ennui du quotidien alors que, je le sais, je le sais parce que je le sens, vous suivre ne saurait être se conformer à ce banal enchaînement d’habitudes du corps, autant que de la parole, vite usées par le temps des hommes. Faire chair avec le temps du Christ, qui n’a ni passé ni futur, qui n’est que présent ou infini, ce qui est peut-être la même chose, n’advient que le temps d’une fulgurance poétique ou mystique, brefs instants de lucidité où tout semble simple et possible. (…) Ils ne mesuraient pas la légèreté ou l’insouciance qui les plaçaient, à leur insu, dans un esprit mortifère. Peut-être est-ce cela la vraie mort : lorsque l’esprit n’est plus vigilant. »

Les critiques sur ce livre, avant même sa sortie, ont été si dithyrambiques, qu’il me semble difficile aujourd’hui de pouvoir rajouter ma pierre à l’édifice.

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L’art de perdre d’Alice Zeniter

« Si on pouvait le regarder au travers de ses paroles, on distinguerait deux silences, qui correspondent aux deux guerres qu’il a traversées. La première, celle de 39-45, il en est ressorti en héros et alors son silence n’a fait que souligner sa bravoure et l’ampleur de ce qu’il avait eu à supporter. On pouvait parler de son silence avec respect, comme d’une pudeur de guerrier. Mais la seconde, celle d’Algérie, il en est ressorti traître et du coup son silence n’a fait que souligner sa bassesse et on a eu l’impression que la honte l’avait privé de mots. »

 Ma chère Elvire,

Nos longues discussions, qu’elles soient orales ou épistolaires, ont durablement transformé ma façon de voir le monde qui m’entoure, et il n’est pas rare que ce qui m’indifférait auparavant suscite désormais mon intérêt.

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L’héritage de Benoit XVI de Christophe Dickès

« Aucun personnage public dans l’ère moderne n’a souffert d’une disjonction plus dramatique entre son image publique et la réalité de sa personnalité. (…) Tant humainement qu’intellectuellement, il avait cette double capacité à rafraichir la raison et à réchauffer le cœur de son interlocuteur. (…) Benoit XVI a joué la partition de l’intelligence de la foi, (…) en nous expliquant la foi, l’espérance et la charité dans la tradition des grands docteurs de l’Eglise. (…) Mais son premier héritage, est celui de la renonciation et surtout de la « création » au sens propre d’une nouvelle charge dans l’Eglise, celle de pape émérite. »

 Le passage presque éclair de Benoit XVI au ministère pétrinien (2005-2013) m’a laissé peu de traces car il est intervenu à une période de ma vie que je pourrais qualifier de désert spirituel, à tout le moins à une époque où certains évènements personnels m’ont rendue imperméable à toute question théologique. Je le suivais et écoutais à distance, mais ne m’en imprégnais pas, et ce que je savais de Benoit XVI relevait davantage de discussions familiales que d’une prise de possession intérieure de ses écrits.

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L’appel des oliviers de Françoise Evenou

« Non Francisco n’était pas un fou ; c’était un cœur pur, vouant sa vie à Dieu, et son âme le réfléchissait comme un miroir. Il veillait et priait sans cesse. Et l’homme qui chemine avec Dieu s’abandonne totalement et avec confiance entre les mains du Père, se sent libre, et n’a rien à craindre, n’est dominé par rien. Alvaro, qui avait mis toutes ses forces et sa confiance en lui seul, refusé toute autre loi que la sienne, découvrait que l’homme qui ose s’abandonner à un Autre que soi puise sa force à la source de la Vie. (…) Comme la bonté et la joie, la paix est contagieuse.

Françoise Evenou est venue à moi il y a environ deux semaines et m’a demandé si elle pouvait m’envoyer son livre. Trois petits clics sur internet rapides, son sourire lumineux qui s’affiche, Salvator en éditeur, et j’ai dit oui évidemment, touchée par cette marque de confiance.

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Une histoire des loups d’Emily Fridlund

« Aujourd’hui, il m’est difficile d’évaluer quelle part de ce que j’ai fait et désiré à l’époque résultait directement d’une version de cette pensée-là. Quelle est la différence entre ce qu’on veut croire et ce qu’on fait ? (…) Et quelle est la différence entre ce qu’on pense et ce qu’on finit par faire ? (…) Parfois, quand je m’assois derrière la cabane rénovée avec ma mère sur ce qui nous reste de terrain, j’essaie de me remémorer les bois de mon enfance. Je ne me laisse pas aller à la nostalgie. Les bois n’ont jamais été magiques à mes yeux ; je n’ai jamais été jeune ou possessive au point de les voir ainsi. »

 Depuis 2006, les éditions Gallmeister se consacrent à la littérature américaine, choisissant avec soin des auteurs dont la plume et le regard se veulent observateurs du monde américain, devenant ainsi l’unique éditeur français à se spécialiser uniquement en ce domaine.

La littérature américaine est en effet foisonnante et recèle d’écrivains de très grande qualité contribuant à la découverte de ce continent fascinant et complexe de par ses extrêmes et sa diversité.

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Pour la liberté de François Sureau

« Le 31 janvier, 28 mars et 30 mai 2017, j’eus à plaider devant le Conseil Constitutionnel contre trois dispositions sur des lois relatives au terrorisme et à l’état d’urgence. (…) Les trois plaidoiries que vous allez lire s’inspirent d’une idée que je crois juste (…). Le système des droits n’a pas été fait seulement pour les temps calmes, mais pour tous les temps. Rien ne justifie de suspendre de manière permanente les droits du citoyen. Cela n’apporte rien à la lutte contre le terrorisme. Cela lui procure au contraire une victoire sans combat, en montrant à quel point nos principes étaient fragiles. »

 « Pour la liberté », rassemble trois plaidoiries que François Sureau a prononcées devant le Conseil constitutionnel dans le cadre de ce qu’on appelle en droit des questions prioritaires de constitutionnalité permettant, à l’occasion d’un litige, de contester la conformité de lois en vigueur à la Constitution, et à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 à laquelle la Constitution se réfère dans son préambule.

Un véritable contrôle a posteriori, alors même que les lois sont votées, publiées et mises en application.

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Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer

« Ma fille, je n’en peux plus de me cacher, de dire que j’ai une fille qui ne veut plus de moi. Des années sans un mot. (…) Je suis devenue pauvre de toi, de tout l’amour d’un père. (…) J’ai tenu ma place de père je crois. (…) J’espère que tu redeviendras ma fille un jour. Laisse-moi une petite place. Accorde moi l’image d’un père même à échelle réduite. (…) Tes fondations sont les heures que nous avons passées ensemble à interroger la vie, à balayer la mystique, à gratter les mots, les idées, les grands auteurs. A marcher sans rien dire pour écouter le silence. Je mérite bien d’être ton père, même à échelle réduite… »

Je le dis d’emblée : ce livre est un immense coup de cœur.

Attirée comme un aimant par le titre et la photo, puis son format et son papier, j’ai eu tout de suite envie de le prendre et de le feuilleter. Je le souligne car cela me permet de remercier au passage l’auteur et sa maison d’éditions, un livre réussi étant d’abord, à mon sens, un livre qui donne envie d’être touché, senti, exposé, un peu comme un bel objet ramené chez soi.

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Le Perlimpinpin

Tout récemment, mes enfants m’ont remis en mémoire ces mots savoureux prononcés par Emmanuel Macron lors du débat présidentiel qui l’opposait à Marine Le Pen où, docte et imperturbable, le pouce rejoignant l’index et les trois autres doigts pointés vers l’avant, ce dernier la regarda dans la yeux en lui disant : Madame le Pen, votre programme c’est de la poudre de perlimpinpin !

Cette phrase a tourné en boucle dans des clips remixés, découverts cet été par mes enfants, et comme ils sont encore à un âge où ils se lassent malheureusement difficilement de ce genre de plaisir, j’ai du perlimpinpin plein les oreilles.

A bien y réfléchir cependant, cette expression, à la sonorité rigolote et désuète, est juste incroyable surtout quand elle émane de notre président.

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Les huit montagnes de Paolo Cognetti

« Mon père avait une façon bien à lui d’aller en montagne. Peu versé dans la méditation, tout en acharnement et en bravade. Il montait sans économiser ses forces, toujours dans une course contre quelqu’un ou quelque chose, et quand le sentier tirait en longueur, il coupait par la ligne la plus verticale. Avec lui, il était interdit de s’arrêter, interdit de se plaindre de la faim, de la fatigue ou du froid, mais on pouvait chanter une belle chanson, surtout sous l’orage ou en plein brouillard. »

Dans la suite des billets consacrés aux sorties littéraires de la rentrée dans la section « livres profanes » (j’adore cette expression en vigueur à la Procure), place aujourd’hui au roman du jeune Italien Paolo Cognetti, « Les huit montagnes ».

