Le corps, un chemin de prière d’Annick Chéreau et Pierre Milcent

« La majeure partie des grandes religions qui ont cherché l’union à Dieu dans la prière ont aussi indiqué des voies pour l’atteindre. Comme l’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions, on ne devra pas rejeter a priori ces indications parce que non chrétiennes. On pourra au contraire recueillir en elles ce qui s’y rencontre d’utile, à condition de ne jamais perdre de vue la conception chrétienne de la prière, sa logique et ses exigences. D’authentiques pratiques de méditation provenant de l’Orient chrétien et des grandes religions non chrétiennes peuvent constituer un moyen adapté pour aider celui qui prie à se tenir devant Dieu dans une attitude de détente intérieure. » Cardinal Ratzinger

Si ce livre ne m’avait pas été adressé, il est plus que certain que je ne l’aurais jamais ouvert, le thème ne m’interpellant pas de prime abord.

Comme j’ai pu l’exprimer dans un précédent billet, une pudeur instinctive (peur ?) me conduirait à me sentir très vite mal à l’aise à devoir « me mettre en scène » pour prier, surtout en communauté, et le préalable consistant à mettre son corps dans une disposition facilitant l’oraison, par le biais de quelques exercices ou postures corporelles, me gênerait terriblement au point de passer complètement à côté de l’objectif à savoir, en l’occurrence, favoriser la rencontre avec Dieu.

Je suis toutefois disciplinée, et dans la mesure où l’on prend la peine de m’adresser un livre, notamment en provenance d’un éditeur que j’apprécie beaucoup, je l’ai lu.

Et je suis tombée sur ce passage du Cardinal Ratzinger, futur Benoit XVI, qui figure pour partie dans une lettre adressée aux Evêques en 1985 et pour partie dans des déclarations entourant Nostra Aetate en 1965, et que j’ai repris en début de ce billet.

Ces quelques phrases suffiraient à nourrir des heures de réflexions et d’échanges, car elles sont pour ma part absolument essentielles et nécessaires dans l’appréhension que nous nous devons d’avoir, en particulier en tant que chrétiens, sur le monde. J’entends tellement souvent, non sans un certain effarement, de propos intempestifs sur ce qu’il conviendrait de dire, penser, regarder, aimer, apprécier, manger, même voter, au nom de la religion chrétienne, que j’en viens bien souvent à douter de ce qu’il y a de formidable à vouloir vivre une spiritualité aussi étriquée. Plus exactement, je ne doute pas de ce que moi j’y trouve, mais bien plutôt de ce que lesdites personnes peuvent y trouver, car en balayant le monde avec une telle grille de lecture, il y a un côté étouffant qui conduit rapidement à l’asphyxie.

Comme il n’y a aucune raison de me sortir du lot comme si je surfais sur une vague de liberté détachée, je dois bien admettre que j’ai eu la tentation dans ma période post-ado de développer un côté un peu radical sur les bords, d’aucuns diraient « identitaire », mais j’ai bien vite constaté que loin de m’élever dans la joie, j’avais une fâcheuse tendance à manquer de charité et à couper la vie à la serpette, ce qui, instinctivement, et sans que je puisse davantage développer d’autres raisons, je me suis assez vite préservée de fréquentations ou lectures qui iraient titiller ce qui  ne demande qu’à s’enflammer.

Tout cela pour dire, et je ramène non sans adresse mon propos au présent livre, que même si par nature ou appétence, je ne suis pas attirée par telle ou telle forme de spiritualité, de réflexion ou de mode de vie, j’adhère totalement à l’idée de ne pas rejeter par principe ce qui ne me convient pas ou ce qui n’est pas a priori chrétien, dès lors qu’il est possible d’y déceler ce qui est vrai ou fait sens dans notre foi.

Au sein de l’Eglise, autant dire bien évidemment que cela devrait relever de l’évidence élémentaire, ne serait-ce qu’au nom de notre devoir de chrétien et souci d’unité.

Je ne me suis pas totalement « convertie », en refermant ce livre, à l’usage de mon corps comme chemin de prière, mais je dois bien admettre que la démarche ne manque pas d’intérêt et qu’elle fait sens dans une aspiration à vivre une union plénière à Dieu où ce qui nous constitue, (corps, raison, âme), serait entièrement tourné vers Dieu pour accueillir sa grâce.

