La supplication par Svetlana Alexievitch
Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse
« Tant que je restais avec lui, rien ne se passait… Mais dès que je m’absentais, on le photographiait… Il n’avait aucun vêtement. Il couchait nu, juste recouvert d’un drap léger que je changeais tous les jours. Le soir, il était tout couvert de sang. Lorsque je le soulevais, des morceaux de peau restaient collés sur mes mains. Je lui dis : « Chéri, aide-moi ! Appuie-toi sur le bras, sur le coude autant que tu peux, pour que je puisse bien lisser ton lit, qu’il n’y ait ni couture ni pli. » Car même la plus petite couture lui faisait une plaie. Je me suis coupée les ongles jusqu’au sang pour ne pas l’accrocher. Aucune des infirmières ne pouvait s’approcher de lui, le toucher. S’il leur fallait quelque chose, elles m’appelaient. Et l’on prenait des photos … Ils disaient que c’était pour la science. Mais je les aurais chassés tous ! Je les aurais frappés ! Comment pouvaient-ils ? Tout était à moi … Tout aimé de moi … »
Qui se souvient encore de Tchernobyl ? Oui, peut-être trouvera-t-on des articles sur la catastrophe écologique et ses conséquences, des articles sur les raisons scientifiques de ce drame, sur les effets radioactifs et son coefficient de contamination. D’aucuns se rappelleront la date, le 26 avril 1986, et une heure, 1h23, certains préciseront qu’il s’agissait d’une série d’explosions détruisant le réacteur et le bâtiment de la quatrième tranche de la centrale nucléaire, les plus précis sauront situer Tchernobyl en Biélorussie.
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