Ton prochain de Luigi Santucci

« Dans la garde-robe de notre imaginaire dont nous habillons nos semblables, nous avons déniché une vague écharpe de soie blanche avec le mot « prochain » brodé en lettres d’or, et nous l’avons mis en bandoulière à ces sortes de gens qu’on disait : le vieil oncle (…), le cher ami (…) ou l’aveugle à qui nous faisons traverser la rue (…). Mais notre garde-robe, tout bien considéré, est très avare de ce genre d’écharpes, et nous laissons la grande majorité de nos semblables circuler sans cet accessoire symbolique. »

Si on ouvre un dictionnaire sur l’occurrence « prochain », on y trouvera la définition suivante : être humain considéré comme un semblable, considéré dans les relations entretenues avec lui, personne de proche. Dans ce cadre, il aisé d’imaginer que le prochain recouvre pour beaucoup la famille, les amis, et plus largement ceux qui nous entourent. La relation peut être plus ou moins facile, mais il est généralement acquis que notre attention et notre affection porteront plus spontanément sur cette sphère immédiate.

Il suffit cependant de regarder la vie des grands saints et de creuser le sens du mot prochain à l’aune de la charité, pour comprendre que le prochain revêt une toute autre dimension, englobant toute personne qui n’est pas soi, qui nous est agréable comme insupportable, aimante comme agaçante. Le prochain c’est le frère que nous n’avons pas choisi et qui se présente malgré tout sur notre route.

« Aimer son prochain comme soi-même », tel est le précepte qui nous est aussi familier intellectuellement qu’il peut nous être étranger dans les faits. La sincérité et la profondeur de nos rapports au prochain se creusent, s’intensifient, s’incarnent et s’éprouvent justement dans la difficulté à voir notre prochain parmi tous ceux qui viennent bousculer nos certitudes, nos égoïsmes, qui nous sont indifférents ou désagréables.

Luigi Santucci nous propose d’entrer en communion avec ce prochain à travers une série de portraits nous conduisant à méditer et à nous interroger sur les différentes formes qu’il peut revêtir : l’ami dans le besoin, le malade difficile, les enfants conflictuels, l’époux ou l’épouse usé(e), la personne âgée aigrie, son supérieur, l’étranger, le pauvre, l’inconnu…

Point de grands discours dans ce livre, ni de moralisme. Quelques réflexions pragmatiques et spirituelles, profondes et légères à la fois, qui viendront haranguer tout à la fois notre capacité à devenir et être un bon Samaritain dans la durée, tout en nous invitant, par effet miroir, à réfléchir sur le prochain que nous sommes.

« L’enfer, c’est les autres » écrit Jean-Paul Sartre. « L’enfer, c’est de ne plus aimer », écrit Sainte Thérèse de Lisieux.

Ton prochain est le premier livre de Luigi Santucci traduit en français. « Les circonstances où nous sommes actuellement plongés ont cette qualité particulière de nous inviter à nous pencher sur les vertus de proximité. Lire le bref essai de Santucci nous y aide. » Christophe Carraud (traducteur et éditeur)

A lire d’urgence pour la beauté des mots, de l’essentiel et du livre qui est en lui-même un ouvrage absolument magnifique.

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