Déjà publié pour un Carnet de montagne intitulé Le Garçon sauvage et quelques nouvelles, Paolo Cognetti est aujourd’hui encensé par la critique italienne.

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Les Jumeaux Vénitiens de Carlos Goldoni

Totalement enthousiaste est le terme qui me vient spontanément à l’esprit pour décrire mon état à la sortie de la première des Jumeaux Vénitiens, pièce écrite en 1745 par Goldoni et actuellement jouée au Théâtre Herbertot.

Des frères jumeaux, Tonino et Zanetto, séparés à la naissance, se retrouvent fortuitement dans la ville de Vérone à l’âge adulte pour y épouser leurs promises. Autant Tonino, élevé à Venise, est un jeune homme spirituel et raffiné, autant son frère Zanetto, qui a grandi dans une ferme, est un garçon rustre et naïf. De cette ressemblance physique dont tous les personnages sont dupes, vont naitre des imbroglios  et quiproquos en cascade sur fond de mariage arrangé, de bijoux volés, d’argent, de duels à l’épée.

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Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls de Eivind Hofstad Evjemo

« Le deuil est comme un bateau lourd à manœuvrer. Il faut ramer et écoper en même temps. Le plus important, c’est de cultiver la solidarité. (…) Le bonheur qu’elle éprouve a un rapport avec le temps, elle le sait. Il vient d’une concordance entre autrefois et aujourd’hui, d’un sentiment d’éternité, d’immuabilité : ce qui vit englobe ce qui a disparu. C’est le sentiment qui, pour elle, se rapproche le plus d’une foi religieuse »

Dans la série des livres de la rentrée, je viens de terminer cet ouvrage du norvégien Evjemo, traduit pour la première fois en France.

Le titre à lui seul est rempli de promesses, et a justifié en grande partie son acquisition.

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Quand tu étais sous le figuier… d’Adrien Candiard

Propos intempestifs sur la vie chrétienne

« La vie chrétienne, c’est d’avoir le courage de ne pas renoncer à la joie (…) parce que le bonheur est notre vocation (…) qui n’est que l’autre nom de la vie spirituelle que Dieu veut nous proposer. (…) Discerner notre vocation, réaliser notre vocation, vivre une vie chrétienne, c’est apprendre à nous libérer du poids de nos fantaisies, de nos envies du moment, de nos tocades, pour nous concentrer sur notre désir le plus vrai, celui qui nous constitue et nous fait avancer, celui qui nous appelle vers le bien. (…) Jésus nous invite à choisir la vie éternelle maintenant, et à la vivre sans attendre. »

Bien que sorti en 2016, voici un livre qui fait joliment écho à celui de Christiane Rancé, « Lettre à un jeune chrétien », et qui vivifie par la sobriété avec laquelle Adrien Candiard nous fait entrer dans notre vie spirituelle.

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Bakhita de Véronique Olmi

« Elle ne sait pas comment elle s’appelle. Elle ne sait pas en quelle langue sont ses rêves. Elle se souvient de mots en arabe, en turc, en italien, et elle parle plusieurs dialectes. Plusieurs viennent du Soudan et un autre, de Vénétie. (…) Elle connaît trois prières en latin. (…) On lui a demandé souvent de raconter sa vie, et elle l’a racontée encore et encore, depuis le début. (…) Pour ce récit, sa mémoire est revenue. Mais son nom, elle ne l’a jamais retrouvé. (..) Mais le plus important n’est pas là. (…) Elle garde en elle, comme un hommage à l’enfance, la petite qu’elle fut. Cet enfant qui aurait dû mourir en esclavage a survécu, cette enfant était et reste ce que personne n’a jamais réussi à lui prendre. »

Parmi les sorties littéraires de la rentrée, soulignons ce magnifique livre de Véronique Olmi consacré à Bakhita, sanctifiée en 2000 par le pape Jean-Paul II sous le nom de Sainte Joséphine Bakhita, après avoir été déclarée patronne du Soudan en 1995.

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Car ils ne savent pas ce qu’ils font de Maxence Van Der Meersch

« Le beau roman, ce ne doit pas être l’histoire d’une exception. Ce doit être un morceau de la vie de tous les jours, où chacun se reconnaisse, et qui pourtant enseigne aux hommes quelque chose que tous ne voyaient pas. (…) Il n’y a rien de plus cruel, de plus mauvais, qu’un homme qui n’aime plus ou qui croit ne plus aimer. (…) Je comprends à présent que je me suis conduit comme un monstre. Vous ne vous imaginez pas la somme infinie de souffrances qu’un homme peut faire endurer à l’esprit de sacrifice de la femme qui l’aime (…) mais l’expérience d’autrui n’a jamais profité à personne.»

Relire Julien Green m’a donné envie de faire perdurer ce saut dans le passé où affalée sur mon lit, je lisais à plus soif ces romans d’une époque révolue, qui comportait certes ses vices et l’empreinte d’une certaine dureté dans les rapports sociaux, mais dont il m’était aisé de compatir en spectatrice extérieure à un âge où la vie vous est douce et sans souci, ou de m’enthousiasmer pour un art de vivre où le port d’une redingote et l’emploi d’un verbe châtié et du vouvoiement rendaient même un malotru civilisé.

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Moïra de Julien Green

« Et si Joseph pensait quelquefois à Moïra, c’était pour se dire qu’après tout elle ne ressemblait en aucune façon à la femme qu’il s’était figurée. Cela le rassurait. D’une certaine manière, on pouvait même dire que Moïra lui répugnait : il se rappela qu’elle portait une robe si étroitement ajustée que certaines parties de son corps se laissaient voir avec précision, et que la robe fût rouge aggravait cette impudeur. (…) Ces paroles qui sortaient malgré lui de sa bouche le surprenaient toujours parce qu’elles exprimaient clairement des choses qui, jusque-là, se cachaient au fond de lui-même. (…) Les pensées qu’on a dans l’obscurité ne sont pas les mêmes que celles qu’on a dans la lumière. Il savait qu’en éteignant, il redeviendrait la proie de Moïra. »

L’œuvre de Julien Green correspond tout à fait au genre de littérature que je pouvais dévorer plus jeune, entre 15 et 20 ans environ.

De mémoire, j’avais dû lire Mont-Cinère et la trilogie Dixie, mais comme je lisais beaucoup de livres de la même veine, je reconnais n’en garder que peu de souvenirs.

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Le Maître de la Terre de Robert-Hugh Benson

« Tout ce qui avait eu lieu jusqu’alors ne pouvait manquer d’amener ce qui venait d’avoir lieu, c’est-à-dire la réconciliation du monde entier sur des bases autres que celles de la vérité divine. (…) Voici que se formait une unité sans équivalent dans l’histoire (…) En fait, les vertus naturelles s’étaient soudain épanouies, tandis que les vertus surnaturelles avaient été méprisées. La philanthropie avait pris la place de la charité, le contentement celui de l’espérance, et la science s’était substituée à la foi. (…) Et Percy comprenait désormais que le chrétien ne pouvait plus que veiller et attendre, jusqu’au jour où le corps mystique sortirait décidément du tombeau. »

Sorti en 1906, ce livre est une véritable fresque de la fin des temps, œuvre pré-apocalyptique par excellence que l’auteur situe un siècle après son écriture, mais dans un cadre totalement futuriste (habitat sous terre, machines volantes, trottoirs roulants…).

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Paris sous la pluie

« Par les deux fenêtres qui sont en face de moi, les deux fenêtres qui sont à ma gauche, et les deux fenêtres qui sont à ma droite, je vois, j’entends d’une oreille et de l’autre tomber immensément la pluie. Je pense qu’il est un quart d’heure après midi : autour de moi, tout est lumière et eau. Je porte ma plume à l’encrier, et jouissant de la sécurité de mon emprisonnement, intérieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’air, j’écris ce poème. » Paul Claudel

Pour un mois d’août, le temps est particulièrement exécrable. Il pleut, le ciel est gris, et lorsque le soir tombe les températures chutent lourdement. Un temps à rester enfermée, ce qui n’est pas fait pour me déplaire à dire le vrai, mais un peu tristoune dans une période où une activité professionnelle quasiment en berne devrait permettre de flâner davantage dans les rues Paris sans parapluie.

