La femme concrète

Je suis tombée aujourd’hui sur un article qui vantait le retour en force des concrètes de parfum. Pour ceux qui seraient néophytes en la matière, la concrète est un produit solide ou semi solide obtenu après extraction des principes odorants de certaines matières premières végétales telles que le jasmin, ou la rose, une sorte de parfum solide sans alcool.

Brevetée par la maison Molinard au début du XXe siècle, celle que l’on appelait alors « Concréta » s’est largement démocratisée grâce aux progrès techniques car cette forme de parfum, appelé également parfum cireux, présente de nombreux atouts dont celui d’être facilement transportable et de se fondre délicatement sur la peau en laissant s’échapper ses fragrances.

Les essences absolues qui entrent dans la composition des parfums d’exception sont obtenues à partir des concrètes.

Je vous vois venir, et se demander mais pourquoi nous parle-t-elle de cosmétique ce soir et de ses concrètes de parfum. Où est le spirituel, le billet d’humeur, le livre à découvrir ou la dernière sortie …

Outre le plaisir de s’amuser à égarer le lecteur, outre le fait que je trouve ce sujet tout à fait passionnant, ce qui a réellement motivé mon envie d’écrire ce soir, c’est l’envie de rendre hommage aux femmes « concrètes ».

Car je cherchais depuis longtemps comment définir ces femmes uniques en leur genre et tout à fait exceptionnelles à mes yeux que je définissais « sans état d’âme », non pas au sens de sans scrupule mais au sens de ne pas se perdre en tergiversations stériles dans leur quotidien. Et ce terme de « concrète »,  avec tout l’écrin et le parfum qui l’entourent, m’a semblé correspondre parfaitement à ces femmes.

Elles sont d’autant plus admirables à mes yeux ces femmes « concrètes » que j’en suis un modèle totalement éloigné, même si je m’évertue à davantage de sérénité.

En tant que femmes, nous avons toutes un florilège d’amies ou de copines avec qui on a passé des soirées à refaire le monde : au téléphone, à des dîners, ce sont généralement les moments propices aux longues confidences et à balayer sa vie, ses enfants, son conjoint, ses amis, son travail, ses bilans de passage de dizaine de vie (la trentaine, la quarantaine, la cinquantaine ..), sa liberté perdue, sa liberté pesante, les signes du temps qui s’installent, ses envies de changement…

Selon les personnalités de chacune, ces moments sont des exutoires, ou, par comparaison, l’occasion se sentir finalement pas si mal loties, ou simplement l’expression d’un besoin de se sentir écoutées et comprises.

Pour ma part, je ne connais quasiment que des femmes qui ont besoin de partager leurs ressentis, des femmes « eau de parfum », des femmes « eau de toilette », des femmes « eau de cologne », de celles qui dégagent des effluves sirupeuses  ou délicates, voluptueuses ou éthérées, des odeurs d’exception ou bon marché.

Elles ont leurs qualités les femmes « parfum » : elles comprennent les méandres de l’âme, anticipent vos tourments, vous obligent à puiser toujours plus loin la quintessence de votre être, elles vous accompagnent et font des amies d’exception.

Mais heureux sommes-nous quand nous pouvons côtoyer des femmes « concrètes » car elles sont reposantes, rassurantes, réconfortantes.

Elles ne se perdent pas en débats intérieurs infructueux pour savoir comment agir, ce qui les rend redoutablement efficaces, elles ne passent pas leur temps à analyser les gens, ne se lèvent pas le matin en se demandant si elles sont heureuses ou non dans leur vie ou si l’herbe est plus verte ailleurs, elles disent ce qu’elles pensent avec spontanéité et fraicheur, ne s’embarrassent pas de contraintes inutiles, elles connaissent leurs priorités et quand elles ont fait des choix, elles s’y tiennent. Vous ne les entendez jamais se plaindre de leur quotidien, et s’il devient pénible, elles vous l’énoncent comme un état de fait et non comme une plainte ou une angoisse donnant lieu à de multiples remises en cause.

Quand la femme « concrète » vous dit « Mon mari est insupportable en ce moment », il n’est pas nécessaire de se positionner en femme « parfum » avec la salve de « comment le vis-tu ? Veux-tu engager une thérapie de couple ? Est-ce que ton attitude éventuellement n’induit pas chez lui ce comportement ? Prends-tu soin de lui ? Es-tu effondrée ». Que nenni, car elle vous regardera avec de grands yeux étonnés et vous répondra du tac au tac : « ça lui passera. »

Je vous le dis, et je le clame, les femmes « concrètes », ce substrat dont on tire l’absolu, sont des êtres rares  et de vraies bénédictions dans les familles, car elles sont un pilier fort.

Je me suis rendue compte (comme quoi ça sert de vieillir, de murir pardon) qu’on ne leur rendait finalement pas assez hommage à ces femmes. On se penche et s’épanche plus facilement auprès de celles qui manifestent plus aisément leurs tourments, mais comme la femme « concrète » donne l’impression de n’en éprouver aucun, on tient cela pour acquis.

Ne connaissant qu’une seule et authentique femme « concrète » et qu’elle se reconnaitra sans que j’ai besoin de la citer, je lui dédicace donc ce billet qui est pour moi l’occasion inespérée de lui dire qu’elle est extrêmement chère à mon cœur, et que cette solidité a su porter ses fruits efficacement dans des moments de déréliction très pesants.

Après l’année de la Miséricorde, je suis dans les starting-blocks de l’année de l’amour manifesté.

Sachons en effet virer de bord dans la joie.

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