Les frères K par David James Duncan

« Papa est assis dans son fauteuil, en train de lire la page des sports du journal du dimanche. Je suis couchée sur ses genoux. Plus tard, quand il se lèvera, il deviendra plein de choses – chemise de flanelle, ceinture en cuir, pantalon ample marron clair …-, mais pour le moment il forme un tout : un sol, une région, une planète. Ma tête repose sur l’un des grands accoudoirs rembourrés, les pieds sur l’autre, et le reste de moi est là, sur les genoux de Papa. Le journal me cache son visage, mais les grandes pages vibrent au rythme de sa respiration. Le joueur de base-ball sur l’une des photos a l’air sérieux. Je ne pose pas de questions, je ne demande rien. Je ne bouge pas. J’entends son souffle lent et régulier. Je sens son odeur de tabac. »

Dans la lignée des grands romans américains auxquels nous rendions hommage ici, comment ne pas mentionner ce livre éblouissant de D.J Duncan, également publié par les éditions de Monsieur Toussaint Laventure.

Marqué par la mort de son frère de 17 ans des suites d’une opération à cœur ouvert, David James Duncan lui rendra hommage vingt ans plus tard par l’écriture d’une immense fresque à travers laquelle il imagine quelle aurait été sa réaction face au changement de son pays et à la guerre du Viêt-Nam.

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Un gentleman à Moscou par Amor Towles

« Pourquoi se donne-t-il tant de mal pour marquer le passage du temps ? Alors qu’on serait tenté de penser qu’il devrait être le dernier pour qui la chose compterait. Eh bien, tout d’abord, cela lui procure l’occasion de réfléchir à l’inévitable marche en avant du monde qu’il a laissé derrière lui. Tout aussi important est le fait qu’en tenant compte scrupuleusement des jours qui passent l’homme isolé remarque qu’il a enduré une année de souffrances, y a survécu, l’a vaincue. Qu’il ait trouvé la force de persévérer grâce à une détermination inlassable ou par la vertu d‘un optimisme téméraire, ces trois-cent-soixante-cinq marques attestent sa ténacité à toute épreuve. Après tout, si l’attention se mesure en minutes et la discipline en heures, alors la ténacité doit se mesurer en années. »

Cette histoire du Comte Alexandre Ilitch Rostov condamné à vivre en résidence surveillée au sein d’un hôtel luxueux de Moscou après la Révolution russe est un petit bijou littéraire où le charme désuet d’un « ci-devant » non dénué d’esprit et la nostalgie d’un monde qui se transforme se mêlent avec brio avec la gravité de l’histoire.

Le ton presque humoristique donné au récit n’en cache pas la profondeur, et c’est peut-être cette alchimie merveilleuse où la distinction, l’élégance, l’art de la conservation et du savoir-vivre, le goût pour la culture et les langues étrangères, se heurtant à la brutalité soviétique, révèlent une finesse d’esprit et une liberté intérieure qui permettent de survivre avec hauteur, résilience et humanité.

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Et quelquefois j’ai comme une grande idée par Ken Kesey

« Et rien ne vaut le sentiment d’être exceptionnel pour qu’un citoyen se mobilise pour rassembler tous ceux qui pensent comme lui. Rien ne vaut la sensation d’être spécial, d’être différent, pour qu’un homme défile, épaule contre épaule, avec tous ceux qui sont aussi exceptionnels que lui, dans un grand combat au service du bien-être de la communauté ; ce qui se manifeste par une grande bataille pour enfoncer cette particularité au fond de la gorge d’un monde ignorant, défavorisé et impie – dans ce dernier cas, ce n’est vrai que si la différence est d’ordre sacré -, soit, à l’opposé, par une bataille pour éradiquer ce qui a créé cette maudite différence . »

D’aucuns pourraient trouver que l’Amérique a peu de choses à nous apporter sur le plan culturel au regard de notre histoire multiséculaire, mais s’il y a un domaine dans lequel les Américains excellent et ont su s’imposer par une griffe qui leur est propre, c’est bien celui de la littérature.

Comme dans tous les pays, l’Amérique a produit et privilégié son lot d’auteurs marqués par son époque et ses combats, mais si je devais dresser à grands traits ce qui me semble le plus caractéristique chez eux dans le domaine littéraire, c’est cette faculté à écrire des livres fleuves entremêlant étroitement et brillamment la condition humaine, les mutations sociales et morales, sur fond géographique, ethnologique et politique.

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Rosalie Lamorlière, dernière servante de Marie-Antoinette par Ludovic Miserole

« Rosalie ne peut contenir ses larmes plus longtemps. Elle a connu toutes ces personnes en des temps peu glorieux où la peur, l’inquiétude et l’attente de la mort déformaient les traits. Maintenant, ils sont là pour l’accueillir parmi eux, oubliant l’angoisse et la peur ressenties à la Conciergerie. Il leur sera permis de côtoyer la jolie servante en toute quiétude et l’aider à se familiariser avec cette nouvelle vie comme elle les a aidés à vivre au mieux dans ce lieu ingrat qu’était la prison du tribunal révolutionnaire. Soudain, (…) Madame arrive. Elle est plus belle que jamais. La reine est magnifique, majestueuse. Marie-Antoinette présente son bras à Rosalie, toutes deux se tiennent côte à côte sur l’autre rive. »

Passer quelques heures en compagnie de la dernière servante de Marie-Antoinette, quoi de plus mirifique.

