Quand tu étais sous le figuier… d’Adrien Candiard

Propos intempestifs sur la vie chrétienne

« La vie chrétienne, c’est d’avoir le courage de ne pas renoncer à la joie (…) parce que le bonheur est notre vocation (…) qui n’est que l’autre nom de la vie spirituelle que Dieu veut nous proposer. (…) Discerner notre vocation, réaliser notre vocation, vivre une vie chrétienne, c’est apprendre à nous libérer du poids de nos fantaisies, de nos envies du moment, de nos tocades, pour nous concentrer sur notre désir le plus vrai, celui qui nous constitue et nous fait avancer, celui qui nous appelle vers le bien. (…) Jésus nous invite à choisir la vie éternelle maintenant, et à la vivre sans attendre. »

Bien que sorti en 2016, voici un livre qui fait joliment écho à celui de Christiane Rancé, « Lettre à un jeune chrétien », et qui vivifie par la sobriété avec laquelle Adrien Candiard nous fait entrer dans notre vie spirituelle.

Le terme de vocation fait peur car il renvoie souvent à la vie religieuse. Or vivre sa vocation revient à répondre à l’appel de Dieu, selon un chemin qui nous est propre, un chemin personnel, unique, à la suite du Christ.

Vivre cette grande aventure à l’ombre protectrice du figuier, c’est partir à la conquête de sa liberté intérieure qui grandit dans l’exacte mesure où la Foi, l’Espérance et l’Amour se fortifient (cf. La liberté intérieure de Jacques Philippe)

La Foi est un mystère dont il est difficile de justifier les raisons si ce n’est de la vivre avec une telle intensité et simplicité qu’elle ne peut qu’interroger celui qui la frôle. Le jour où j’ai réellement réalisé que Jésus était avant tout un Ami, et le meilleur d’entre tous puisque doté d’un Amour sans faille et toujours présent, mon rapport à la Foi a radicalement changé. En Ami, Il entend tout, partage tout, nos joies comme nos peines, nos éclats de rire comme nos colères, et il serait fâcheux de L’en priver puisqu’Il nous aime tels que nous sommes. C’est dans un livre de Jean Daujat que j’avais découvert le terme d’oraison jaculatoire, terme que je trouve personnellement assez peu poétique, mais qui exprime cependant pleinement cet état d’esprit, « cet élancement amoureux et enflammé du cœur et de l’esprit, par lequel l’âme se surpassant et surpassant toute chose créée, va s’unir étroitement à Dieu. » (Jean de Saint Samson)

Je suis loin de vivre l’oraison jaculatoire à un tel niveau, mais je n’ai pas expérimenté personnellement de meilleure façon de vivre sa Foi au quotidien en toute liberté et en pleine conscience de l’instant présent. La religion nous est trop souvent présentée comme un ensemble de contraintes et de règles à respecter, ou du moins trop souvent perçue comme tel de l’extérieur, alors que si nous sommes intimement persuadés de cet amour divin, si nous recherchons ce « commerce d’amitié » comme disait Ste Thérèse d’Avila, notre vie naturellement aspire au Bien.

Adrien Candiard ne nous dit pas autre chose en faisant appel à la figure de Nathanaël assis sous le figuier et qui se lève à la demande de Philippe pour aller vérifier si c’est bien Jésus.

En nous invitant à sentir et vibrer au « parfum du Royaume de Dieu » maintenant, et en toute chose, Adrien Candiard nous rappelle l’unicité de notre être, qui n’a pas à être schizophrénique : il n’y a pas de temps pour prier, de temps pour aimer, de temps pour préparer sa mort, de temps pour vivre, de temps pour rire, de temps pour être dans la joie ou malheureux, en fonction du lieu, du moment ou de la personne avec qui l’on est. Tout fonctionne à merveille et en plénitude lorsque nous cessons de compartimenter et de ranger nos tranches de vie dans de jolies boites étiquetées « prières », « messe », « loisirs », « travail », « enfants », « amitié », « joie », « peine » … Nous ne vivons pas de petits amours humains et un grand amour spirituel. Nous ne sommes pas pleinement chrétiens à la messe et de simple laïcs le reste du temps. Nous ne sommes pas mondains et profonds de temps à autre. Nous ne sommes pas parents un jour et amis un autre. Nous sommes et demeurons la même personne, avec nos failles et nos faiblesses, nos talents et nos vertus, et aspirer à vivre dans l’unicité de notre être, dans la plénitude de ce qui nous construit, en toute circonstance et avec tout un chacun, concourt à déceler notre vocation, à nous rendre authentiques.

