Chaînes et terreur de Mgr Ioan Ploscaru

« Le marxisme – excepté sa partie athée – est une philosophie humanitaire : créer un homme nouveau, social, qui place la communauté avant ses propres instincts, qui lui donne tout pour n’en recevoir qu’une partie. Karl Marx s’est rendu compte que, pour réaliser cet idéal, il fallait un homme nouveau. (…) Les Russes ont fait de l’Europe une Sibérie en mettant la charrue avant les bœufs. D’abord l’idée, ensuite l’homme. (…) Si la philosophie marxiste avait eu comme fondement un appui moral, une idée spirituelle de transcendance, elle n’aurait pas détruit dans une aussi large mesure l’humanité du XXème siècle. Aujourd’hui, en 1992, tant en Occident qu’en Orient, on voit les séquelles d’une philosophie athée, sans principes moraux, sans amour authentique et sincère du prochain. Des actions philanthropiques ne créeront jamais un autre Saint François ni un autre père Damien, capable de donner peu à peu sa vie. (…) Le mystère de la douleur sans l’exemple du Christ sur la croix n’a aucun sens, le monde ne peut ni le comprendre ni l’accepter. Les prisonniers ont compris le mystère de la souffrance…»

Monseigneur Ioan Ploscaru (1911-1998) fut évêque gréco-catholique de Lugoj en Roumanie.

Arrêté en 1950, il passa quinze années dans les prisons communistes, dont quatre en isolement complet, après avoir été ordonné évêque clandestinement. Après sa libération, il continua à être suivi, fouillé régulièrement, persécuté et interrogé jusqu’à l’effondrement du communisme en 1989.

Chaines et terreur est son journal autobiographique, rédigé durant ses années d’incarcération. Ainsi que le souligne Mgr  Defois qui préface l’édition française sortie en octobre 2017, ce livre est un cadeau spirituel.

Nous entrons de plein fouet aux côtés de ce prêtre dans cette culture de destruction des personnes et de leurs âmes. Au plus profond de la souffrance, de la faim, de la peur, du froid, de la torture, jaillit et grandit la foi de ce prêtre qui n’eut de cesse de prier, méditer, enseigner, célébrer la messe quand il le pouvait, ce qui lui fit écrire : « j’ai souffert humainement, mais toujours dans la foi. C’est une grâce de pouvoir offrir à Dieu ses souffrances et le témoignage de sa foi, même au prix de sa vie. »

Ce livre est le témoignage bouleversant d’un évêque catholique en plein régime totalitaire, rare prêtre survivant des geôles communistes, assistant à la mort en martyrs de ses codétenus, faisant preuve d’une résistance spirituelle hors du commun, fidèle à sa foi et qui reste empli de miséricorde pour ses bourreaux.

Un récit qui nous remet en mémoire l’anéantissement de l’Eglise gréco-catholique pendant le régime communiste.

L’Eglise gréco-catholique roumaine ou Eglise roumaine, unie à Rome, est l’une des Eglises catholiques orientales. Elle se distingue de l’Eglise romano-catholique de Roumanie, également catholique mais appartenant à l’Eglise latine.

Pour comprendre l’histoire de cette Eglise, il nous faut remonter à 1700 où à l’issue du synode d’Alba Iulia, une partie des orthodoxes qui souffraient d’un statut de seconde zone lors du rattachement de la Transylvanie à l’Autriche, décidèrent de s’unir à l’Eglise de Rome en intégrant les quatre points du concile de Florence (1439) qui les séparaient depuis le schisme de 1504 (reconnaître l’autorité de Rome, l’existence du purgatoire, accepter la question du filioque et reconnaître la validité de célébrer l’eucharistie avec du pain levé ou azyme), tout en conservant le rite oriental et ses traditions. Par la suite, ce nouveau statut leur permit notamment de pouvoir se former dans les écoles de Vienne et Rome, favorisant l’émergence d’une élite intellectuelle qui joua un rôle majeur dans le développement de la Roumanie.

En 1948, cette Eglise fut interdite avec l’arrivée des communistes au pouvoir. Désireux de voir retourner cette Eglise, en lien avec l’occident, dans le sein des orthodoxes plus inféodés au pouvoir, les communistes s’acharnèrent avec une rare virulence sur ses prêtres et ses évêques, qui vécurent un long calvaire jusqu’en 1989.

En 1998, le pape Jean-Paul II rendit hommage à cette Eglise, et notamment à Mgr Ioan Ploscaru dont il fut l’ami personnel, en soulignant la contribution essentielle des chrétiens de Roumanie, de tradition byzantine, au sein de l’Orient chrétien, dont le supplice et le martyre durant la période communiste demeurent un témoignage lumineux de la foi pour l’Eglise toute entière.

 

 

 

 

En 2006, le pape Benoit XVI éleva l’Eglise gréco-catholique au rang d’Eglise archiépiscopale majeure.

Après la chute du communisme et 41 ans de clandestinité, l’Eglise put enfin sortir des catacombes et connaître un renouveau. Mais aujourd’hui encore, cette Eglise continue de connaître de grandes difficultés en Roumanie. De statut de deuxième Eglise du pays après les orthodoxes avec 1,5 millions de fidèles et plus de 2 000 églises, on dénombre aujourd’hui 200 000 fidèles (moins de 1% de la population), et environ 150 clochers difficilement récupérés ou construits, suite à l’extermination des croyants restés fidèles au catholicisme, ceux convertis de force à l’orthodoxie, la diaspora et la confiscation de tous leurs biens.

Pour en apprendre un peu plus sur les chrétiens d’Orient, et découvrir la richesse de la tradition byzantine, une magnifique exposition est consacrée en ce moment aux Chrétiens d’Orient à l’Institut du monde arabe.

Et pour ceux qui souhaiteraient connaître et entrer dans leur liturgie, il existe à Paris des lieux de culte catholique de rite byzantin, comme par exemple la cathédrale Notre-Dame du Liban rue d’Ulm, de rite maronite, ou l’église Saint Julien le Pauvre, à côté de Notre-Dame, de rite melkite. Les messes sont en arabe, mais entièrement traduites à Notre-Dame du Liban, et entièrement chantées à Saint Julien le Pauvre.

Ces rites sont absolument magnifiques, d’une très grande richesse, et c’est une occasion exceptionnelle d’approcher et d’entrer en communion avec les chrétiens d’Orient.

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