Alors que fais-je à Paris sous la pluie quand elle s’est vidée non seulement de ses habitants mais également de quasiment presque tous mes amis ?

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Passer la soirée avec son amie Sucre d’orge

J’ai reçu il y a quelques jours au courrier une Wonderbox  de ma banque (oui oui de ma banque, je sais c’est un truc de dingue !) pour un restaurant et un cinéma de mon choix pour deux personnes.

Par mon choix, entendez parmi la liste que vous trouverez sur le site après inscription et validation du code barre, et réception d’un mail qui permettra de vous enregistrer et de sélectionner ensuite un resto et un ciné parmi les établissements adhérents à ce concept.

J’ai hésité à l’offrir après quelques agacements d’incompréhension du mode de fonctionnement, et puis quand ô miracle, je reçois le précieux sésame « vous êtes bien inscrite à notre programme », je considère finalement qu’il est bien dommage de ne pas en profiter en cette période estivale.

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Lettre à un jeune chrétien de Christiane Rancé

Et à ceux qui ignorent qu’ils le sont

« Quel que soit ton âge, c’est ton tour de vivre et d’aimer, et alors d’initier la renaissance secrète de l’âme du monde, dont chacun a la charge (…) renouer avec notre vocation à la vie, à la beauté et à l’amour ; anéantir notre complicité avec tout ce qui réduit, étouffe, catalyse notre élan à la joie et à notre espérance. (…) C’est pour cela que je t’écris aujourd’hui, pour que tu veilles à maintenir cette inquiétude alerte (…) pour ne jamais démériter de tes enthousiasmes, ni de ton héritage et ce à quoi il t’oblige. »

En rentrant de vacances, j’ai découvert dans ma boite aux lettres le dernier livre de Christiane Rancé, magnifiquement dédicacé, à la plume, signe d’un raffinement qui me ravit.

Je profite donc de ce billet pour remercier les éditions Tallandier et l’auteur pour ce geste qui me touche infiniment

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Romans de vacances

Mes pas m’ayant conduite cet été à poser mes valises auprès d’une abbaye de chanoines du sud de la France, j’avais rempli ma valise de livres spi et denses, de ceux qui se savourent et s’apprécient dans un mode proche du recueillement ou de la méditation.

Je les ai quasiment tous commencés, j’en ai racheté d’autres, un de mes frères les a tous lus, ce qui a suscité de nombreux échanges profonds le soir, mais la présence de mes enfants et d’une ravissante crique au pied de l’abbaye où ils ont passé de longues heures à se baigner et à peindre sur les galets, ont changé mes plans pour privilégier le roman, plus compatible avec ce type d’activité.

Je vous proposerai donc ultérieurement des billets sur ces livres quand ils seront achevés, mais en attendant, et pour les vacanciers du mois d’août, voici tout de même quelques ouvrages qui devraient vous ravir.

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Le resto des vacances

Chercher un havre de paix dans un coin reculé privé de toute connexion et de vie citadine était un pari osé. Je l’ai tenté, il a été brillamment relevé, mais qui dit coin reculé dit adieu petits bars et restos au bord de l’eau, adieu sorties nocturnes et adieu les plaisirs alimentaires.

Si ce n’était l’inénarrable épicerie du coin où trois tranches de jambon se battent en duel avec 4 pauvres saucisses, et encore quand elle n’a pas été dévalisée, vous en viendriez presque à regretter votre Monoprix Gourmet.

Tels les aventuriers de Koh-Lanta craignant la disette, nous avons initié un rationnement draconien de nos réserves, et nous fûmes si brillants en ce domaine que nous avons même réussi à sauver une boite de raviolis et un reste de riz. A 38 ans, j’ose l’avouer, je n’ai jamais été aussi heureuse que de retrouver le plaisir de savourer religieusement et parcimonie nos madeleines aux œufs frais Saint Michel – nos madeleines de luxe- en guise de dessert, le sachet d’un kilo ayant tenu la semaine.

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Nunc

 

« Nous ne nous interdirons pas à l’avenir d’être plus attentifs et vigilants. (…) Toujours, il convient de préparer sa mort, c’est la condition nécessaire afin de ne pas avoir à la redouter chaque jour et ainsi être contraint, réduit, limité, dans l’ampleur de son action. NUNC : agir, penser, écrire, créer : en somme composer quelques bouquets pour que la cité s’apaise et se réinvente. Vœu pieu autant que prétentieux ? Naïveté ? Nullement : vœu sage et responsable, contre le fiel de ceux qui, ne choisissant pas, font forcément et malgré eux, le choix du pire, le risque d’un bouquet délétère … » Réginald Gaillard (Responsable de publication de la revue NUNC, liminaire du n°42)

Si une année fut intense à plus d’un titre, c’est certainement celle qui vient de s’écouler tant elle fut l’occasion de rencontres aussi variées les unes que les autres, de questionnements, de quête personnelle, de recherche de point d’équilibre, d’aspirations sans cesse renouvelées, et rares furent les années où j’ai autant souhaité en ce début juillet me mettre au vert, en mode ermite.

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En vrac…

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de changer quelques habitudes pour consacrer un billet unique à plusieurs sujets en même temps.

La grande question qui surgit immédiatement est : pourquoi ?

Un judicieux pourquoi mais dont la réponse risque fort de vous décevoir.

Outre le fait que j’aime beaucoup changer le ron-ron quotidien (l’intensité jaillit dans le renouveau), la raison principale est que j’ai lu ou vu de jolies choses ces dernières semaines, mais aucune qui, à mes yeux, a été de nature à susciter des billets à part entière.

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Je vous écris de la Terre Sainte de David Neuhaus

 

« Alors que notre pays était une fois de plus déchiré par la haine et la violence pendant l’été 2014, j’ai pris conscience que, plus que jamais, les disciples du Christ étaient aujourd’hui confrontés à de nouveaux dilemmes œcuméniques en Terre Sainte. (…) Où sont les disciples du Christ ? Dans la guerre entre Israéliens et Palestiniens, ils sont des deux côtés. (…) Dieu dans sa sagesse a semé les graines de la vérité de tous les côtés du conflit multidimensionnel qui engloutit la Terre Sainte depuis des décennies. Cependant la question de savoir où sont les disciples du Christ n’est pas seulement géographique. Il s’agit de savoir quelle position ils adoptent alors que le monde dans lequel ils vivent est plongé dans la guerre et la violence. »

J’ai lu cet ouvrage sur les vives recommandations de mon paternel, et je ne peux que l’en remercier car je le referme en ayant le sentiment de toucher du doigt une dimension spirituelle et œcuménique d’une grande intensité et dont je l’avoue je ne soupçonnais pas la richesse.

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Même les pêcheurs ont le mal de mer de Diane Peylin

« On a beau faire, les choses se répètent, se transmettent, qu’on le veuille ou non, on se fait du mal sans s’en rendre compte. Je n’ai pas voulu tout ça et pourtant… j’ai mal au ventre, moi qui n’ai jamais eu mal au ventre, je n’ai jamais eu mal nulle part, une véritable armure, ma carcasse. (…) J’aurais dû profiter de ce répit et prendre tout ce qu’il y avait à prendre, savourer cette exclusivité. J’aurais dû mais je ne l’ai pas fait, comme tant d’autres choses encore. « J’aurais dû » : ma nouvelle rengaine pour pallier les déchirures de l’existence. (…) J’aurais dû m’accrocher à ce sourire. »

« Tous les hommes ont le mal de père » aurait pu être le titre de ce roman choral.

Sur une petite île volcanique non dénommée où les hommes tirent de la pêche leur moyen de subsistance, trois hommes, grand-père, fils et petit-fils, s’affrontent dans une longue agonie intérieure où la quête de leur père les mure dans leur propre paternité.

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Les Atticistes d’Eugène Green

« Selon lui, Rome était tombée dans le vice de l’asianisme à cause du soleil et du ciel bleu qui y régnaient dans une démesure effroyable. Paris, en revanche, bénéficiait en toute saison d’une délicieuse petite pluie, d’un ciel gris, et de températures qui variaient peu entre décembre et juillet. Ce climat était un don de la Providence, qui protégeait la ville capitale de la France contre tout excès. »

Je connaissais Eugène Green réalisateur de films.

Je découvre Eugène Green écrivain.