Si l’extraordinaire d’une vie se joue le temps de quelques semaines pour l’Histoire, il ne s’accomplit que si l’ordinaire est en soi porteur de ces promesses. Rosalie Lamorlière fait partie indéniablement de ces figures qui seraient injustement oubliées ou à qui il serait trop peu rendu justice, tant sa vie n’a retenu l’attention des historiens que pour le témoignage inestimable qu’elle a pu rendre des derniers mois et dernières heures vécus auprès de la Reine au sein de la Conciergerie.

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Dans la maison de mon Père de Joseph O’Connor

« J’ai parfois lu que le mouvement national-socialiste était une fraternité. En réalité, c’était une meute haineuse menée par des psychopathes et autres mauvaises gens, montrant autant de loyauté que ces grenouilles venimeuses qui se nourrissent de leurs propres fratries après avoir dévoré tout le reste. Le plus glaçant, c’est le nombre de personnes qui se sont laissé entraîner dans cette voie de leur plein grès. « Se sont laissé entraîner », en réalité, n’est pas une expression suffisamment active. Ont accepté avec un certain enthousiasme de suivre cette voie. J’en suis venu à considérer que la neutralité est le pire des extrémismes ; sans elle, nulle tyrannie ne peut s’épanouir.».

Pour qui a été chamboulé par ce magnifique film La Pourpre et le Noir de Jerry London sorti en 1983, avec Grégory Peck incarnant la figure du père Hugh O’Flaherty, vous ne pourrez qu’adorer retrouver cet incroyable personnage sous la plume de Joseph O’Connor.

Car le père Hugh O’Flaherty a réellement existé : prêtre irlandais, attaché au Vatican de 1925 à 1960, il contribua par son action et sous couvert de la neutralité du Vatican, à sauver des milliers de résistants, de soldats alliés et de juifs.

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Thanatose par Frédéric Bécourt

« Dieu n’a pas inventé le mal moral et le péché. Ce n’est pas lui qui a eu l’idée de toutes les souillures et les abominations, les mépris crachés sur sa propre Face, les trahisons, les luxures, les cruautés, les lâchetés, les méchancetés bestiales, les perversions exquises, les dépravations de l’esprit qu’il est donné à ses créatures de contempler. Elles sont nées du seul néantement de la liberté humaine. Elles sont sorties de cet abîme. Il les permet comme une création de notre pouvoir de faire le rien. Il les permet parce qu’Il est assez fort, selon le mot de Saint Augustin, pour faire tourner tout le mal qu’il nous plaira d’introduire dans le monde à un bien plus grand, – caché dans le mystère de la transcendance et dont rien dans la nature ne nous laisse conjecturer en quoi il peut bien consister. L’homme de foi, pour avoir un soupçon de sa grandeur, et s’en émerveiller, mesure la grandeur du mal qu’un tel bien surcompensera. » Jacques Maritain.

Adepte des romans qui flirte entre le réel et la dystopie, l’auteur de Un Vent les pousse que nous avions chroniqué ici, nous revient avec un troisième ouvrage dont le titre, Thanatose, ne manque pas de nous interpeller.

La 4ème de couverture, est à ce titre assez explicite sur le contenu de ce roman : « Retrouvé gisant parmi les victimes d’une fusillade en plein Paris, Guillaume est d’abord déclaré mort avant de se réveiller, quelques heures plus tard, à l’hôpital. À l’évidence, il n’est pas blessé, ni même inconscient. Il semble seulement s’être absenté de son corps.  Selon l’un de ses amis biologistes, ce phénomène étrange s’apparente à un mécanisme de défense observé uniquement chez quelques espèces animales : la thanatose. »

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Victimes des vaccins Covid 19 par Pierre Chaillot

Ce que révèlent les chiffres officiels

Cinq années déjà se sont écoulées depuis le début de la crise Covid et si pour certains, voire une très grande partie de la population, cet épisode fait désormais partie des heures sombres de l’histoire qu’il convient d’oublier avec cette crainte plus ou moins avouée qu’il ne se reproduise plus tant les traumatismes furent puissants, il est toutefois heureux que la page ne se ferme pas aussi vite à l’heure des bilans.

Pour tous ceux qui dès les premières heures ont sonné le tocsin quant au fait que le discours imposé et répété à l’envi pendant la période du Covid 19 faisait davantage figure d’argument d’autorité que d’argument raisonné et scientifique, et qui jour après jour, mois après mois, et depuis maintenant presque 5 ans n’ont eu de cesse de défendre l’obligation de permettre à chaque personne d’avoir un consentement éclairé quant au « vaccin Covid 19 » et d’alerter sur les effets indésirables, il ne peut être acceptable que des comptes ne pas soient rendus, que des bilans ne pas soient dressés et que justice ne soit pas rendue.