Une amie très chère pratique la méditation personnelle très régulièrement et ne manque pas de m’en souligner tous les bénéfices, et en lisant ce livre, j’ai eu bien souvent l’impression de l’entendre, même si l’objectif n’est pas tout à fait le même … quoique… là aussi, les mots sont parfois trop étroits quand nous limitons leur sens à ce qui ne voulons y voir…

« Sachons nous émerveiller de la variété des sensations qui nous sont offertes, et remercions le Seigneur pour ce corps, ces sens, ces produits de la terre et du travail des hommes qui nous sont donnés ici »

Hormis le mot « Seigneur », je pourrais voir ces mots jaillir de sa bouche dans sa cuisine.

Souvent, trop souvent, déconnectés de nous-mêmes, nous sommes sans cesse en quête de recettes qui nous permettraient de retrouver la pleine conscience de l’instant présent, la pleine conscience de notre être profond, la réalité de notre corps, de nos sensations, l’objectif étant de retrouver un meilleur équilibre psychologique, et pour ceux qui sont aspirés par quelque chose de plus transcendant, une forme d’harmonie avec l’univers.

Annick Chéreau et Pierre Milcent intègrent cette dimension, mais pour vivre une véritable oraison, avec son corps, dans un abandon confiant à l’action de Dieu en soi.

Des moyens sensiblement similaires à la méditation mais tournés vers Dieu. En prenant conscience de son corps et de sa respiration, nous nous rendons moins perméables aux incitations extérieures et à l’activité perpétuelle de notre cerveau en ébullition, ce qui favorise une plus grande intériorité.

Si ce livre est pris comme un outil, un guide, pour ceux et celles qui souhaitent comprendre ou enseigner l’oraison par le corps, il est tout à fait remarquable, car il rappelle en trois parties l’histoire du corps dans la prière, la place du corps dans la prière et comment l’oraison par le corps peut être un chemin de transformation par le Christ.

Pour les néophytes, il ne dispensera pas de devoir être accompagné pour l’expérimenter et d’avoir à approfondir les aspects spirituels qui y sont exposés, ces derniers pouvant, me semble-t-il, apparaitre un peu succincts pour qui a besoin de comprendre plus en profondeur le sens de la prière ou opaques pour qui n’a pas baigné dedans.

En compagnie du frère carme Pierre Milcent, Annick Chéreau, laïque, anime depuis vingt ans des sessions d’initiation à la prière silencieuse avec le corps.

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4 réponses
  1. Henri
    Henri dit :

    Notre religion est incarnée, prier, c’est bien faire participer le corps à ce chemin. La prière peut être larme silencieuse peut être aussi de louange, mais sans le témoignage du corps, elle s’évapore. Merci pour ce commentaire sur ce livre.

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    • Elvire Debord
      Elvire Debord dit :

      Vous avez raison d’autant plus qu’ayant baigné enfant dans des communautés charismatiques, la louange avec le témoignage du corps m’est assez familière. Mais ce livre met en avant une autre dimension me semble-t-il qui n’est pas tant manifester sa joie corporellement parlant mais en le mettant dans une attitude de réception et d’intériorité qui facilite la prière silencieuse.

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  2. Dom-Dom
    Dom-Dom dit :

    La place du corps dans la prière est un vrai débat. Il faut toutefois respecter la liberté de chacun et, pourquoi pas, sa sensibilité. Pour ma part je préfère oublier le corps, ou plutôt le mettre en repos: assis, debout. La position à genoux m’est pénible, alors à éviter.

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  3. Raphael
    Raphael dit :

    On décèle au travers de vos mots une grande liberté. Liberté personnelle, intérieure, pour nous parler de votre quête, celle de devenir un être meilleur ou seul le but compte sans juger le moyen pour y parvenir, à l’exemple de ces postures. Si j’osais, sans doute allez vous me dire que je suis dans l’erreur totale, je dirais que Dieu et cette volonté de le trouver n’est qu’un moyen pour atteindre cette paix intérieure et cet équilibre si présents dans vos écrits, toujours admirables.
    Votre bien dévoué raphael

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