Ce qui est extraordinaire dans la confiance donnée à autrui, c’est de pouvoir mettre ses pas dans les siens aveuglément ; non pas sans analyse ou recul, mais plutôt dans une forme d’abandon qui permet d’aiguiser et assouvir sa curiosité dans des terrains inconnus dont on sait par avance qu’ils sont balisés.

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La piste Pasolini de Pierre Adrian

« Pasolini a justement mis les mots sur mes inquiétudes. Je ne peux pas me confondre autant avec un écrivain. Il m’inspire autant parce que j’ai retrouvé chez lui cet appétit d’essentiel, l’humilité et la générosité du chrétien de chapelle. Et la répugnance pour le dogmatisme, la règle moralisante. J’aimais la profonde humanité de Pasolini, homme des actes gratuits et des relations humaines. Homme sans calcul, plus catholique que les catholiques. »

Il est étonnant ce Pierre Adrian que j’avais découvert à la lecture de son dernier livre «Des âmes simples».

Brillant et talentueux, cet ouvrage ne fait que confirmer ce qui déjà transpirait dans chaque page de son deuxième roman, mais en nous faisant marcher sur les traces de Pasolini, c’est une autre facette de sa personnalité qui nous est dévoilée.

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Va chemine et montre-toi

De ci, de là

Cahin-caha

Va ! chemine, va ! trottine

Va ! petit âne, va de-ci, de-là,

Cahin-caha, le picotin te récompensera.

« Vous ne vous montrez pas assez, vous êtes trop discrète. »

Toute en retenue me révèlerais-je, trop peu visible je serais.

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La passion de Thérèse d’Avila de Christiane Rancé

« Je découvrais enfin une sainte à mon goût, conquérante et aventureuse. (…). J’entendais ce pays (l’Espagne) comme l’une des plus hautes et des plus secrètes données de la vie spirituelle : les mystiques y tiennent lieu de philosophes et la poésie nourrit la théologie. (…) J’eus la certitude que ce pays avait été créé à la seule fin d’y louer la gloire de Dieu dans ce qu’elle a de plus déraisonnable et selon une idée supérieure et absolue, dont le génie catholique espagnole serait l’exaltation. »

Découvrir Thérèse d’Avila sous la plume de Christiane Rancé est un enchantement.

Christiane Rancé déploie tout son talent, son érudition et sa sensibilité pour nous immerger dans l’Espagne du XVIème siècle, alors première puissance politique de l’Europe, à la tête d’un empire grâce à l’or des Indes, l’Espagne des Hidalgos, des grands écrivains, des peintres, d’une culture qui irradie, Siècle d’or où la vie monastique est devenue un enjeu politique après la Reconquista des derniers territoires occupés par les Maures, l’Inquisition et surtout face à la montée du protestantisme de Luther.

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Tombée du nid et Petit à petit de Clotilde Noël

« Je souhaite que tout le monde puisse rencontrer ces enfants. Que chacun ait la chance d’échanger avec eux. Qu’il se laisse aimer. Qu’il arrive à percer leur mystère pour se laisser guider vers leur bonheur sans limite. Ils sont la clé qui manque à tous ceux qui réfléchissent trop pour vivre ou vivent trop pour réfléchir. Ceux qui oublient d’entendre leur cœur battre. Ceux qui ont tout matériellement, mais qui ne sont pas comblés, qui courent toujours pour attraper ce qui leur manque. (…). Le chromosome surnuméraire est comme un accent circonflexe sur le génome, (…) comme le mot âme avec son chapeau qui l’élève. »

 Chère Marie,

Une fois n’est pas coutume, je termine les deux livres de ta maman en ayant une folle envie de t’écrire à toi personnellement.

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Edmond d’Alexis Michalik

S’il y a une pièce à aller voir au théâtre en ce moment, c’est Edmond d’Alexis Michalik qui se joue actuellement au mythique théâtre du Palais-Royal.

Une pure merveille nominée sept fois aux Molières en 2017 retraçant la difficile création de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand et sa première triomphale en décembre 1897 au théâtre de la Porte Saint Martin.

Douze comédiens se partagent les nombreux rôles, les scènes s’enchainent dans un rythme trépidant, les répliques sont superbement écrites, les personnages finement ciselés, les décors soignés, et l’humour cède le pas à l’émotion, le rire aux larmes quand se dévoilent petit à petit les vers d’une des plus belles pièces du répertoire français.

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Alcione de Marin Marais

Aller à l’Opéra un 7 mai 2017 est un moyen comme un autre de donner du sens à cette date qui crispe un peu sous les ornières.

Point donc ce jour de « suspens » en direct à la télé, de lectures avides des nombreux échanges sur les réseaux sociaux d’un sujet qui rend serein et léger, d’image qui s’affiche à 20h. Point d’élection présidentielle aujourd’hui si ce n’est la petite enveloppe glissée dans les urnes ce matin sous les yeux inquisiteurs de mes enfants.

Le 7 mai fut consacré à faire découvrir à mes trolls l’opéra, au sein du fastueux cadre de l’Opéra Comique qui ouvre à nouveau ses portes après 20 mois de travaux, et entame sa saison sur une création : Alcione de Marin Marais, sous la direction de Jordi Savall, qui s’est fait connaître du grand public pour avoir composé la musique du film Tous les matins du monde.

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Loin de toi, je dépéris

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un cœur qui s’ennuie

Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison

Dans ce cœur qui s’écœure.

Quoi ! nulle trahison ? …

Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon cœur a tant de peine !

Paul Verlaine

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La guerre civile qui vient est déjà là de Damien Le Guay

« La guerre civile est d’abord culturelle avant d’être sanglante. Elle s’installe dans les cerveaux avant de se servir de Kalachnikov et de bombes. Et chez nous, depuis trente ans, elle s’est développée au sein même du monde culturel. »

Voilà un livre dont je ne sais si je dois le recommander pour la qualité de son analyse ou le mettre aux oubliettes tant en le fermant je n’ai qu’une seule envie, foncer chez Castorama pour trouver une corde solide et me pendre.

La politique de l’autruche est en ce qui me concerne la meilleure des thérapies car un excès de lucidité sans filtre a une fâcheuse tendance à me conduire dans un état de dépression avancée, dont je me demande longuement comment en sortir.

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Hommage à Peter May

La sortie du dernier livre de Peter May, L’Ile au rébus, chez Rouergue, me donne l’occasion de rendre hommage à ce formidable écrivain qui fait date dans ma famille.

Il y a des auteurs comme cela qui, quoiqu’ils écrivent, quoiqu’ils publient, se lisent sans se poser de question, et Peter May, tout comme  notamment Michael D. O’Brien dont j’ai pu parler dans un précédent billet, fait partie de ceux-là.

Ses livres pris isolément ne sont pas tous des chefs-d’œuvre, mais quand on aime un écrivain, il me semble qu’il n’y a plus lieu de hiérarchiser ou de quantifier, et chaque nouvelle parution est une promesse de bonheur de lecture. J’ai donc tout naturellement dévoré son dernier livre ce week-end et me voici donc ce soir à l’essai pour tenter de lui rendre hommage.

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Un Roi Immédiatement de Marin de Viry

« La monarchie m’offre tout ce dont j’ai besoin : un honneur dans lequel je vois le courage, le don, la politesse, le respect de la parole donnée et reçue, la fidélité (…) La monarchie serait une nouvelle géométrie politique dans laquelle la grandeur et l’invisible auraient triomphé de la petitesse et de la banalité visible. (…) La grandeur c’est d’abord une histoire d’amour, une fragilité. Ce trésor ce n’est pas la position que l’on occupe dans la société ou l’idée excellente que l’on a de soi-même qui le gardera. C’est le soin que l’on apportera à ce que l’on aime. C’est le service. La grandeur, c’est servir, parce que servir c’est garder ce qu’on aime. Aussi la grandeur dans une monarchie n’est pas l’affaire des plus grands, mais de tous. »

A quelques jours du premier tour des élections présidentielles, voici une petite pépite littéraire qui rend le bulletin à glisser dans les urnes encore plus douloureux.

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Vis ma vie de bouilloire

Nous avons tous dans nos cuisines un ustensile indispensable, celui sans lequel nous nous sentons totalement démunis, celui que nous avons dû racheter une bonne dizaine de fois et dont il nous semble totalement improbable de vivre sans.

En ce qui me concerne, mon objet fétiche, tant aimé, utilisé chaque jour, matin et soir, et même plusieurs fois la journée durant les week-ends, c’est ma bouilloire.

Ah sacré bouilloire grâce à qui ma vie ne serait pas la même.

