Thanatose par Frédéric Bécourt
« Dieu n’a pas inventé le mal moral et le péché. Ce n’est pas lui qui a eu l’idée de toutes les souillures et les abominations, les mépris crachés sur sa propre Face, les trahisons, les luxures, les cruautés, les lâchetés, les méchancetés bestiales, les perversions exquises, les dépravations de l’esprit qu’il est donné à ses créatures de contempler. Elles sont nées du seul néantement de la liberté humaine. Elles sont sorties de cet abîme. Il les permet comme une création de notre pouvoir de faire le rien. Il les permet parce qu’Il est assez fort, selon le mot de Saint Augustin, pour faire tourner tout le mal qu’il nous plaira d’introduire dans le monde à un bien plus grand, – caché dans le mystère de la transcendance et dont rien dans la nature ne nous laisse conjecturer en quoi il peut bien consister. L’homme de foi, pour avoir un soupçon de sa grandeur, et s’en émerveiller, mesure la grandeur du mal qu’un tel bien surcompensera. » Jacques Maritain.
Adepte des romans qui flirte entre le réel et la dystopie, l’auteur de Un Vent les pousse que nous avions chroniqué ici, nous revient avec un troisième ouvrage dont le titre, Thanatose, ne manque pas de nous interpeller.
La 4ème de couverture, est à ce titre assez explicite sur le contenu de ce roman : « Retrouvé gisant parmi les victimes d’une fusillade en plein Paris, Guillaume est d’abord déclaré mort avant de se réveiller, quelques heures plus tard, à l’hôpital. À l’évidence, il n’est pas blessé, ni même inconscient. Il semble seulement s’être absenté de son corps. Selon l’un de ses amis biologistes, ce phénomène étrange s’apparente à un mécanisme de défense observé uniquement chez quelques espèces animales : la thanatose. »
Ce bref résumé semble toutefois bien fade pour parler de cet ouvrage, dont la longue épigraphe de Jacques Maritain issu de son Court traité de l’existence et de l’existant, nous fait percevoir dès les premiers chapitres, pour qui veut bien lire entre les lignes, qu’il ne s’agit pas d’un simple roman mais bien d’une volonté de nous plonger dans cet état de simulacre de la mort face au danger dont beaucoup de nos contemporains font l’expérience sans même sans apercevoir. « Toute la complexité de l’homme », nous dit Nicolas Berdiaev dans La destination de l’homme, « résulte du fait qu’il est un individu, c’est-à-dire une partie de l’espèce, et une personne, c’est-à-dire un être spirituel. »
Par le biais de ce fait divers d’une fusillade au cours de laquelle sa fiancée Alice va mourir, cet anti-héros, qui ne doit sa survie que grâce à cet instinct animal manifesté au travers de ce phénomène de la thanatose, nous brosse au fond le portrait d’un homme qui cesse d’être une « personne », pour ne rester qu’un simple « individu ». C’est en vain que son beau-père essaie de réveiller chez lui, dans de brefs échanges très beaux, le sens du Mal dans le monde, le rôle invisible de nos destinées, le mystère de l’au-delà.
Rien n’y fait : une forme de désespérance sans dépression, où les émotions sont presque inexistantes, face à l’absurde de la vie réelle qui ne trouve à s’incarner que dans un monde parallèle de l’image, des réseaux, des jeux, du métavers.
L’auteur ne force pas le lecteur. Il pose des touches çà et là, laissant à chacun le soin de se réveiller de lui-même, et laisser couler la larme qui manifeste que face au rien, il ne reste plus que la peur.





La pensée de Maritain, qu’Elvire m’a fait découvrir, est tentante…, et si Dieu laissait faire , le bien triomphant de tout à la fin…
En attendant le mal semble bien se porter en ce moment, non?;)