Les frères K par David James Duncan

« Papa est assis dans son fauteuil, en train de lire la page des sports du journal du dimanche. Je suis couchée sur ses genoux. Plus tard, quand il se lèvera, il deviendra plein de choses – chemise de flanelle, ceinture en cuir, pantalon ample marron clair …-, mais pour le moment il forme un tout : un sol, une région, une planète. Ma tête repose sur l’un des grands accoudoirs rembourrés, les pieds sur l’autre, et le reste de moi est là, sur les genoux de Papa. Le journal me cache son visage, mais les grandes pages vibrent au rythme de sa respiration. Le joueur de base-ball sur l’une des photos a l’air sérieux. Je ne pose pas de questions, je ne demande rien. Je ne bouge pas. J’entends son souffle lent et régulier. Je sens son odeur de tabac. »

Dans la lignée des grands romans américains auxquels nous rendions hommage ici, comment ne pas mentionner ce livre éblouissant de D.J Duncan, également publié par les éditions de Monsieur Toussaint Laventure.

Marqué par la mort de son frère de 17 ans des suites d’une opération à cœur ouvert, David James Duncan lui rendra hommage vingt ans plus tard par l’écriture d’une immense fresque à travers laquelle il imagine quelle aurait été sa réaction face au changement de son pays et à la guerre du Viêt-Nam.

Durant les six années d’écriture, ce sont ainsi trois frères fictifs qui prendront vie au sein d’une famille haute en couleur de l’Amérique des années soixante.

Entre un père aux espoirs brisés qui rêvait de faire carrière dans le base-ball et une mère bigote, se déploie toute une famille qui incarne qui le rebelle, qui l’intellectuel, qui l’innocent, qui la force de la nature, qui les jumelles extravagantes, et le narrateur qui essaie de trouver sa place et analyse tout ce petit monde.

Flamboyante esquisse des relations familiales de l’Amérique profonde, Les frères K nous emportent dans un tourbillon tendre et effervescent, émouvant et poignant aux quatre coins du monde, où chacun devra construire sa propre destinée, tiraillés par leur rapport à la foi, à leurs idéaux, à leurs combats, à leurs convictions, leurs liens entre frères et sœurs, l’amour de leurs parents.

Roman universel et formidablement bien écrit (et traduit), il est de ces livres qui vous fait vivre le sel de l’existence où des moments de grâce côtoient le sordide, où la sérénité d’un instant n’empêche nullement la souffrance, où la famille est ce lieu d’où l’on part et où l’on revient.

Un livre sur la vie de plus de 800 pages, dans la veine d’un Ken Kesey, embrassant les grands thèmes des romans russes, avec ses drames et ses passions, qui se lit avec le désir de sauter dans les pages pour côtoyer chacun d’entre eux pour de vrai.

« Voici ce dont la littérature est faite. Simplement stupéfiant : humain, audacieux, innocemment simple et sensible. The Sunday Oregonian. »

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