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La montagne morte de la vie de Michel Bernanos

« Je me sentais maintenant capable d’agir, même dans les pires situations. Bien sûr mon angoisse était loin de m’avoir quitté, mais j’avais fini par m’habituer à elle, et je pense que c’est cela le courage».

Je ne sais plus par quel mystère ce livre, dont j’avais lu de telles dithyrambes qu’il me semblait absolument indispensable de me le procurer, a été porté à ma connaissance, mais le fait est que je l’ai commandé (en librairie), que je l’ai lu et que je l’ai trouvé époustouflant.

Nous sommes loin ici des livres dont je parle habituellement sur mon blog, mais il serait dommage de ne pas rendre hommage à ce petit opuscule considéré comme « un chef d’œuvre sans équivalent dans la littérature française. »

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Marie-Antoinette – Correspondances privées

Interpréter Marie-Antoinette pendant plus d’une heure et quart seule en scène est une véritable gageure, d’autant que le sujet pourrait ne rallier qu’un public averti.

Il faut reconnaître cependant que le pari est brillamment réussi.

Tiré de la correspondance privée de Marie-Antoinette réunie dans l’ouvrage d’Evelyne Lever (édité chez Tallandier en 2005) et mis en scène par Sally Micaleff, le spectacle devient une véritable performance théâtrale grâce au talent de Fabienne Périneau.

Uniquement composé de lettres écrites par Marie-Antoinette elle-même, le récit, porté par un décor épuré qui s’efface au profit de la sublime et solaire Fabienne Périneau, nous fait entrer dans l’intimité de Marie-Antoinette à travers un texte chronologique balayant sa vie depuis son mariage (1770 – elle avait 15 ans) jusqu’à sa mort, le 16 octobre 1793.

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Trois saisons d’orage de Cécile Coulon

« Les hommes estiment pouvoir dominer la nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s’y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible excès d’orgueil, qu’elle était là avant eux, qu’elle ne leur appartient pas, mais qu’ils lui appartiennent. »

Voilà un roman que l’on peut qualifier de puissant, puissance de la nature, puissance de la passion, puissance de la terre.

Une pure saga familiale portée par le rythme de la vie rurale au sein des Trois-Gueules, endroit reculé qui a pris son essor après la Libération grâce à sa roche arrachée à la falaise, attirant les « fourmis blanches » loin de la ville, monde ouvrier se mêlant aux habitants résistant tant bien que mal à la dureté du climat, du lieu, de l’éloignement et qui pourtant, pour rien au monde, ne quitteraient cette terre qui les a vus vivre et mourir.

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Quelques collectionneurs de Pierre Le-Tan

« Dans cette atmosphère feutrée, chaque objet avait une telle présence qu’il n’avait sans doute besoin de rien d’autre, et surtout de personne. (…) Il devait éprouver une satisfaction éphémère, peut-être absurde mais si grande, d’être entouré des objets qu’on a choisis et qu’on aime. »

Certains livres sont de beaux objets en tant que tels, et celui-ci en fait assurément partie.

Délicieusement émaillé de dessins de Pierre Le-Tan lui-même, avec une couverture en grain cartonnée à double rabat, il est rare en dehors des bandes dessinées ou des livres pour enfants, de pouvoir lire des récits illustrés pour adultes.

Ne serait-ce que pour le plaisir des yeux, ce livre mérite a minima d’être feuilleté pour retrouver ce coup de crayon si caractéristique qui a forgé la renommée de Pierre Le-Tan.

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Un jardin avec horizon d’Hélène Raveau

« Ma mère me sourit du haut de la table. Dans une tournoyante lenteur, notre vaisseau de terre et d’herbe continue à s’élever, abandonnant en bas ce que les hommes ont fait de lui : intact, intouchable, il s’enfuit plus haut, il nous emporte dans ses feuilles, dans ses odeurs, vacillant un peu au milieu des nuages. Je ne vois que des visages heureux. »

 Je ne dirai jamais assez combien facebook, bien utilisé, est un formidable réseau de rencontres et d’amitiés de très grande qualité.

Rien ne me touche davantage que celles et ceux qui nous font partager discrètement leurs coups de cœurs littéraires, musicaux ou cinématographiques, émaillent les jours de jolies citations, de tableaux, de photos, qui sont autant d’occasions de découvrir ou redécouvrir le génie créatif de l’être humain.

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Félix et Elisabeth Leseur de Bernadette Chovelon

« Aller de plus en plus aux âmes et les aborder avec respect et délicatesse, les toucher avec amour. Chercher toujours à comprendre toutes et tous. Fortifier son intelligence ; agrandir de plus en plus son âme. Mettre dans tous mes actes, mes paroles, mes gestes même, une mesure, une douceur qui deviennent l’affirmation constante de ma sérénité intérieure » Elisabeth Leseur

Quel émerveillement que la découverte de ce couple magnifique, brillant, mondain, cultivé, amoureux et qui pourtant ne se rejoignit jamais de leur vivant sur ce qui rendit la vie d’Elisabeth si exceptionnelle et si féconde : la Foi.

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Soumission de Michel Houellebecq

« Je me rendais bien compte pourtant, et depuis des années, que l’écart croissant, devenu abyssal, entre la population et ceux qui parlaient en son nom, politiciens et journalistes, devait nécessairement conduire à quelque chose de chaotique, de violent et d’imprévisible. (…) Jusqu’à ces derniers jours j’étais encore persuadé que les Français dans leur immense majorité restaient résignés et apathiques. (…) Je m’étais trompé ».

Certains livres vous font de l’œil depuis leur sortie, vous connaissez leur existence, vous savez de quoi ils parlent, vous ne doutez pas du talent immense de leur auteur qui confine au génie, et pourtant, vous savez pertinemment  au fond de vous que si vous les lisez, il est plus que probable que l’effet qu’il vous procurera vous ferait presque regretter de les avoir ouverts.

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Comprendre l’islam d’Adrien Candiard

Ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien

« Dans la situation dramatique qui est la nôtre, où les défis qui nous sont posés sont considérables, rien n’est plus urgent sans doute que de prendre le temps de comprendre en profondeur ».

Oyé, oyé, chers amis, me revoilà.

Point de désespérance ou d’âme égarée me conduisant à fuir le clavier, mais des journées sans fin où évènements personnels et professionnels se sont conjugués pour me laisser très peu de disponibilité d’esprit.

Ma baby-sitter régulière déjà qui nous a « lâchés » du jour au lendemain, m’obligeant à puiser dans les réseaux de mamans du quartier à la recherche de leurs « grands » en quête de petits boulots, et une semaine de travail particulièrement chargée ponctuée de « tu pars déjà » ou « bon après-midi » alors que j’étais en rade de nounou, m’ont légèrement crispée.

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L’aubaine d’être né en ce temps de Fabrice Hadjadj

« La foi en Dieu implique la foi en l’aubaine d’être né dans un tel siècle et au milieu d’une telle perdition. Elle commande une espérance qui dépasse toute nostalgie et toute utopie. Nous sommes là, c’est donc que le Créateur nous veut là. Nous sommes en temps de misère, c’est donc le temps béni pour la miséricorde. Il faut tenir notre poste et être certains que nous ne pouvions pas mieux tomber »

 Merveilleux Fabrice Hadjadj.

En voilà un homme qui sait parfaitement utiliser les termes qui me causent, me touchent, me redressent, m’enthousiasment.

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Tu ne m’aimes pas suffisamment …

 « Aimer beaucoup, comme c’est aimer peu ! On aime, rien de plus, rien de moins » Jean Cocteau

« Maman, tu m’aimes ? »

« Bien sûr que je t’aime mon chéri, quelle question ! »

« Tu m’aimes comment ? »

« Très fort mon cœur, je t’aime très fort ! »

Mon fils pose ses couverts, lève la tête, son sourire s’efface …

« Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’ai-je dit ? »

« Tu ne m’aimes pas suffisamment… »

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Les cathos de Linda Caille

Enquête au cœur de la première religion de France.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je reçus il y a une quinzaine de jours un mail des Editions Tallandier me demandant si je serais intéressée pour lire et recenser un livre à paraître de la journaliste Linda Caille enquêtant sur les catholiques de la France d’aujourd’hui.

