Tu ne m’aimes pas suffisamment …

 « Aimer beaucoup, comme c’est aimer peu ! On aime, rien de plus, rien de moins » Jean Cocteau

« Maman, tu m’aimes ? »

« Bien sûr que je t’aime mon chéri, quelle question ! »

« Tu m’aimes comment ? »

« Très fort mon cœur, je t’aime très fort ! »

Mon fils pose ses couverts, lève la tête, son sourire s’efface …

« Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’ai-je dit ? »

« Tu ne m’aimes pas suffisamment… »

Gloups ! Je manque de m’étouffer avec une coquillette qui se coince dans le gosier, je tousse, cherche à me donner bonne contenance.

« Comment ça je ne t’aime pas suffisamment ? »

« Très fort c’est beaucoup mais pas assez »

« Certes, mais c’est une expression mon chéri qui veut dire énormément, passionnément … »

Rien ne le déride, pas un rictus, son visage reste impassible.

« Tu voudrais que je t’aime comment pour que tu te sentes aimé suffisamment ? »

« Ben comme je t’aime toi Maman ».

« C’est-à-dire ? »

« Je t’aime à l’infini, de tout mon cœur, de toute mon âme et pour la vie ».

2ème gloups. L’heure est grave, je déglutis tant bien que mal en dépit de la coquillette finalement passée sans encombre.

« Mais bien sûr que je t’aime comme cela mon amour, c’est évident. »

« Tu aimes les mots ! » – « oui » – « tu les choisis avec soin quand tu écris tes billets » – « heu … oui… » – « tu n’arrêtes pas de me dire que c’est important d’avoir du vocabulaire pour exprimer correctement ce que l’on ressent » – « oui oui » (je sens le piège…) – « avec moi c’est tout pareil, tu ne peux pas m’aimer juste très fort quand moi je t’aime à l’infini et que tu es mon oxygène ».

En général, c’est le moment où la glotte s’affole, monte et descend, le cerveau commençant à dérailler, ne sachant s’il doit rire ou pleurer.

« Donc tu m’aimes comment ? »

« A l’infini mon chéri !!! »

Claquement de langue, pouce levé, clin d’œil : « ben voilà Maman »

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

« Ma douce maman, je t’écris ce mot et le glisse sous ton oreiller parce qu’il ne faut pas que tu t’inquiètes à cause d’Alban. Tu es mon cœur, tu es mon âme aussi, la vie ne serait rien sans toi, et tu es la meilleure des mamans. Ta fille qui t’aime »

Emotifs versus mentaux : tout un chemin à parcourir mais mazette que c’est divin.

Abonnez-vous pour recevoir mes billets

 

6 réponses
  1. Feliix
    Feliix dit :

    Elvire, il m’est souvent arrivé de dire à des personnes que j’aime que.. je les aime, sans autre qualificatif. Et non pas que les aime « bien » ou beaucoup », et j’ai l’impression de retrouver par là un peu de ce que dit Alban. Cela me semble assez évangélique, dans la mesure où l’amour, au moins dans le Nouveau Testament, ne se mesure pas.
    J’estime donc que les qualificatifs trahissent la force et la justesse du verbe aimer. Certains le comprennent, d’autres non, feignant de penser que je pourrais de la sorte aimer mes parents, mes frères et sœurs, mes amis, mon travail, et j’en passe de la même manière….

    Répondre
    • Elvire Debord
      Elvire Debord dit :

      Il y a une pureté de l’amour qui se passe de qualificatif et transcende la personne à laquelle il s’adresse. Ce qui m’émeut au fond dans cette anecdote c’est combien le langage de l’amour, dont parlait Gary Chapman dans un de ses livres, diffère selon les personnes et il est donc plus ou moins audible. Il est clair que dans le cas de mon petit garçon, le qualificatif diminue la notion d’amour, ce qui n’est pas le cas du tout de sa soeur. Et que de surcroit à 9 ans, ce genre de conversation ne cesse de me surprendre pour ne pas dire m’émouvoir.

      Répondre

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.