Consentir à être vous
Correspondance entre Joseph Joubert et Pauline de Beaumont
« Vos lettres m’ont fait un grand plaisir. Il y règne une liberté d’esprit et d’imagination qui me plaît et qui rassure sur votre bonheur. Pour être heureuse et rendre les autres heureux, vous n’avez qu’à laisser faire à la nature et consentir à être vous. » Joseph Joubert à Pauline de Beaumont, le 14 avril 1797.
« Il y avait entre nous une sympathie à laquelle vous avez quelquefois opposé bien des obstacles et des contradictions. Mais, quand mes sentiments sont forts et bien fondés, rien ne peut les changer, les affaiblir, ni les suspendre. Personne ne m’a jamais rempli d’un plus solide et plus fidèle attachement que vous. » Joseph Joubert à Pauline de Beaumont, le 12 octobre 1803.
Pauline a 26 ans, Joseph 40 ans, et de cette rencontre qui fut un coup de foudre amical, naquit une correspondance de presque 10 ans, teintée de la pudeur et de la passion qui habitaient deux êtres au destin hors norme, liés par une amitié indéfectible.
Tous deux de santé délicate, lecteurs assidus des grands esprits de leur époque, leurs échanges sont émaillés de leur goût partagé pour certains auteurs, des nouvelles prises et données sur leurs amitiés communes, de leurs inquiétudes réciproques sur leur état de santé, leur désir de se retrouver.
Beaucoup de délicatesse émane de ces correspondances où l’on sent tout l’élan contenu d’un Joseph Joubert face à une Pauline de Beaumont en proie aux affres de la douleur d’avoir perdu toute sa famille guillotinée pendant la révolution, vide d’un mariage inexistant, rongée par une maladie qui ne la quittera jamais, mais qui resta femme du monde et femme de lettres, muse et l’amante de Châteaubriand, notamment pendant sa période d’écriture Génie du Christianisme, dans les bras de qui elle mourut à 35 ans.
Presque dix ans de correspondance qui nous font traverser et vivre de l’intérieur une époque à la fois politique et littéraire où les noms de Bonaparte, Louis de Fontanes, Mme de Staël, Mme de Sévigné, Benjamin Constant, Mme de Vintimille, Châteaubriand et tant d’autres sont autant d’occasion de se dire, de se confier, de s’espérer, en somme, pour reprendre un mot de Joubert, de trouver le courage d’être heureux.
A la lecture de cet ouvrage, nous ne pouvons qu’éprouver une immense gratitude à l’égard des Editions des instants, qui nous offre ici un très bel écrin pour (re)découvrir de façon intimiste celle qui fut portraiturée par Elisabeth Vigée Le Brun, et celui qui de son vivant ne publia jamais rien, mais nous laissa de nombreux Carnets, des lettres, des notes, au style volontiers aphoristique.





❤️
Un gustave?;)
Très beau billet
Avec mon indéfectible affection