Il se serait agi d’un livre sur la culture des champignons en Amazonie que ma fierté n’en aurait pas été moins grande, mais fort heureusement pour moi, le choix était plus ciblé. Je réceptionnais donc il y a une dizaine de jours  ce livre dans ma boîte aux lettres, le destinataire étant « Blog – A la recherche du temps présent » avec mon nom et mon prénom en-dessous. Ce double évènement étant une grande première en soi (recevoir un livre d’un éditeur et de surcroit en ciblant mon blog), je me permets de le souligner car ce 17 février 2017 fut pour moi un jour de grande émotion marqué en gros, gras et souligné dans mon journal.

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Je voudrais des tomates…

Il est tellement usuel de se  faire interpeller pour une cigarette, une petite pièce ou un ticket restaurant que lorsqu’hier au soir, en m’apprêtant à entrer au monoprix pour acheter des cadeaux pour des anniversaires auxquels étaient conviés mes trolls ce week-end, un monsieur avec son petit chien faisant traditionnellement la manche dans mon quartier me demande si je peux lui acheter des tomates, je l’ai fait répéter trois fois.

Pensant qu’il avait faim, et la demande de tomates me semblant totalement incongrue, je lui pris un gros sandwich et un dessert disponibles près de l’entrée, mon choix étant, il faut bien l’avouer, dicté surtout par le fait qu’ils se situaient au même niveau de caisses que les quelques bricoles que j’étais venue acheter et que j’étais un peu pressée, lasse également de cette longue journée qui n’en pouvait plus de durer.

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Avec ferveur et vergogne

« Sans une solide humilité, il n’est pas possible de conserver une foi bien pure. » Louis Bourdaloue

Lors d’un débat remarquable sur le thème « Chrétien français ou Français chrétien ? » réunissant Fabrice Hadjadj, Don Paul Préaux et Natacha Polony, la question fut posée du sens que chacun donnait à leur vie, dans ce monde, à cette époque et dans ce lieu.

Avec toute la finesse et l’érudition de son esprit qui ne sont plus à démontrer, Natacha Polony a développé longuement son propos en terminant sur ces quelques mots : « bien qu’étant athée, ce qui m’anime profondément chaque jour, c’est la ferveur, en ce qu’elle recouvre l’ardeur, l’enthousiasme, la passion, et la vergogne c’est à dire la pudeur, la retenue. »

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Un air de famille

Qui se souvient du film culte Un air de famille, réalisé par Cédric Klapisch en 1996, ne pourra qu’éprouver un immense plaisir à retrouver cette pièce qui se joue actuellement au Théâtre de la Porte Saint Martin.

Pour mémoire, ce film était inspiré de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, deuxième pièce du couple d’auteurs après Cuisine et dépendances , pièces qui non seulement ont connu un immense succès populaire au début des années 90 mais ont obtenu chacune le Molière du meilleur spectacle comique (respectivement en 1992 et 1995).

Cuisine et dépendances a également fait l’objet d’un film réalisé en 1992 par Philippe Muyl.

Ces deux pièces, remises en scène par Agnès Jaoui, s’alternent en ce moment au Théâtre pour notre plus grand bonheur.

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Le bonheur et autres broutilles de Patrick Tudoret

En voilà un beau titre de Saint Valentin qui fleure bon la joie de vivre.

Le sous-titre est plus concret « Chroniques du Journal La Montagne », mais au moins il permet de savoir de quoi on parle.

Enfin… encore faut-il connaitre La Montagne. Que la peste soit de mon inculture, et Dieu sait si je m’attèle vigoureusement à remplir les trous, mais La Montagne (je donne des précisions pour les ignares de mon espère afin de vous éviter de vous jeter sur Wikipedia) est un quotidien régional sis à Clermont-Ferrand diffusé en Auvergne et dans une partie du Limousin. Il eut pour particularité (notamment) de diffuser de célèbres chroniques rédigées par des écrivains de renom (Tillinac, Vialatte, Sepulveda, Taillandier ….) dont Patrick Tudoret.

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Merci qui? Merci Daddy

« Ce qui fait que les grands-pères s’entendent aussi bien avec les petits enfants, c’est que, pour ces derniers, la vie n’est pas encore assez sérieuse et que, pour les aïeuls, elle ne l’est plus autant. Tristan Bernard »

Parler de son père quand on est sa fille est certainement un des exercices les plus difficiles, surtout quand on est doté d’un père multiforme, aux facettes diverses, au caractère affirmé et d’une richesse  et densité intellectuelles d’une si grande ampleur que le définir serait déjà le limiter.

Je me garderai bien d’en faire un portrait, même si je pense que ce serait certainement ma plus belle déclaration d’amour, étant tous deux des pudiques maladifs des sentiments, mais mon côté exalté à l’écrit le mettrait sur un piédestal et laisserait penser à tort que je n’ai pas coupé le cordon ombilical. Je sais par ailleurs d’avance que mes frères et sœurs ne verraient pas le même père.

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Le fou de New-York de Michael D. O’Brien

« Les hommes sont habitués à faire des évaluations objectives sur des situations dévastatrices tant qu’ils ne sont pas immergés dedans. Rare est celui qui garde son objectivité au milieu des afflictions personnelles »

 Je profite de la sortie du dernier livre de Michael D. O’Brien, pour vous parler et rendre hommage à cet auteur exceptionnel.

Ce blog n’existait pas encore à l’époque où j’ai commencé à lire ses romans et je n’ai donc pas eu l’occasion de vous part de l’intensité de son œuvre prodigieuse qui reste parmi mes plus belles découvertes littéraires.

Je suis donc ravie, en parlant de son dernier livre, de pouvoir vous en toucher quelques mots.

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Hommage au cinéma de Cheyenne-Marie Carron

J’ai longtemps consommé les films comme un pur loisir, sans même je l’avoue tenir compte du nom du réalisateur, ce qui, avec du recul, me semble complètement aberrant. Il en allait des films comme des musiques que nous écoutons à la radio : on les connait, on fredonne les chansons, mais au blind-test ou au Trivial Pursuit, c’est généralement la question joker, le camembert manquant, celui qui fait qu’on reste toujours perdant sauf à tomber sur la question miracle ultra facile !

En littérature, il ne me viendrait jamais à l’idée de ne pas regarder et retenir le nom des écrivains des livres que je lis et c’est bien parce que je les connais ou apprends à les connaitre, que mon choix en est d’autant plus avisé.  Mais en matière cinématographique, illustres inconnus bien souvent, ce n’est qu’assez récemment que j’ai commencé à pouvoir dresser des filmographies et à m’intéresser à la démarche artistique de leurs auteurs.

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La la Land de Damien Chazelle

La mort du petit Gaspard m’avait profondément affectée depuis mercredi et j’ai eu le cœur bien lourd les jours qui ont suivi.

J’ai eu toutefois le privilège de pouvoir assister à la messe d’enterrement ce matin, deux heures de cérémonie où les larmes ont inondé les visages, mais une force et une Foi à soulever les montagnes. La messe était magnifique, les chants, les textes somptueux, et ce moment restera longtemps gravé dans mon cœur, faisant partie de ces trop rares occasions de communauté et d’unité spirituelle intense.

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Demain dès l’aube, à l’heure où les âmes s’envolent …

Comme beaucoup aujourd’hui, nos cœurs se sont déchirés en lisant au réveil cette phrase : « Chers amis, nous avons l’immense tristesse de vous annoncer la mort de notre petit Gaspard. Son âme de chevalier est montée au Ciel mercredi 1er février en début de soirée. La peine qui nous habite est immense. Nous vous confions à vos prières et vos pensées, plus que jamais. Nous avons vraiment besoin de vous. Gaspard, mon fils, maintenant, c’est à toi de jouer. Va, cours, vole et console tous ceux qui pleurent. »

Nous sommes nombreux, rassemblés par milliers, à avoir suivi Gaspard, entre Ciel et Terre, atteint d’une maladie dégénérative dont les jours comptés ont été d’une incroyable fécondité, les proches, la famille mais également la foule des inconnus émus et touchés profondément par cette famille si digne, témoignant à travers leur Foi, de cette épreuve si dure.

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Les nouveaux enfants du siècle d’Alexandre Devecchio

Les livres ou les films qui nous ont le plus marqués sont bien souvent ceux de notre enfance. Telle la fameuse madeleine, ils ont la saveur de la nouveauté et de la rareté aussi, de la découverte, des premières grandes émotions, et force est de constater que si nos goûts évoluent, murissent, s’approfondissent, il n’en demeure pas moins que même adultes nous vibrons encore pour les mêmes sujets.

Je passe sur les romans de ma prime jeunesse dont je pourrais certes parler pendant des heures, mais qui dans ce billet auraient peu d’intérêt, pour aller directement à la période de mes 18-20 ans qui marque le début de ma construction intellectuelle.

