Confusion de la rhétorique

A défaut d’avoir les idées toujours très claires, nos hommes politiques ont en revanche l’art de la tournure stylistique, non pas en pleine conscience qui ferait suite à un apprentissage rigoureux et éprouvé de la rhétorique qui souffrirait une contradiction difficile pour des rhéteurs peu aguerris, mais de façon quasi innée assortie d’une assurance sans faille,  ce qui, poussé à cette extrémité, frise au génie et à l’admiration. Au génie si si, car à moult reprises, quand tu les écoutes, ton esprit est tellement en état de confusion, que tu ne peux qu’acquiescer tant le cerveau se crispe, la mâchoire tombe, la main s’agite frénétiquement, le buste oscille d’avant en arrière, jusqu’à tomber à genoux les bras en avant en une inclinaison de soumission parfaite.

Il faut être brillant pour manier à ce degré une telle rhétorique de la confusion,  où le choix des mots, associés normalement à une définition communément acceptée telle qu’indiquée dans un ouvrage grand public appelé dictionnaire,  ne dépend pas de ce qu’on a à dire, mais de l’effet qu’on veut produire en le disant. Le vague de la pensée, pour ne pas dire la vacuité ce qui serait désagréable j’en conviens, crée ainsi une ambiguïté vis-à-vis de laquelle le citoyen de bonne foi finit par ne plus savoir où il habite, voire même finit par dire l’inverse de ce qu’il penserait spontanément.

Cette ambigüité du langage conduit à des débats totalement ubuesques témoignant d’une impuissance à saisir le rapport entre les idées, à des simplifications épouvantables, à des invraisemblances décisionnelles, à des notions tournées et broyées en tous sens pour servir la pensée de celui qui parle, en un mot nous avons face à nous des maîtres de la confusion rhétorique et franchement, ça fout la trouille. Ce ne sont pas juste des inconnus croisés à un barbecue à qui on pourrait faire griller la sardine plus que de raison sous l’effet d’un bouillonnement intérieur contenu par politesse. Non, ce sont des personnes qui décident pour nous, pour notre bien. Notre bien. Ingrats sommes-nous de ne pas en vouloir de leur « bien » confus et sans gloire.

Prenons tout de suite un sujet qui va fâcher (ou pas d’ailleurs) : le respect de la vie humaine et des plus fragiles. Ca fait plus d’un an que nous avons une vie disons-le, de m……, pour protéger les personnes fragiles et vulnérables. Des millions d’euros sont trouvés sous le boisseau pour enfermer les gens chez eux, une énergie de dingue est déployée pour fliquer, sanctionner, punir, interdire et que sais-je encore au nom du respect de la vie. Et pourtant ? quels sont les sujets à peine débattus mis au vote du Parlement ? l’amélioration de la gestion des hôpitaux ? l’augmentation des lits ? la prévention ? la généralisation des soins palliatifs ? Ben non, pour quoi faire ? On discute en pleine pandémie de la légalisation de l’euthanasie. Les personnes en fin de vie, ça n’entre pas dans le même logiciel idéologique. Quand c’est Covid, c’est la vie : enfermons, masquons, vaccinons sinon c’est que tu veux la mort de ton prochain. Pour les personnes en fin de vie, par un tour de passe passe à faire pâlir de jalousie un prestidigitateur, le discours du respect des plus fragiles, à sauver ou à accompagner à tout prix même au détriment des personnes en bonne santé, ce n’est pas pareil. En débattre, c’est déjà être un bourreau, car la rhétorique de la confusion joue à plein régime : discuter de l’euthanasie ne serait-ce que sur un plan philosophique ou anthropologique, c’est vouloir que les gens meurent dans d’atroces souffrances.

C’est sacrément pauvre intellectuellement.

« –          Citoyens répondez : Aimeriez-vous finir vos jours comme un légume ou dans d’atroces souffrances ? »

  • Non
  • Le peuple a donc décidé dans sa grande majorité souveraine qu’il était pour l’euthanasie ! Amis élus, votons.
  • Mais monsieur l’élu, est-il possible de réfléchir à comment développer par exemple les soins palliatifs ? il existe des moyens d’atténuer la souffrance et d’accompagner les personnes en fin de vie au XXIème siècle
  • Oh citoyen ingrat, incapable, paria, tu souhaites donc que les gens meurent indignement ? Mourir de mort naturelle est-il signe de progrès ?
  • Mais pas du tout, au contraire, vous ne cessez de nous dire que la vie doit être défendue à tout prix en ce moment.
  • La vie ? quelle vie ? je ne veux pas de gens qui meurent de la Covid, ce n’est pas pareil.
  • La vie ne serait donc pas toujours la vie quelles que soient les circonstances ?
  • Tristes sires, sinistres conservateurs et réactionnaires, fascistes et racistes, rebut de citoyen : tu ne vas pas m’apprendre ce qu’est LA vie. Si je dis que là ce n’est pas le respect de la vie dont on parle, c’est que ce n’est pas la vie. Ici on parle de choisir sa mort.
  • Oh pardon monsieur l’élu, vous êtes un génie. Votez »

Evidemment, ça en bouche un coin. C’est brillant, imparable. Les philosophes peuvent se retourner dans leurs tombes. Tant d’années de réflexion sur la nature humaine pour aboutir à cela, c’est magique.

