Vers la maturité spirituelle par un chartreux

« L’amitié est un don précieux de Dieu. Ce qui rend l’amitié possible, c’est la capacité d’apprécier (d’estimer, de priser) autrui comme valeur en soi, un bien en soi, au-delà de notre intérêt personnel immédiat et de nos besoins. L’amitié vraie est de l’ordre de la célébration du don de Dieu qu’est l’ami. Toute amitié profonde ouvre implicitement ou explicitement sur Celui qui est Amour. L’amitié trouve son assise la plus vraie dans la recherche commune de la communion avec Dieu. L’essence de l’amitié est la recherche de l’infini dans le fini. Elle devrait dépasser une simple rencontre de goûts et d’affinités naturels. Sa lumière est plutôt un regard de foi qui voit dans l’autre un frère dans le Christ, animé du même Esprit, en chemin comme nous vers le Père Eternel. »

Les chartreux.

Sentinelles de l’Invisible par excellence.

Une radicalité de la vocation qui ne peut pas se comprendre sans la foi.

Une radicalité qui interpelle, bouleverse les lignes, et interroge sur le sens de notre vocation personnelle : y-a-t-il une poignée d’élus entièrement donnés au Christ, modèles inatteignables et purs esprits, et le reste qui essaie vaille que vaille d’ordonner sa vie à ce qu’elle pressent être Une vérité à atteindre, un ensemble de règles et de valeurs auxquels on se rattache, un brouillon de vie spirituelle ramené aux contingences de nos limites humaines, toujours indulgents avec soi-même et d’une dureté infinie envers les «élus » qui chuteraient?

Il m’a fallu du temps pour le comprendre et l’accepter, je le reconnais, car j’étais convaincue que ceux qui aimaient tellement le Christ au point de donner leur vie pour Lui, ne pouvaient que baigner dans une joie béate. Est-ce le fruit des récits hagiographique des saints de mon enfance ou l’incapacité de concevoir que si proche du Christ il soit possible d’être encore si « humains » ? je ne le saurais le dire car avec du recul je m’étonne moi-même d’avoir pu penser cela avec une telle conviction chevillée au corps. Comme si, par magie, l’entrée dans la vie religieuse gommait d’un coup les limites de notre humanité et rendait, par contraste, nos propres limites plus excusables.

Si j’avais encore besoin d’en être convaincue, la triste actualité, sur laquelle je n’ai même pas de mots à poser, se sera chargée de m’ouvrir définitivement les yeux : il n’y a pas d’élus hors du monde, purs esprits protégés de ses égarements et de ses tentations. Nous sommes tous des élus du Christ appelés à cette radicalité de la vie spirituelle et qu’elle prenne la forme d’une vie religieuse ou qu’elle s’insère dans le monde laïc, nous avons tous le même appel, le même choix à poser chaque jour, un fiat qui devienne magnificat, une maturité affective et spirituelle à atteindre qui ne s’acquiert que par la conscience aigue de nos limites et le désir viscéral de laisser notre intelligence, notre cœur, illuminé par Dieu pour se laisser guider là où nous sommes appelés.

Ce chartreux, qui a souhaité rester anonyme, nous livre cette richesse du discernement. Dédié à ses moines novices, ce livre, petit joyau d’intelligence, d’intuition et de connaissance du cœur humain, mêlant dans une même unité sciences humaines, prière et tradition, s’adresse cependant à tous.

Les étapes de la vie spirituelle auxquelles les moines seront nécessairement confrontés, ne sont pas fondamentalement différentes de celles que nous devons traverser. Maturité affective, maturité psychologique, maturité dans la vocation, maturité spirituelle, autant d’étapes à franchir qui seront ce ballotement permanent entre déserts, tentations, frustrations, chutes et l’exercice de sa liberté intérieure vers l’acceptation, la conversation, la foi « unitive ».

« La grâce n’élimine pas la nature, mais la hausse vers sa perfection, non pas perfection d’un mouvement de réalisation de soi, mais dépassement radical de soi. »  

L’ascétisme n’a de sens que dans la mesure où il tend vers l’épanouissement de la vie du Christ en nous, explique le chartreux à ses novices. Si le vœu est l’expression parfaite de l’exercice de sa volonté, c’est en creusant la fidélité qu’on s’ouvre sur la liberté et sur l’amour, rajoute-t-il.

Ce qui est vrai pour les moines, l’est aussi pour nous. Membres de l’Eglise, nous sommes tous, chacun à sa place, appelés à être ce signe pour le monde du salut de Dieu.

Nous pouvons verser des torrents de larme sur la nature pécheresse de notre monde, le seul choix qui s’offre à nous est celui d’une vie qui a un sens transcendant, non pas chez le prochain qui en aurait plus de faculté, mais chez soi. Humains, faillibles, imparfaits sommes nous et demeurerons, et la première des miséricordes à implorer est pour nous.

« Le chrétien est nécessairement un homme d’espérance dont tout l’être se tend dans la foi vers l’eau véritable de la vie et de l’amour éternels, et qui, tout au long de son voyage, est soutenu par cette eau comme une source intérieure et cachée. »

 

 

 

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