L’auteur qui fut pour moi une vraie rencontre, un éblouissement et a transformé profondément et durablement ma pensée, est Jean Daujat.

Je me souviens à l’époque m’être ouverte à mon paternel de l’inconfort intellectuel et de l’instabilité que je ressentais face au relativisme de la pensée des cours de philosophie en particulier et des débats d’idées en général, et il me sortit de sa bibliothèque : « Y a-t-il une vérité ? »

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Le musée Nissim de Camondo

Comprenant assez rapidement que je rêverais de travailler sur une table Louis XVI avec une jolie lampe de bibliothèque plutôt que sur cet affreux mobilier dont on nous gratifie dans les entreprises, mon patron bien-aimé m’a chaudement recommandé  à plusieurs reprises d’aller visiter le musée Nissim de Camondo qui se trouve être à deux pas de nos bureaux.

Je connaissais déjà le magnifique musée Jacquemart-André qui est également dans mon quartier professionnel et dont j’ai eu l’occasion de parler dans un précédent billet, mais, me disait-il, le musée Nissim de Camondo devrait vous plaire davantage.

Profitant d’une accalmie professionnelle, je me suis donc offerte aujourd’hui une escapade méritée entre midi et deux pour aller dans ce lieu tant vanté, en compagnie d’un de mes amis et néanmoins collègue de travail (le fameux homme mythique).

Et ô combien il a eu raison !

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Des âmes simples de Pierre Adrian

« La Foi est une épreuve de la réalité. Il faut éprouver pour aimer. L’intelligence du cœur, voilà le réalisme ».

Déplacement professionnel oblige, j’ai passé pas moins de 7h dans le TGV aujourd’hui ce qui, outre le fait de pouvoir roupiller entre mes appels et mails quotidiens, m’a permis de finir non seulement mon livre en cours mais également d’en écrire un billet dans la foulée.

La preuve vivante qu’à tout évènement pouvant sembler pénible de prime abord, il en ressort toujours quelque chose de positif dès lors qu’on ne focalise pas exagérément sur ses aspects négatifs.

Hasard ou continuité de mes lectures précédentes (à croire que les livres s’appellent entre eux), je suis tombée sur Des âmes simples de Pierre Adrian dont le titre, faisant doucement écho à celui du dernier livre de François Cheng, m’a séduite.

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De l’âme de François Cheng

« Savoir qu’on a une âme, c’est porter une attention éveillée aux trésors qui peuvent s’offrir dans la grisaille des jours, laquelle s’exerce à tout ensevelir. L’itinéraire de notre âme est notre vraie vie »

Comment parler d’un tel livre sans être tentée malgré soi de le paraphraser constamment.

François Cheng, c’est un troubadour des âmes, un chantre des pensées élevées, un poète de la vie, un orfèvre des sentiments, un luthier qui fait vibrer l’Essentiel.

Au-dessus du monde, touchant du doigt l’Eternel, frémissant au souffle de l’Invisible, palpitant à l’ombre de la Divinité qui vient transcender notre humanité, il n’est pas surprenant qu’il s’émerveille devant la grande mystique  Hildegarde de Bingen (« Le corps est le chantier de l’âme où l’esprit vient jouer ses gammes »), le livre magnifique de Christiane Rancé « En pleine lumière » dont j’ai pu parler dans un précédent billet ou Simone Weil dont la vie toute entière fut un cheminement vers l’âme.

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Le temps des chefs est venu de François Bert

« A la France, pays qui m’a vu naître, me nourrissant de ses siècles d’Histoire héroïque, de ses saints, de sa poésie, de ses splendeurs cachées au coin des paysages et de sa joie de vivre en dépit des épreuves. »

J’avoue tout de go qu’il fallait que je connaisse son auteur, et que je sois sensible aussi bien à son parcours personnel et professionnel, qu’à sa si belle plume de laquelle jaillissent régulièrement quelques vers ou tirades livrés sur facebook, pour que je me lance dans la lecture de ce livre.

Non point que je sois dénuée de convictions politiques ou totalement désintéressée de la chose publique, mais comme François Bert le rappelle si justement, « il y a en France une vraie désespérance politique et sa forme première est l’abandon progressif d’une confiance possible dans les hommes politiques. »

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Et la lumière fut de Jacques Lusseyran

« La joie ne vient pas du dehors. Elle est en nous quoiqu’il nous arrive.

La lumière ne vient pas du dehors. Elle est en nous, même sans les yeux. »

 Pour commencer cette nouvelle année, je vous adresse comme vœu cette petite pépite reçue en cadeau de Noël, qui boucle une merveilleuse année passée en partie avec vous lecteurs et qui a démarré en septembre 2016.

Ce profond désir de partager une quête de la joie et de la liberté intérieure ancrées dans le temps présent m’a permis de sauter le pas de ce petit blog et conduite à coucher des mots qui me trottaient dans la tête depuis longtemps.

Ils ont réussi à émerger pour finir par vivre de façon autonome, me dépasser et occasionner des rencontres inédites, discrètes ou plus intenses, toujours riches et toujours émouvantes, ne serait ce que parce que je ne connais pas la majorité d’entre vous ni la plupart des auteurs que j’ai pu lire, visionner ou aller voir cette année.

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Sans même un adieu de Robert Goddard

En cette période de fin d’année propice à la rêverie et à la lecture, je sors des livres spirituels et des portraits pour vous parler aujourd’hui de cette jolie maison d’édition que j’affectionne particulièrement : Sonatine éditions.

Les romans sont souvent dénigrés par les grands lecteurs ou les intellectuels, considérés à tort comme un art mineur et tristement relégués au rang de pur divertissement.

Comme cela est fort dommage !

Si nous considérons que le roman, bien au contraire, est l’art de décrypter la nature humaine dans toute sa complexité, à travers une époque et des circonstances bien déterminées, il devient un art majeur, comparable à nul autre pareil pour appréhender ses semblables.

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Bonté divine ! du Père Zanotti-Sorkine

« Il ne suffit pas de dénoncer, il faut vivre autrement». Georges Haldas.

Il n’est plus besoin de présenter ce prêtre éblouissant à la foi irradiante, au parcours atypique, tour à tour poète, écrivain, chanteur, apôtre infaillible du Christ, à la plume enlevée et au verbe lumineux.

Si le Ciel nous envoie des pêcheurs d’hommes pour remuer les consciences au moment où nous en avons le plus besoin, nul ne peut douter que le Père Zanotti-Sorkine, tout comme le Pape François, fait partie de ces êtres hors norme et hors cadre, pétris du feu de Dieu, dotés de cette capacité à toucher les âmes, remuer les cœurs, bouger les lignes, nous tirer vers le haut, en rendant  Dieu, Jésus, la Vierge Marie et tous les Saints, vivants, accessibles, présents dans notre quotidien.

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L’homme Sapience

Stat Crux dum volvitur orbis (La Croix demeure tandis que le monde tourne)

J’ai longuement hésité à dresser le portrait de l’homme Sapience, car étrangement, il est plus difficile de parler d’êtres très proches en raison de l’impudeur dévoilée qui peut jaillir des grandes intimités.

Mais l’homme Sapience a 30 ans aujourd’hui.

Tout juste 30 ans avec cependant la maturité d’un homme qui aurait déjà eu dix vies.

L’homme Sapience, il se balade aussi sur mon arbre généalogique, pas loin de l’homme Baloo avec qui il forme une paire hors pair et pas uniquement en raison de la stature, mais il ne faut pas se fier à la place que les règles en la matière lui octroieraient en raison d’une simple année de naissance. Il est hors cadre, hors règles générales, hors postulat de base, insaisissable et cependant si accessible.

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L’homme Baloo

Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, se satisfaire du nécessaire.

L’homme Baloo, tout comme la femme Concrète, est un spécimen unique en son genre. A tout le moins, pour être précis, un exemplaire non égalé dans mon entourage.

Sa devise pourrait être une citation de Paul Valéry :  « L’homme heureux est celui qui se retrouve avec plaisir au réveil » ou de Horace « Aucun poème écrit par un buveur d’eau ne peut connaitre un succès durable. »

L’homme Baloo a le physique de l’homme mythique, mais version » gaulois » : blond, barbu, des mains de charpentier, une force herculéenne, un physique imposant.

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Whiplash de Damien Chazelle

Je voudrais parler aujourd’hui d’un film sorti en 2014, revu tout récemment : Whiplash,  film dramatique américain, écrit et réalisé par Damien Chazelle.