Un de mes amis très cher me dit souvent : c’est facile pour toi, tu as la Foi ! Certes, la Foi est dans mes globules, un fait impossible à justifier, c’est ainsi. Elle est plus ou moins vivace, plus ou moins palpable, plus ou moins lumineuse, elle a pris une place plus ou moins importante dans ma vie, mais elle est là, comme l’oxygène qu’on respire, elle donne le tempo pour vivre avec plus de droiture, de charité, elle irrigue la pensée et les actions. Je dirai même qu’elle me donne un souffle de légèreté et de hauteur de vue sur les choses. Cela me rend-il meilleure que les autres ? mes aïeux, non, et tristement non, mais je me dis pour me consoler que j’aurais pu être pire.

En revanche, la Foi me donne une Joie profonde et une force intérieure inébranlable car même si elle peut sembler ardue, sa théologie complexe, ses dogmes impossibles à expliquer, Dieu est Vivant et Présent, et je pourrais en témoigner à travers un nombre incalculable d’anecdotes me concernant, qui au fond ont été plus que des anecdotes mais bien des clins d’œil pleins d’humour à des moments qui me semblaient insurmontables ou impossibles à discerner.

La Confiance… un risque à prendre qui en vaut la peine car il est assorti d’un cadeau sans prix : la sérénité, même s’il faut lutter contre sa propre nature qui cherche bien souvent à tout contrôler, tout comprendre. Accepter en liberté ce que nous n’avons pas choisi est un combat mais la victoire est belle.

Pierre Candiard nous partage une prière qu’il trouve libérante aux jours d’angoisse et de tempête et que je vous reproduis :

« Seigneur, c’est ton problème. C’est de ta faute si je suis dans cette situation. Alors débrouille toi. Je te laisse t’en occuper. Tu m’as dit de marcher sur la mer, alors c’est à toi de faire que la mer me porte ».

Cette prière m’a fait remémorer une petite anecdote familiale où lors d’un diner auquel s’était joint un ami non croyant, ce dernier titillait mes enfants sur la religion à propos de ce passage de la bible où Jésus demande à Pierre de le rejoindre à pied en marchant sur les flots. Vous y croyez-vous à cette histoire ? leur demandait-il taquin. Et mon fils de répondre sans se démonter : toi, tu n’as pas la Foi, tu couleras !

Un excellent résumé : la Foi nous empêche de couler.

« Quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu », dit Jésus à Nathanaël.

Laissons-nous regarder pour vivre ces « réalités substantielles et nourrissantes qu’il ne faudrait jamais cesser de désirer ».

Adrien Candiard est un frère dominicain, chercheur à l’Institut dominicain d’études orientales, centre de recherche dédié à l’islam, auteur également de livres remarqués et remarquables, En finir avec la tolérance ?, Veilleur, où en est la nuit et Comprendre l’Islam dont j’avais déjà parlé.

 

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3 réponses
  1. ANONYME
    ANONYME dit :

    L’ami cité dans ce billet qui titille ses enfants, lui dit que c’est simple pour elle peut le confirmer; nulle autre ne vit sa Foi avec cette simplicité et cette densité qui donne à Elvire une aura et une dimension tout à fait exceptionnelles et que je jalouse…
    Ce billet est toute Elvire au charme unique. avec cette modestie et ce recul sur les choses, sur elle. Moi j’adore

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