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Les habits neufs du terrorisme intellectuel par Jean Sévilla

« La vérité que certains ne voient pas ou refusent de voir est que la France, politiquement partagée, comme toute démocratie, entre des courants d’opinion différents, souffre d’une hémiplégie idéologique puisque ses élites culturelles, celles qui influencent et façonnent la société dans ses profondeurs, ne reflètent pas la répartition du champ politique. Là plus qu’ailleurs, même si le phénomène n’est pas spécifiquement français, les cercles intellectuels, le milieu médiatique, le monde de l’édition, l’Université, l’enseignement, l’univers de la recherche scientifique, le monde associatif penchent très majoritairement à gauche. Une tendance aussi massive a pour conséquence de creuser un fossé entre les représentations sociales et l’imaginaire des élites et la réalité vécue par les citoyens ordinaires. »

Ce formidable succès de librairie que fut en 2000 Le terrorisme intellectuel de Jean Sévilla aurait pu, pour le plus grand bonheur de nos lecteurs, n’évoquer que des années de pensées de totalitarisme intellectuel dont nous aimerions sourire aujourd’hui en se gaussant d’avoir pu réussir à percer le mur de sophismes, d’amalgames ou d’intimidations qui ont fait les beaux jours de la scène intellectuelle.

Or, s’il est toujours très agréable de découvrir et lire un nouvel ouvrage de Jean Sévilla, la joie en est quelque peu altérée à constater, si besoin était, que depuis 50 ans, non seulement le terrorisme intellectuel est toujours bien présent, mais qu’il a, en outre, revêtu de nouveaux atours. La police de la pensée, détenue par un petit milieu qui se targue de détenir les clés de la vérité et s’empresse, avec la fougue des esprits repus de leur bien-pensance, de décider ce qui doit être légitimement dit, défendu et mis en avant, le bien en somme, ne cesse de sévir et s’est même radicalisée.

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Consentir à être vous

Correspondance entre Joseph Joubert et Pauline de Beaumont

« Vos lettres m’ont fait un grand plaisir. Il y règne une liberté d’esprit et d’imagination qui me plaît et qui rassure sur votre bonheur. Pour être heureuse et rendre les autres heureux, vous n’avez qu’à laisser faire à la nature et consentir à être vous. » Joseph Joubert à Pauline de Beaumont, le 14 avril 1797.

« Il y avait entre nous une sympathie à laquelle vous avez quelquefois opposé bien des obstacles et des contradictions. Mais, quand mes sentiments sont forts et bien fondés, rien ne peut les changer, les affaiblir, ni les suspendre. Personne ne m’a jamais rempli d’un plus solide et plus fidèle attachement que vous. » Joseph Joubert à Pauline de Beaumont, le 12 octobre 1803.

Pauline a 26 ans, Joseph 40 ans, et de cette rencontre qui fut un coup de foudre amical, naquit une correspondance de presque 10 ans, teintée de la pudeur et de la passion qui habitaient deux êtres au destin hors norme, liés par une amitié indéfectible.

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Hillbilly Elégie de J.D. Vance

« Je m’appelle J.D. Vance, et sans doute devrais-je commencer par vous faire un aveu : j’ai le sentiment que l’existence même du livre que vous avez entre les mains a quelque chose d’absurde. (…) Car, voyez-vous, je viens d’une famille pauvre de la Rust Belt, une ancienne région industrielle, ayant vécu dans une petite ville de l’Ohio où l’on produisait de l’acier et qui subit une récession et connait un découragement croissant d’aussi loin que remontent mes souvenirs. (…) Je veux qu’on comprenne comment une personne en vient à ne plus croire en elle et pourquoi. Je veux qu’on sache quelle vie mènent les plus pauvres et qu’on mesure l’impact de cette pauvreté, matérielle et spirituelle sur leurs enfants. Je veux qu’on prenne conscience de ce que représente le « rêve d’américain » pour ma famille et moi. Qu’on se fasse une idée de ce qu’est l’ascension sociale et de ses effets».

Je ne sais plus par quelle source d’information ce livre, écrit en 2016, a été porté à ma connaissance, ni comment je me souvenais vaguement que c’était un livre indispensable à lire pour comprendre une partie de la sociologie américaine, mais le fait est qu’il s’est retrouvé dans ma pile de livres à lire, que je l’ai lu tout récemment en raison des élections américaines et que je l’ai trouvé génial.

Histoire d’être tout à fait honnête avec mes lecteurs, je ne connaissais pas son auteur, je l’ai donc lu sans a priori ni idée préconçue. C’est en effectuant quelques recherches dans la foulée que j’ai découvert que J.D. Vance avait, depuis l’écriture de son récit, commis quelques percées spectaculaires en politique, jusqu’à être choisi tout récemment comme vice-président de Donald Trump.

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