La huitième vie de Nino Haratischwili
Pour Brilka
« Je dois ces lignes à un siècle qui a trompé et abusé tout le monde, tous ceux qui espéraient. Je dois ces lignes à mon impérissable trahison, qui s’est abattue comme une malédiction sur ma famille. Je dois ces lignes à ma sœur, à qui je n’ai jamais pu pardonner de s’être envolée sans ailes cette fameuse nuit, à mon grand-père, à qui ma sœur avait arraché le cœur, à mon arrière-grand-mère, qui, à quatre-vingt-trois ans, a dansé avec moi un pas de deux, à ma mère qui a cherché Dieu… Je dois ces lignes à Miro qui m’a infusé l’amour comme un poison, je dois ces lignes à mon père, que je n’ai jamais pu connaître vraiment, je dois ces lignes à un fabricant de chocolat et à un lieutenant blanc et rouge, à une cellule de prison, à un livre que je n’aurais jamais écrit si tu n’étais pas entrée dans ma vie. Je dois ce livre à une infinité de larmes versées, je me dois ces lignes à moi, qui ai quitté le pays natal pour me trouver et finalement me perdre encore plus ; mais surtout, c’est à toi Brilka, que je dois ces lignes »
Quel livre vertigineux, digne des plus grandes épopées historiques, que ce roman de plus de 1200 pages, sorti en France en 2021.
Nino Haratischwili nous offre un joyau qui vient vous saisir dans les tripes, vous fait chavirer le cœur et vous entraîne dans une course littéraire, historique et humaine haletante au sein d’une grande saga familiale qui s’étale sur six générations. En pleine Géorgie, l’auteur nous plonge dans les bouleversements du XXème siècle, depuis les débuts de la Révolution russe, la période communiste, jusqu’à la chute de l’URSS et les prémices de l’indépendance de la Géorgie.
Drames familiaux, destins de femmes, amours, violences, guerres, vies intimes et détails historiques, tout est remarquablement entremêlé et retranscrit. L’auteur fournit ici un travail colossal de mémoire et d’écriture qui laisse son lecteur pantois et époustouflé, face à un grand roman qui le tient en haleine de nombreux jours.
Ici, c’est tout le poids de l’héritage, de la transmission, des choix et des vies individuelles qui vient peser sur la petite dernière de l’arbre généalogique et dont on comprend que bien malgré elle, elle en est si fortement imprégnée que sa tante, celle qui tient la plume du roman, n’avait pas d’autres alternatives que de devoir l’en délester.
Ce roman fait partie de ces livres que l’on feuillette distraitement faute de connaître son auteur, et qui nous happe dès les premières lignes. Un de ces livres que l’on a hâte de retrouver le soir, que l’on cale sur un oreiller tant il est lourd, et que l’on regrette de refermer une fois terminé.

Nino Haratischwili est une auteure, dramaturge et directrice de théâtre allemande née en Géorgie. Elle réside en Allemagne et écrit couramment en allemand et en géorgien, sa langue maternelle. Elle a reçu de nombreux prix




« Miro m’a infusé l’amour comme un poison » j’aime cette phrase qui résonne…, et ces pavés qu’Elvire transforme en billets magnifiques