Anne-Marie Martel de Joachim Bouflet
Une pionnière de la nouvelle évangélisation
« La vie de Mlle Martel aura du moins cet avantage qu’elle pourra servir à plusieurs et particulièrement aux filles qui, n’ayant pas d’attrait pour la vie religieuse, (…) trouveront ici un modèle qu’elles pourront facilement imiter, car il y a quelque chose d’extraordinaire, dans notre noble demoiselle, c’est de savoir qu’il n’y a rien eu en elle d’extraordinaire et que néanmoins elle a monté à un haut degré de perfection en faisant avec des dispositions saintes les choses les plus communes, vivant de la pure foi, animée d’une ardente charité, de sorte que ce n’est pas un petit encouragement pour les âmes désireuses de leur salut et engagées dans les embarras du monde, que de voir qu’on peut demeurer dans le siècle sans en être, (…) que la perfection ne consiste pas seulement à faire des choses extraordinaires comme de grandes aumônes, des pénitences terribles, des oraisons sublimes, des jeûnes et des veillées excessives, mais aussi qu’on la trouve en faisant la sainte volonté de Dieu dans son état et condition, et ayant la charité qui seule est l’âme des vertus. Car c’est une illusion toute visible de s’imaginer qu’on sera fidèle dans les grandes occasions ne l’étant pas dans les petites . » Monsieur de Lantage
Anne-Marie Martel… un petit bout de femme à la constitution fragile, fille de notables du Puy en Velay, née sous le règne de Louis XIII en 1664, morte à 29 ans, dont on peut suivre aujourd’hui les traces en portant ses pas vers le baptistère de son baptême, s’arrêter devant les façades des bâtiments qui furent jadis son ancienne école ou sa maison d’enfance, méditer devant les vestiges de l’hospice où elle visitait les malades. De sa vie, on connait peu de choses. Un récit hagiographique dans les années qui suivirent son décès. Peu, voire aucuns écrits personnels. De son nom aujourd’hui, il est fait mémoire grâce à quelques plaques commémoratives dans les rues du Puy en Velay, quelques écoles qui portent encore son nom.
Et pourtant, si Anne-Marie Martel demeure inconnue du grand public, elle reste et demeure une flamme ardente et vivante, notamment pour la Congrégation des Sœurs de l’Enfant-Jésus et de nombreux laïcs dans le monde, et il ne serait que justice, si tant est que ce terme puisse s’appliquer en l’espèce, que sa cause en béatification actuellement ouverte puisse aboutir pour qu’une si belle âme puisse officiellement et publiquement être invoquée et fêtée au sein de l’Eglise catholique.
En attendant, il faut remercier ici Joachim Bouflet qui accepta en 2008 d’écrire cette biographie à partir de si peu d’éléments afin de rendre hommage à cette femme qu’il dépeint comme une pionnière de la nouvelle évangelisation.
Fille spirituelle de la Compagnie des Prêtres de Saint Sulpice, elle traversa sa brève vie, comme Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus en son temps, en faisant un bien invisible dans les petites choses, qui ont eu des répercussions grandioses pour les femmes qui l’ont côtoyée et celles qui ont suivi. Obéissant en toute humilité à toute les demandes de ses directeurs spirituels et viscéralement reliée au Christ, elle arpenta du soir au matin, qu’elle que soit son état de santé, les rues du Puy en Velay pour soigner les malades, visiter les pauvres, catéchiser les enfants, instruire les jeunes filles, animer les réunions de dentelières (les couviges). Rapidement, l’exemplarité de sa vie fit des émules. Naissent ainsi les demoiselles de l’Instruction, formées pour dispenser à leur tour les bribes élémentaires du savoir et du catéchisme, et de ce mouvement sont nées les fameuses béates, ces femmes qui envoyées dans les campagnes assumaient, au sein de leur maison appelée « assemblée » le rôle d’institutrice, de catéchiste, d’aide-soignante. Au milieu du XIXème siècle, on comptait environ mille béates en France, dont sept cent cinquante six en Haute Loire. Les dernières ont disparu dans les années 50.
De l’extraordinaire de sa vie qui jaillit des choses les plus ordinaires, il faut certainement retenir la main de la Providence qui permit que bien malgré elle, sans qu’elle n’ait volontairement cherché à créer un ordre, une congrégation ou un mouvement religieux, sans qu’elle-même ne devint religieuse ou oblate, fut à l’origine à la fois de l’institution des béates et fondatrice de la Congrégation des Sœurs de l’Enfant-Jésus. Répondant aux besoins de son temps à travers deux missions qui lui semblèrent alors essentielles, l’instruction et la catéchèse, elle ne manqua ni d’imagination, ni de dévouement, au point de s’oublier elle-même.
Pour citer Bergson, elle est l’exemple parfait du mystique chrétien qui « à travers Dieu, par Dieu, aime toute l’humanité d’un amour divin ».
A ce titre, Anne-Marie Martel, est une figure exceptionnelle de fécondité et d’engagement, d’abandon et d’humilité, pour tous ceux que nous nommerions aujourd’hui les laïcs consacrés, mais également pour les simples laïcs qui sont largement appelés à participer au Salut du monde.
« Que tout mon plaisir soir de Te faire plaisir » disait-elle dans ses prières au Seigneur.
Il nous faut espérer désormais que cette pionnière de la nouvelle évangélisation soit reconnue et présentée par l’Eglise comme un modèle de vie chrétienne et d’apostolat.





Même une prière toute courte, un acte de charité tout simple, peuvent faire la différence.
Vivre l’ordinaire de manière extraordinaire.
Beau billet pour belle âme