Même les morts par Juan Gomez Barcena
« Il sait très bien ce que cet homme trouvera devant lui. Des yeux qui depuis la terre s’arrangent encore pour regarder d’une façon opaque et terrible, comme on regarde les choses terribles qui sont survenues et les choses plus terribles encore qui sont sur le point de survenir ; des yeux dont se sont évaporées toute volonté et toute beauté, qui ont vu l’horreur et en sont pleins et sont de ce fait insupportables à regarder, ou peut-être qui ont vu l’horreur et pour cette raison sont vides, et ce vide-là est encore plus insupportable. Des yeux qui désormais ne reflètent rien, qui sont ce qu’il reste de la compassion quand on efface la foi ; la liberté quand on soustrait la justice ; la volonté quand elle manque de mains et de voix. L’espoir moins l’espoir. »
Roman inclassable qui fleure bon le chef-d’œuvre en raison de la qualité exceptionnelle de l’écriture (et de sa traduction), son ambition spirituelle et spatio-temporelle et son côté universel, ce livre mérite d’être connu, lu, transmis, partagé.
Couvrant cinq siècles d’histoire, Juan Gomez Barcena, auteur espagnol d’une quarantaine d’années, accomplit la prouesse de tenir, dans son quatrième roman, deux mêmes personnages qui se poursuivent et se fuient au sein d’une tragédie historique finement relatée par un procédé littéraire qui laisse coi, tant le passage du temps s’opère dans des quinzaines de jours qui sont autant de moments suspendus qui transcendent la temporalité sans que le lecteur y voit une rupture.
Pour autant, la quête de Juan, espagnol du Nouveau Monde, chargé par les autorités de trouver Juan, indien mexicain, est bien réelle pour le lecteur. Deux mondes que tout oppose, qui part des alentours de Puebla jusqu’à la frontière des Etats-Unis et de son mur, où chaque personnage témoigne de son temps, des empreintes de l’histoire qui l’a façonné, forgé, où celui qui cherche arrête sa course sur une pointe d’éternité, et celui qui fuit incarne tour à tour les exclus, les rebelles, les assoiffés de Dieu, les tyrans, les proxénètes, les migrants.
Un tour de force littéraire qui mérite qu’on s’y attarde, afin de pouvoir « contempler dans le rétroviseur les ruines qui restent dans son dos et dans le pare-brise le destin qui les attend, l’horreur et aussi l’espoir, ensemble. »





La qualite litteraire de ce livre semble vous donner des ailes! Quel brio