Je caricature me direz-vous mais franchement à peine. En terme de calendrier, mettre ce sujet sur la table frise l’incohérence. Ou s’il y en a une, c’est encore pire. Mettez en scène ces dialogues sur une scène de théâtre avec la mimique et le sérieux de certains, il y a de quoi hurler de rire. Ceux qui ont l’ingrate mission de pousser la réflexion sur ces sujets face à de tels interlocuteurs ont bien du mérite. Loin de moi l’idée de juger les situations personnelles et particulières de chacun, soyons bien d’accord. Je parle de la hauteur et de la qualité des débats publics sur des sujets qui touchent tout de même à l’éthique et au sens même de l’acte médical. Car il faut un tiers dans tout ça. Le serment d’Hippocrate indique  » Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. » Clairement, les politiques ne doivent pas bien connaitre les termes de ce serment, et demander aux médecins d’être ce tiers acteur d’un tel geste est un peu lâche, surtout quand dans la même journée, tu les pressures comme des citrons pour sauver des vies. Nous devrions d’ailleurs leur demander davantage leur avis aux médecins, il me semble que c’est loin d’être anodin pour eux tout de même. Et puis, soyons lucides avec nos politiques ! leurs garde-fous, leur consentement, leurs cas exceptionnels, leur « rien ne vous oblige à … », leur concept à géométrie variable, on les connait par cœur.

C’est comme le port du masque. En ce moment, un consensus apparait parmi les médecins pour dire que finalement le masque en extérieur ne servirait pas à grand-chose, et que sur les plages, ce serait encore plus une hérésie. Logiquement, cela devrait aboutir à ce que le port du masque ne soit plus obligatoire (au moins en extérieur). L’explication qui tue : il reste obligatoire pour rassurer les gens qui ont peur. Donc en gros, tu terrorises les gens à longueur de journée sur la Covid, et comme ils ont peur, les pauvres bougres, tu leur plaques un masque sur la tronche pour les rassurer. Ca ne sert à rien, mais comme tu colles dans la même phrase « principe de précaution » et « protéger les gens fragiles », bingo voilà des millions de gens masqués docilement. Impayable. Je m’incline devant tant de génie.

Je ne parle même pas du vaccin. Les labos te disent 2 doses avec un délai maximum entre chaque vaccination pour assurer son efficacité, mais comme il n’y a pas assez de vaccins, la solution n’est pas de vacciner moins mais d’augmenter les délais entre chaque prise, les pauvres citoyens n’y verront que du feu, normal ils ne sont pas médecins (ni politiques). Et puis, il est sûr de chez sûr, mais au cas où, utilisons-en un autre pour la deuxième prise … dixit le Ministre de la santé sur une chaîne de radio. T’as l’impression parfois d’être au pays des oursons magiques qui vont consulter la pythie dans un arc en ciel enchanté :

 « – Le vaccin ne semble pas faire du bien au moins de 65 ans ?

  • Ô mon ourson chéri, interdis-le au moins de 60 ans.
  • Oui mais comment je fais pour vacciner autant de gens avec une seule sorte de vaccin ?
  • Ô mais oui, ourson magique, pluie d’or et étoiles scintillantes, dis-leur donc 55 ans.
  • Et les effets secondaires ?
  • Ô ourson divin, ce sont les risques inévitables.
  • Oui mais pour les morts de la Covid je ne cesse de dire à mes citoyens que ce n’est pas un risque acceptable 
  •  Ô ourson vénéré, c’est pour cela que pour les vaccins, tu vas parler de risque/bénéfice alors que pour la Covid, tu vas parler d’engorgement et de tris dans les hôpitaux. Hop hop et abracadabra, confusion et ambiguïté, public asservi, public conquis. »

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément », disait Boileau.

Visiblement, ce qui se conçoit avec idéologie s’énonce assurément et les mots pour le dire ne souffrent pas discussion.

Avec ça, ce n’est pas à Noël que Bordeaux retrouvera son sapin « mort » sur la place.

6 réponses
  1. eMmA MessanA
    eMmA MessanA dit :

    A tous les coups, cette pandémie est en train de fracasser nos relations et notre vision du monde, notre capacité à faire confiance…
    Parfois, un peu de bisounours ne nuit pas (faire l’autruche tout en sachant très bien que de tout temps on nous a mené par le bout du bout du bout du nez).

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  2. Philippe Léon Louis Maurice POINDRON
    Philippe Léon Louis Maurice POINDRON dit :

    L’esprit de confusion est l’autre nom du diable. Quand au courageux anonymous, jl ne fait pas dans la dentelle et son argumentation me paraît assez courte.

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    • Anonymous
      Anonymous dit :

      La dentelle, la flanelle je fais dans toutes les matières et sans manière, sans argumenter car point n’est mon propos de critiquer mais de juste de signifier au second degré souvent à notre brillante elvire la lecture de ces billets. Anonymous et non anonyme c’est une manière de moquer ce mouvement hactiviste sur internet.
      Bonne lecture de ce formidable blog Hugues Temime

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  3. Anonymous
    Anonymous dit :

    Oserais-je un mort de rire?
    Tout n’est néanmoins pas aussi simple ou simpliste, et le trait comique est un zeste caricatural
    Elvire ne fait dans la mesure qu’en prêt à porter. En prêt à penser c’est autre chose

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