La puissance et la gloire de Graham Greene
« C’est étrange cette fureur destructrice, car on ne peut jamais, bien entendu, tout détruire. Si Dieu avait ressemblé à un crapaud, il eût été facile de détruire tous les crapauds du monde, mais dès le moment où Dieu est semblable à vous, il ne sert à rien de détruire les images de pierre, il faudrait vous suicider au milieu des tombes.
Après tout, était-il digne de l’enfer ? Des larmes roulèrent sur son visage : à ce moment-là, il n’avait plus peur de la damnation, même la peur de la souffrance corporelle avait reculé au second plan. Il ne ressentait qu’une immense déception de devoir se présenter devant Dieu les mains vides, juste parce qu’il n’avait rien fait du tout. Il lui sembla alors qu’il eût été très facile d’être un saint. Il avait le même sentiment qu’un homme qui a laissé fuir le bonheur en arrivant quelques minutes trop tard. Il savait maintenant qu’en fin de compte une seule chose compte vraiment : être un saint. »
Au Mexique, au début du XXème siècle.
Le gouvernement ne veut plus de prêtres, plus d’églises. Il les traque, les tue, les oblige à se marier, détruit les édifices et toutes les représentations catholiques. Il n’en reste plus que deux : un vieux prêtre bedonnant qui a préféré épouser sa gouvernante pour sauver sa vie et un prêtre alcoolique qui passe son temps à fuir, qui a une fille, fruit d’une relation à la sauvette.
Tous deux misérables, terriblement humains, conscients d’être « dignes de la damnation, ayant ce pouvoir encore de transformer le pain en chair et le vin en sang de Dieu », tous deux prêtres sacrilèges, partout où ils allaient et quoiqu’ils fissent, ils souillaient Dieu.
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