Mystica de Stéphane Barsacq

« Approcher de l’ineffable nécessite de celui qui écrit, non qu’il force la langue à n’importe quel prix, mais, au contraire, qu’il préserve le caractère silencieux de l’émotion, qu’il cherche à transmettre, pour que ses mots, gorgés de silence, disent cette émotion au plus profond.

Nous ne sommes pas les survivants d’un âge d’or. Nous sommes placés à l’avant-garde de l’éternité.

Ne jamais se limiter quand on vise l’illimité. La vérité, c’est qu’il n’y a pas de limites.

Pire que l’absence d’amour, ce qui fait souffrir, qu’est-ce sinon de voir qu’on aura aimé qui vous aura en fait le plus détesté.

Un cœur brûlant pour se lancer au-dehors. Un cœur profond pour se lancer en-dedans. »

Il était attendu, espéré même, lorsque l’ami précieux des pépites littéraires, l’homme à la tasse qui publie (presque) chaque jour ses lectures, écrit « Il faut des siècles de culture, d’élégance et d’esprit, pour qu’un livre comme celui-ci voie le jour. Il faut aussi que son auteur soit nourri de cette culture et qu’il sache en recueillir la grâce : « Je est un Hôte ». Alors se produit parfois ce miracle en quoi consistent les grands textes, qu’ils nous donnent à lire comme pour la première fois ce qu’on connaissait depuis toujours. Mystica est un grand texte. A lire toute affaire cessante. Pour accompagner notre quête de joie! », maison d’éditions connue et suivie, il est arrivé, ce grand texte, couverture à rabats, Mystica, couleur rouge sang de bœuf, s’affiche en haut à droite, presque fondu dans l’huile sur toile de Stanislas Bouvier, Le soir, sur lequel le regard peine à se détacher, happé par ce ciel déclinant où quelques nuages laissent encore transpercer la lumière pour s’assombrir davantage en quatrième de couverture, c’est son auteur, Stéphane Barsacq, qui tranche, un nom en blanc sur fond sombre, le ton est donné, ombre et lumière, crépuscule qui aspire à cet incessant renouvellement de la vie,  il est temps de l’ouvrir, de le feuilleter, pris au hasard, un premier aphorisme vous interpelle, puis un second, je reviens en arrière pour vérifier que la tonalité reste la même, puis vais directement à la fin, et dans ce balancement incessant, le livre est lu partiellement, repris des heures, des jours plus tard, parcouru à nouveau au hasard, posé au gré des jours dans le salon, la chambre, la cuisine, la salle de bains, souligné parfois, « la puissance de l’amour est là, dans une connivence avec l’invisible, jeu d’équilibre entre voilement et dévoilement », les mots « morts », « amour », « joie », « Dieu », « vie », « beauté », reviennent inlassablement, toujours entrelacés, n’existant jamais seuls, n’ayant de sens qu’ensemble, s’attirant via ce fil invisible qu’est la foi, la raison à son summum disait Simone Weil, qui traverse les siècles et demeure pourtant sans cesse renouvelée à travers ses prophètes, « l’autre ne peut être possédé : il est libre, et il doit le demeurer », la lucidité, cette vision du monde éclairée par en Haut, à laquelle l’auteur se range et qu’il ne peut éprouver qu’au plus haut point pour que la parole jaillisse ainsi, homme qui souffre, mais de cette peine qui transfigure car elle n’est pas que fardeau, elle est cette conscience aigue de vivre à jamais, de tendre vers un dépassement de soi, une renaissance qui permet de s’affranchir de soi-même pour s’accomplir au risque de n’être que passions tristes ou désespérance, « toute vie est une vie donnée, notre vrai pays n’a jamais été de ce monde », lucidité de devoir être présent au monde pour y faire advenir ce qui est nié, balayé, oublié, car notre place est ici et maintenant, et même si les temps nous semblent durs, il faut savoir « faire d’un désir un destin, la seule damnation c’est de ne pas aimer la vie », un grand texte?, des mots de Vie, des mots de Joie, puissions-nous, nous aussi, être des paroles silencieuses qui entrainent vers l’éternité.

 

Stéphane Barsacq, né en 1972, grandit à Moscou dans une famille aux ramifications russes et françaises. Il a publié Johannes Brahms (Actes Sud), François d’Assise, La joie parfaite (Seuil), Simone Weil, Le ravissement de la raison (Seuil), Cioran, Ejaculations mystiques (Seuil), Rimbaud, Celui-là qui créera Dieu (Seuil). Son roman Le piano dans l’éducation des jeunes filles (Albin Michel) a reçu le prix Roland de Jouvenel décerné par l’Académie française en 2016.

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2 réponses
  1. Anonyme
    Anonyme dit :

    Si les auteurs ont du talent, encore faut il savoir puiser dans leurs ouvrages le meilleur d’eux et le retranscrire dans ces billets si admirables. Vous excellez dans l’exercice chère Elvire qui nous ouvrez vers des horizons profonds et pour moi insoupçonnés. La quintessence de tout en tout semble être votre devise.

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