Dieu est né en exil de Vintila Horia
« Chaque homme qui vieillit doit avoir de ces horribles visions qui le détachent de l’illusion quotidienne et lui font voir l’inutilité de tout ce qu’il a fait et de tout ce qu’il a été : mais l’immense machinerie du mensonge quotidien, la famille, la richesse, la maison, les amis, le paysage natal, est là pour le reprendre et pour le situer au bout d’une nouvelle illusion. Nous sommes faits ainsi de petites éternités qui nous mènent à la mort, parmi les lugubres clairières de ces moments réalistes qui finiraient par nous tuer plus vite si on avait le courage de les prolonger. En venant à Tomes, la première chose que j’ai été obligé d’abandonner a été la machinerie du mensonge. »
Condamné par l’empereur Auguste à l’exil en l’an 8 après Jésus-Christ, le poète Ovide se retrouve à passer les dernières années de sa vie à Tomes, ville portuaire de l’est de la Roumanie. Relégué, et non déporté, il conserva sa citoyenneté, sa fortune, la possibilité d’écrire, mais entouré de Gètes et de Grecs, Rome lui manqua cruellement.
Implorant sa grâce en vain, l’auteur des Métamorphoses et de l’Art d’Aimer, mourut loin des siens, sans possibilité de faire rapatrier son corps.
Vintila Horia imagine un journal apocryphe qu’Ovide aurait tenu durant sa période d’exil, témoignant de sa propre métamorphose. Par le contact permanant auprès d’un peuple adorant majoritairement un Dieu unique, Ovide pressent une vérité qui serait autre, plus proche des opprimés, des exilés, qui rendrait plus libre.
Pour ce livre, Vintila Horia reçut le prix Goncourt en 1960, qui ne lui sera jamais décerné, sur fond de polémique sur laquelle Thierry Wolton apporte quelques éclairages dans la postface.
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