Un film magnifique,  mais qui semble injustement trop méconnu en dépit de ses 14 prix et 16 nominations.

Nous pouvons lire sur l’affiche « duel inoubliable », « jouissif », « une révélation », et pour une fois, ces termes sont loin d’être galvaudés.

Nous suivons Andrew (Miles Teller), 19 ans, qui ambitionne de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Au sein du prestigieux conservatoire de Manhattan où il s’entraine avec acharnement, il est rapidement repéré par Terence Fletcher (J. K Simmons), professeur impitoyable et intraitable, en charge du fleuron des orchestres de jazz de cette école.

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La liberté intérieure de Jacques Philippe

« Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »

Ce soir, je voudrais vous parler d’une petite pépite.

Un livre qui vous fait aimer davantage celui ou celle qui vous en a parlé, qui vous dilate le cœur, vous magnifie, vous transcende (j’adore ce mot, on pourrait écrire des tartines sur le verbe transcender, il est magnifique et tellement évocateur).

Un livre de 162 pages à 8,10 €, qu’il serait donc fort dommage de ne pas s’offrir surtout quand on en lit le titre, le clame, y aspire profondément : la liberté intérieure.

Un vaste programme d’une simplicité évangélique au fond, mais les choses les plus simples sont curieusement les plus difficiles à mettre en œuvre.

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L’homme mythique

Après quatre portraits de femmes, je décide ce soir de m’essayer aux portraits d’homme.

Avec du recul, c’est amusant que mes amies féminines m’aient inspirée plus spontanément que mon entourage masculin, alors que, je dois l’avouer, je me sens généralement plus d’accointance avec la gente masculine. Je dois peut-être, et fort certainement, mettre cela sur le compte de la personnalité de mes amies si différente de la mienne, qui, par certains côtés, me fascine et leur confère un aspect tout à fait extraordinaire.

Les hommes sont souvent de bonnes amies sans en avoir les défauts, ce qui permet à mon sens des relations tout à fait hors normes, hors cadre, de franche camaraderie, sans jalousie ni comparaison, et mes meilleures soirées de rigolade sont le plus souvent celles que j’ai passées avec mon entourage masculin.

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Elvire au pays de l’Ennéagramme

« De la faille, jaillit la lumière »

Il était une fois, au royaume de l’Ennéagramme, un Roi et une Reine qui décidèrent de réunir les sujets de leurs neuf territoires, pour qu’ils expérimentent ensemble le bonheur de la richesse et de la diversité de la nature humaine.

Officiellement, le carton d’invitation indiquait « apprendre à mieux se connaître pour oser changer ». Mais le Roi et la Reine savaient dans leur for intérieur qu’apprendre à mieux se connaître est l’antichambre du chemin de l’acceptation de soi, non pas en tant que résignation ou révolte, mais comme source de  conquête de sa liberté intérieure.

Cependant, le Roi et la Reine ne brusquent jamais, ils proposent sans forcer, et offrent les outils pour que de nos blessures et de nos faiblesses jaillissent les talents qui nous animent, dans une douce évidence.

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Je suis en panne

Certains me réclament des billets mais je suis désolée, c’est affreux, je n’ai plus rien à dire, plus d’inspiration, que dalle. J’en ai commencé plusieurs mais je n’arrive pas à les finir.

Je cherche le carburant mais il faut croire qu’il faille me remettre en chemin pour trouver ce qui va alimenter la source qui s’est tarie.

Pour des besoins professionnels, j’ai passé ma journée en voiture, et un mot est revenu dans nos conversations en ce jour post Primaires, c’est celui de « clivant » : la politique est clivante, la religion est clivante, nos convictions sont clivantes, les débats sur facebook sont clivants, certaines relations sont clivantes, le poids du passé est clivant, les valises que nous trainons sont clivantes et il est facile de se perdre dans ces méandres qui finissent par obscurcir voire cacher le Cap.

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A la place du mort de Paul Baldenberger

Un premier roman, un livre coup de poing, un livre magistral, un livre éreintant.

Alors qu’il attendait dans la rue celle qui était l’objet de ses premiers émois amoureux, un garçon de douze ans est enlevé sous la menace puis violé à l’arrière d’une voiture dans un parking souterrain. L’auteur ne nous épargne aucun détail dans ce récit où s’entremêlent dans un même souffle ces trois heures qui feront tout basculer et les années de son enfance et celles qui suivront.

Au-delà de l’évènement épouvantable autour duquel s’articule tout le récit et qui pourrait en lui-seul rebuter les âmes trop sensibles, nous assistons à un véritable voyage intérieur de cet enfant devenu adulte.

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La femme incandescente

Ah la femme « incandescente », quelle femme ! Elle est éblouissante, fascinante, une amie précieuse, une amie de vie.

La femme « incandescente » brille d’elle-même, comme un phare dans la nuit qui ramène les navires perdus au port, et devient d’autant plus lumineuse que sa vie intérieure est riche.

La femme « incandescente » est une femme qui de prime abord impressionne. Elle est volontaire, décidée, porte haut, et ne semble affectée par rien. Vous la repérez immédiatement dans une foule et vous vous sentez attirée par elle comme un aimant, tout en n’osant pas l’approcher car vous vous dites qu’est-ce qu’elle pourrait bien me trouver.

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La femme sucre d’orge

Ce que je ne soupçonnais pas en écrivant mes petits billets à travers ce blog, c’est la réaction de mes amis les plus proches qui, étonnamment, m’ont découverte à travers ce que je pouvais écrire. C’est dire si une trop grande pudeur nuit par certains aspects à la profondeur des relations, à moins d’être doté visiblement d’une grande connaissance de la nature humaine qui supplante les non-dits.

Certains s’enthousiasment davantage sur les recommandations littéraires ou les sorties, d’autres pour les billets que j’appelle « air du temps » au sein desquels je parle de tout, de rien, de ma vie.

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Les grandes figures catholiques de la France de François Huguenin

Ce livre a bénéficié de si belles et si nombreuses critiques que ma pierre à l’édifice va sembler superfétatoire à tous ceux qui l’ont déjà lu, dévoré, apprécié et offert.

Malgré tout, ayant une affection toute particulière pour son auteur dont les centres d’intérêts et les qualités humaines sont si variés, riches et partagés sans réserve à tous, et que j’en ai bénéficié à plus d’un titre, il m’était impossible de ne pas faire figurer ce livre parmi les billets de mon blog.

J’étais aux premières loges lors de sa sortie officielle, mais j’ai pris mon temps pour le lire, car je tenais à savourer les quinze portraits qui sont dressés, balayant quinze siècles d’histoire, de Clovis à Charles de Gaulle, en passant par Richelieu, Pascal ou Saint Vincent de Paul. Des rois, un président, un cardinal,  un moine, un savant ou des saints,  des personnages très divers mais qui ont en commun un vrai amour de la France et une foi catholique incontestable.

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Monsieur le Curé fait sa crise de Jean Mercier

« Rien ne va plus dans la paroisse de Sainte-Marie-aux-Fleurs, à Saint-Germain-La-Villeneuve : les membres de l’équipe florale se crêpent le chignon, une pétition de fidèles circule contre le curé, l’évêque est mécontent, la chapelle Sainte-Gudule est menacée de démolition, on a vandalisé le confessionnal et la vieille Marguerite entend parler les morts… Sans compter que Monsieur le curé a disparu ce matin. »

Telle est la quatrième de couverture de ce livre truculent, empli d’humanité et de réalisme sur le quotidien d’un curé de paroisse qui, sous le joug des tâches administratives, de la gestion des conflits de ses paroissiaux, de la solitude vis-à-vis de sa hiérarchie et d’un sentiment d’échec à ramener les brebis au bercail hostiles à tout changement, décide de s’enfuir.

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La vocation de la maternité

En route vers l’accomplissement de son être profond

Il est un domaine qui me touche intensément et dont je parle régulièrement car il m’est particulièrement cher, c’est celui des enfants, et par voie de conséquence, celui plus large de la maternité.

Ce grand mystère de la vie n’a de cesse de m’émerveiller, de me bousculer, de me surprendre, de m’émouvoir, de m’interpeller, au point de me pousser toujours plus avant à scruter et découvrir l’âme humaine.

La vie qui est la mienne aujourd’hui me conduit à devoir me détacher régulièrement de mes chérubins et cette éviscération périodique a eu pour seule vertu, et non la moindre, de devoir m’interroger de façon récurrente sur le sens de la maternité.

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