Les lieux souterrains de Gustavo Faveron Patriau
« George a arrêté la caméra et m’a regardée avec les larmes aux yeux, le visage triste, la bouche aux lèvres pâles et sur le toit du studio il y a eu le tambourinement des bonds d’un oiseau nocturne. Il m’a demandé si j’étais déjà retourné au Pérou, je lui ai dit que non, j’ai entendu le vent dans le cimetière, les grilles des mausolées s’ouvrant et se refermant, la clôture de l’air en haut, la sinistre nuée grosse du temps. Il m’a demandé si Rainer Enzensberger était vivant, je lui ai dit que je ne savais pas, la nuit a pénétré dans le studio, a passé en revue les fioles vides, les malles éventrées, les rebords cassés de la dernière étagère de la bibliothèque, les pièces d’un puzzle à faire, le dernier manuscrit inachevé de Clay sur Karl Hermann Konrad Burmeister, Le Père de Mengele. Il m’a demandé si j’étais sûre que mon enfant était mort-né ou que Rainer Enzensberger l’avait tué, quand il est né, je lui ai dit que je n’étais sûre de rien. »
Spécialiste réputé de Roberto Bolano, auquel il a consacré une anthologie remarquée et plusieurs traductions de ses livres, Gustavo Faveron Patriau, né au Pérou et professeur de littérature latino-américaine dans le Maine, auteur de plusieurs romans, se voit pour la première fois traduit en France.
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